Peut-on avoir une vie sexuelle normale après un viol ?

Peut-on avoir une vie sexuelle normale après un viol ?

Nul ne peut imaginer la souffrance endurée par une femme violée. Le viol, ce crime odieux qui constitue une atteinte grave à la dignité de la personne, a des conséquences psychologiques graves et durables. Mais quelles sont les répercussions du viol sur la sexualité? «Vivre un viol est un tsunami émotionnel dans la vie d’une personne car il n’y a pas pire que d’être non-respecté dans son intégrité et envahi dans son intimité. C’est toute une déstabilisation de sa sécurité et de son identité surtout si cet acte immonde a été pratiqué pendant son jeune âge tel qu’un inceste par exemple», affirme Dr Amal Chabach, sexologue. Et d’ajouter: «Vu que notre sexualité est le nectar de tout ce que nous avons vécu, appris, ressenti, cru, imaginé ou subi, les conséquences d’un viol sont catastrophiques. La personne subit un stress post traumatique très profond et donc risquerait de revivre en imagination ce traumatisme encore et encore, à chaque contact sexuel, même si elle aime son partenaire… Une dyspareunie, un vaginisme, une absence de désir ou même une aversion sexuelle est au rendez-vous… le mari est souvent loin d’imaginer ce qui se passe car malheureusement souvent les victimes de viol n’en parlent jamais à personne». Par ailleurs, bon nombre de sexologues reconnaissent que le viol peut conduire à une hyper sexualité. Une situation qui s’explique par le fait que pour oublier ce crime, certaines victimes multiplient les partenaires et les expériences sexuelles, ce qui peut parfois conduire à la prostitution : «Une hyper-sexualité est une recherche désespérée d’une satisfaction ou d’un épanouissement sexuel mais sans résultat. Tomber dans une addiction est une souffrance sans fin, qui n’est qu’un symptôme d’un déséquilibre psychologique, identitaire et/ou relationnel. Gardons toujours en mémoire que tout excès dans n’importe quel domaine de vie n’est en fin de compte qu’une souffrance consciente ou inconsciente», explique Dr Chabach.
Par ailleurs, les femmes qui ont subi un viol ont souvent peur du blocage sexuel. Et par conséquent, elles préfèrent éviter de rencontrer quelqu’un, ou d’aller plus loin qu’un simple flirt. Ces cas sont loin d’être isolés dans notre société comme l’atteste la sexologue Amal Chabach. «Je reçois souvent des femmes qui ont été violées et même après plusieurs années de cet événement traumatique, elles sont toujours comme « des écorchées vives». Elles ont peur de tout, y compris de la relation avec les hommes. Souvent elles croient qu’en tout homme «se cache un violeur endormi» et craignent un éventuel réveil. Ce sont des femmes qui souffrent dans leur identité féminine, leur personnalité, et ont souvent très peu d’estime pour elles-mêmes et surtout aucune confiance en elles-mêmes et en les autres». Après un viol, la victime peut vivre la sexualité comme quelque chose de bestial, de violent et d’agressif. Et par conséquent, la sexualité devient pour elle une horreur. Alors, est-il possible de retrouver une vie sexuelle normale après avoir subi un viol. «C’est très difficile car le traumatisme est subi dans sa sexualité même, sa relation à l’autre et dans sa propre intégrité», souligne Dr Chabach. Cela dit, la rupture du silence constitue une étape cruciale vers la guérison. La victime doit dénoncer ce qu’elle a vécu et extérioriser ses sentiments. «Avec une extériorisation de ses sentiments négatifs, dévalorisants et destructeurs, de sa colère, de sa rage, de son incompréhension… et avec une bonne prise en charge spécialisée ( individuelle ou des thérapies de groupe) et beaucoup de volonté et de foi en soi-même et en notre Créateur, et bien sûr grâce à l’aide d’un partenaire aimant, respectueux, non critiquant, non jugeant et compréhensif, tout est possible», relève-t-elle. La personne qui a été abusée sexuellement éprouve souvent un sentiment de honte et perd confiance. «Elle a besoin d’une grande force intérieure pour croire en elle, ne pas culpabiliser et ainsi sortir du statut de la victime «sans avenir», avoir une patience pleine de foi dans la beauté de la vie, être enveloppée par beaucoup d’amour de ses proches et être soutenue, protégée par un époux tendre et aimant. Une initiation progressive à la sensualité, à l’amour d’elle-même, de son corps et de son partenaire, ainsi qu’une prise de conscience à toute épreuve que la sexualité est sacrée et représente l’une des plus belles expressions de l’amour », explique le Dr Chabach. Et de conclure :  «Un viol est un irrespect de l’individu et de soi, une névrose maladive à imposer un rapport de force à l’autre ou bien une expression sadique d’une perversion psychotique. Ce n’est surtout pas un rapport sexuel !»


Le viol conjugal
Le viol conjugal est encore un sujet tabou dans notre société. Et pourtant les cas sont loin d’être isolés. En témoigne les statistiques de l’enquête du HCP sur la prévalence de la violence contre les femmes qui avait révélé que 444.000 femmes ont subi des actes de violences sexuelles dans le cadre conjugal. A noter que dans la majorité des cas, il s’agissait de pratiques sexuelles non désirées par la femme.Autre chiffre important : 2,1 millions de femmes ont subi un acte de violences sexuellles à un moment ou à un autre de leur vie. Mais que dit la loi en cas de viol conjugal ? En France, ce type de viol est reconnu par la loi et ce depuis 1992. L’aboutissement se fait avec la loi de 2006 qui considère la conjugalité comme une circonstance aggravante du viol. Aucune femme ne peut être forcée par son mari à avoir des rapports sexuels. Le texte de loi est le suivant : «Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol ». Ce qui impose le respect du corps de l’autre, y compris dans le cadre du mariage. Autrement dit, un homme marié ne peut pas imposer à son épouse une relation sexuelle si elle ne le souhaite pas. Le viol d’une femme par son conjoint est plus sévèrement puni que celui d’une personne inconnue : le coupable encourt jusqu’à vingt années de réclusion, contre quinze ans pour un violeur X.Au Maroc, ce type de viol n’est pas reconnu par la loi. Le viol est défini dans le cadre de l’article 486 du code pénal marocain comme étant «l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci». Ce crime est passible d’une peine de cinq à dix ans de prison. S’il est commis sur une mineure de moins de 15 ans, la peine est la réclusion de dix à vingt ans. Le viol conjugal est difficile à prouver. Toute la difficulté réside à monter qu’il y a eu l’absence de consentement lors du rapport sexuel.

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1 Comment

  1. Valeriane

    « …et bien sûr grâce à l’aide d’un partenaire aimant, respectueux, non critiquant, non jugeant et compréhensif, tout est possible. »
    Ce qui ne l’est pas en revanche est de trouver cette perle rare !
    Au regard du nombre de victimes, autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

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