Poignardée par dépit

Poignardée par dépit

«Je l’ai tuée, je l’ai tuée!…». Salah réitérera-t-il cet aveu, la semaine prochaine, devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Safi ?
Les mis en cause avouent leurs délits ou crimes devant la police judiciaire, devant le parquet général et devant le juge d’instruction lors de l’instruction préliminaire, mais ils n’hésitent pas à tenter de se blanchir de leur crime lors de l’instruction détaillée et également devant les magistrats de la Chambre criminelle. Salah tentera-t-il, lui aussi, de nier devant le juge d’instruction l’acte criminel qu’il a perpétré contre sa femme ? Peut-être que non, parce qu’il semble l’avoir commis sans regret, d’autant plus que plusieurs témoins l’ont entendu crier avoir tué sa femme. L’a-t-il vraiment liquidée et quelle est leur histoire ?
Tout a commencé, il y a deux ans, quand, pour la première fois, Salah a vu Chaïbia sortir d’un immeuble situé dans un quartier de la ville de Safi. Echange de regards et de sourires. Chaïbia a repris son chemin sans perdre son sourire et sans se retourner pour voir Salah, qui s’est figé  sur place. Il est resté ainsi comme s’il savait qu’elle se retournerait quelques minutes plus tard. Elle l’a remarqué, planté encore à sa place, sans bouger d’un iota. Mêmes regards et même sourire…
Le lendemain, quand elle est sortie de l’immeuble, elle l’a vu une fois encore se tenant devant la porte. Il s’est approché d’elle.
Elle l’a évité et a pressé le pas, comme si elle déployait un grand effort pour quitter son quartier, afin qu’elle ne soit pas remarquée par les voisins et les commerçants. Salah l’a suivie. Il semblait ne pas avoir l’intention de la perdre. Mais, que lui voulait-il ? Il marchait à côté d’elle comme son ombre, sans lui dire le moindre mot.
«Pourquoi me suis-tu comme ça ? Que me veux-tu ? », lui demanda-t-elle. Que du bien, lui répondit-il, pour se taire ensuite. S’arrêtant, elle lui a demandé de la laisser tranquille, s’il ne voulait rien d’elle. Et Salah a commencé à lui exprimer ses sentiments. Il est tombé amoureux d’elle et, depuis qu’il l’a vue pour la première fois, il a perdu le sommeil.
Il souhaite vivre avec elle sous un même toit. Sentiments réels ou balivernes ? Chaïbia n’arrivait pas à distinguer.
Elle s’est contentée de l’écouter. Enfin, il lui a demandé de la rencontrer le lendemain à 16h. Chaïbia n’a rien répondu. Elle a gardé le mutisme. A-t-elle accepté ou pas ? Salah n’en savait rien. Il devait attendre pour voir.
Le lendemain, à16h, Salah n’en a pas cru ses yeux. À pas lents, elle marchait dans sa direction, lui a adressé un sourire avant de se tenir devant lui. Elle lui a tendu la main pour le saluer. Ils ont fait un tour en ville. Elle est pleine de joie. C’est la première fois qu’elle a accompagné un jeune homme, qu’elle a entendu des paroles mielleuses, qu’elle a parlé mariage et  foyer conjugal. Malheureusement, Salah est au chômage. Mais il lui a promis de chercher un emploi, de faire un effort pour gagner sa vie et de frapper à gauche et à droite pour ne pas la laisser dans le besoin. Elle a cru en ses paroles. Ce qui l’a encouragé à penser à l’aider et à fonder d’abord son foyer. Domestique depuis son enfance, Chaïbia, la vingtaine, ne supporte plus le calvaire dans les foyers des familles plus ou moins aisées. Elle rêvait d’avoir un mari, un foyer, des enfants…
Fiançailles et mariage ensuite durant un laps de temps pour qu’ils se retrouvent entre quatre murs. Les premiers jours, puis les premiers mois sont passés et Salah n’a pas encore trouvé de travail. Il est encore au chômage. Il ne voulait même pas vendre des cigarettes au détail.  Il vivaient du seul travail de Chaïbia. Après un an de mariage, elle a décidé de tourner le dos à son mari. Elle a intenté une action en  justice pour réclamer le divorce. Convoqué par le tribunal, Salah s’est adressé à sa femme pour lui demander de retirer sa plainte.
«Je t’aime comme depuis le premier jour», lui dit-il.
Seulement la décision de Chaïbia semble irrévocable. C’est là  que Salah a pensé la tuer. Pour commettre son acte, il s’est rendu à l’appartement des employeurs de son épouse. Il a frappé à la porte. Quand Chaïbia lui a ouvert, il lui a asséné plusieurs coups de couteau. Un cri strident est arrivé aux oreilles de ses employeurs et des voisins. Quand ils sont arrivés auprès d’elle, ils ont vu Salah en train de sauter de joie et de crier : «Je l’ai tuée, je l’ai tuée!…».
Heureusement, Chaïbia a été sauvée après l’intervention des éléments de la Protection civile et le corps médical de l’hôpital de la capitale des Âbda.

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