Politique à l’université : ce qui a changé

Politique à l’université : ce qui a changé

L’université marocaine vient d’entrer en période électorale ! Il s’agit pour les 300 000 étudiants qui fréquentent les différentes facultés d’élire les corporations dont sera issue la nouvelle hiérarchie de l’Unem, l’Union nationale des étudiants du Maroc, qui pour avoir cessé d’exister vers la fin des années 80 n’en n’est pas moins présente sur le terrain.
A commencer par son site Internet, ouvert il y a un an et qui permet de donner à cette association, dont on ne sait plus si elle est relativement interdite ou absolument tolérée, un air de légitimité. Même si Hammad T, 54 ans, fonctionnaire, est plutôt inquiet pour l’avenir de sa fille, qui vient de s’inscrire en faculté. Le système réformé Licence-Mastère-Doctorat, lui, paraît certes répondre davantage aux réalités socio-économiques marocaines mais Hammad déplore la dérive islamisante du syndicalisme étudiant. Concrètement, il doute que dans une telle atmosphère, l’épanouissement personnel de sa fille puisse s’accomplir en même temps que sa formation qualifiante.
Il faut dire que les étudiants de première année sont généralement la cible des actions pour le moins militantes orchestrées soit par les étudiants de l’association Justice et Bienfaisance soit par les membres de l’OREMA, une association étudiante proche du Parti de la justice et du développement (PJD).
Certes, il est loin le temps où l’université était régulièrement le théâtre d’affrontements sanglants entre gauchistes convaincus d’athéisme et islamistes taxés d’obscurantisme. Aujourd’hui, l’heure est aux argumentaires.
Celui de Mustafa Khelfi, par exemple, au nom de l’OREMA, commence par dresser le constat de naufrage d’une jeunesse en perdition scolaire et surtout universitaire : 15% d’analphabétisme chez les moins de quinze ans, un taux de chômage de 11% parmi les 3 millions de jeunes entre 19 et 25 ans, 30 000 étudiants seulement ayant accès à un logement en cité universitaire, pas assez d’étudiants boursiers et dans un autre ordre d’idées, l’inutilité des structures créées au cours des ces dernières années afin de dynamiser le champ universitaire et de la recherche au Maroc : l’Académie Hassan II pour les sciences et la technique, l’Académie Mohammed VI pour la langue arabe sans oublier l’IRCAM, sont autant de coquilles vides selon M. Khelfi.
Le plus grave, selon les étudiants proches du PJD, est l’absence d’une dynamique démocratique au sein du système universitaire : pourquoi ? se demande en substance M. Khelfi, le syndicat de l’enseignement supérieur est-il reconnu comme partie au débat sur l’avenir de l’université mais pas les structures syndicales étudiantes, à commencer par l’OREMA qui a une existence légalement reconnue ? Comment parler de modèle de bonne gouvernance, poursuit-il, tant que la question de la représentation du corps étudiant n’est pas réglée ?
Taux d’encadrement insuffisant, programmes cristallisés, système pédagogique élitiste en dépit des déclarations d’intention… M. Khelfi n’a pas de mots assez durs pour dénoncer l’échec d’une politique estudiantine dans laquelle il englobe à la fois le scolaire et l’universitaire, en parlant d’un déficit de vision et d’une logique de dépense sociale, alors que c’est d’investissement qu’il faudrait, selon lui, parler.
Pour leur part, les militants de l’association Justice et Bienfaisance se contentent de dénoncer la condition sociale déplorable des étudiants : les bourses trop faibles, les cités universitaires pas assez nombreuses et surtout un système d’enseignement qui ne permet plus le droit à l’erreur et qui élimine au lieu d’intégrer.
Hammad, ancien militant de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), plus particulièrement de la «Corpo» de la Faculté de droit de Casablanca fait partie de ceux qui refusent pourtant de se résigner à la confiscation par les organisations et associations islamistes de l’espace universitaire. Avec ses camarades de la Gauche socialiste unifiée, il milite tout d’abord pour “casser l’image” de domination sans partage des islamistes à l’université. Une position soutenue notamment par M. Abdelwahab Beqali, membre du comité central de la GSU, qui revendique une présence des forces de gauche dans de nombreuses villes universitaires, tout en procédant à une mise au point : «Il ne faut pas se leurrer. Seuls les étudiants de première année sont concernés par cet embrigadement islamiste et de toute façon, le taux d’étudiants politisés au sein de l’université ne dépasse pas 10 %».
Quant à ceux qui craignent, pour leurs enfants, de les voir embrigadés dans des idéologies sectaires de type religieux, qu’ils se rassurent : les militants de Abdeslam Yassine, fondateur de l’association Justice et Bienfaisance et auquel l’on prête l’intention de s’approprier les universités, invitent toutes les forces politiques à venir débattre de leurs projets respectifs au sein de l’université.
Une invitation que le Parti du Progrès et du Socialisme semble avoir acceptée, en créant il y a moins d’un an une association  d’étudiants.
La rentrée politique à l’université promet d’être animée…

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