Politique énergétique : les enjeux d’une vision globale

Politique énergétique : les enjeux d’une vision globale

Les grands enjeux de la politique énergétique nécessitent un débat constant afin de parvenir à un consensus national sur cette importante question.
S’agissant de la politique énergétique, il va sans dire qu’il importe de conjuguer nos efforts en vue d’assurer une capacité d’approvisionnement à long terme, qui est une composante essentielle de notre indépendance nationale.
Et c’est dans ce cadre que s’inscrit l’initiative de la Fédération de l’énergie d’organiser des débats, des colloques, des tables rondes et des journées d’études, à l’effet de sensibiliser nos concitoyens aux grands enjeux de l’énergie, parce que plus nous débattons, moins nous commettons d’approximations ou de contresens. Le contexte, aujourd’hui, est marqué par une plus grande ouverture à l’international, accompagnée de privatisations, de libéralisation et de concurrence. Cette internationalisation s’accompagne, très souvent, de nouvelles revendications légitimes liées à la protection de l’environnement.
Dans ce cadre, une politique énergétique est une politique qui conduit à réaliser :
• des objectifs stratégiques de sécurité d’approvisionnement et d’indépendance énergétique;
• des objectifs économiques d’énergie competitive;
• des objectifs environnementaux;
• des objectifs sociaux qui consistent à assurer à tous l’accès à l’énergie.
La Fédération de l’énergie adhère à la préoccupation première des pouvoirs publics, de maintenir la sécurité d’approvisionnement au premier plan de ses objectifs.
L’énergie n’est pas un bien comme les autres; il ne saurait, par conséquent, être laissé aux seules lois du marché pour décider des grands choix énergétiques.
Les politiques énergétiques sous-tendues par les objectifs de sécurité et d’indépendance, relevant, certes des prérogatives régaliennes, doivent, cependant être accompagnées d’une régulation appropriée ou d’une évaluation indépendante.
La fédération soutient les efforts du Gouvernement dans ses choix des équipements de production d’électricité et des sources d’énergie. Ces choix commencent à se dessiner dans la nouvelle architecture de l’organisation électrique et gazière, grâce à la programmation des investissements lourds qui seront consentis dans ce secteur, aussi bien par le secteur privé que par celui public.
La seconde préoccupation de long terme touche au respect de l’environnement. Pour atteindre ces objectifs structurels que sont notre sécurité d’approvisionnement et le respect de l’environnement, les pouvoirs publics poursuivent une politique énergétique diversifiée et maîtrisée. Par la création d’une structure des énergies renouvelables au sein de l’Administration de l’énergie, d’une part et d’autre part, des incitations économiques et fiscales nécessaires pour développer l’énergie éolienne, solaire et photovoltaïque, il est permis d’atteindre, aisément, à l’horizon 2012 un objectif de 10% de la composition du panier énergétique, ce qui contribuera à réaliser des économies de plus d’un million de tonnes, l’ équivalent du pétrole d’importation. Ces objectifs ont pour but de contribuer, relativement, à notre indépendance énergétique et de permettre de développer l’industrie et de créer des emplois. Aujourd’hui, avec des prix élevés de l’énergie, il sera plus facile de faire de la maîtrise de l’énergie, en impliquant, davantage les opérateurs privés et/ou en suscitant des partenariats publics-privés.
Parallèlement au redéploiement de la maîtrise de l’énergie, un autre objectif à inscrire dans notre plan d’action, comme dans celui du gouvernement, est de laisser les choix énergétiques ouverts, parce qu’aucune solution ne peut être trouvée dans une seule source d’énergie.
Donc, toutes les options doivent rester ouvertes, y compris l’option du nucléaire pour les besoins de l’électricité à un prix avantageux ou pour le dessalement de l’eau de mer.
Le gaz naturel, bénéficiant de réelles avancées technologiques, a déjà incité des opérateurs privés marocains à développer des interconnexions gazières dans le pays et investir dans un terminal méthanier, en partenariat avec des producteurs ou fournisseurs de dimension internationale. Par ailleurs, le recours au gaz naturel créera un lien entre les marchés régionaux et offrira, par le biais du GNL, un moyen de diversifier l’approvisionnement du pays en gaz. L’ouverture à la concurrence est très appréciée; elle permettra de dynamiser notre système électrique et dans un proche avenir, notre système gazier qui se met progressivement en place, à la condition de conduire, par chevauchées, une politique de vérité des prix des produits pétroliers et gaziers; ce qui passe, évidemment, par la remise en cause de la compensation et des subsides alloués en vue de faire jouer pleinement une concurrence loyale entre toutes les ressources d’énergie.
Je voudrais, enfin, conclure, sur la nécessaire transparence qui doit guider la politique énergétique par la mise en œuvre d’instruments favorisant une plus grande participation des acteurs économiques, au débat national. Celle ci, poursuivie, ça et là, avec un certain succès, a besoin, cependant, de la confiance et du soutien de nos concitoyens en général, et en particulier des opérateurs du secteur de l’énergie; elle doit rester à l’écart des polémiques, parce que nous avons une chance formidable dans le secteur de l’énergie, de vivre une période de mutation passionnante: privatisation de la distribution pétrolière et gazière, ouverture des importations pétrolières au profit des opérateurs privés, privatisation du raffinage et remise à niveau de cet outil industriel, libéralisation du secteur de l’électricité, en perspective, le développement d’une nouvelle ressource d’énergie avec le gaz naturel et la diversification de notre bouquet énergétique. De grands chantiers seront donc ouverts par les opérateurs du secteur qui vont devoir consentir de lourds investissements dans ces infrastructures, tant en amont qu’en aval, par le renouvellement et le déploiement de nouvelles centrales électriques, la mise en place de capacités de stockage pétrolières dans les principaux terminaux du territoire et la construction de conduites du gaz naturel liquéfié …etc..
La construction de ces infrastructures est de l’ordre du moyen terme, alors que la rentabilité des investissements consentis se calcule sur un terme plus long. L’Etat devra, selon toute logique, non seulement, mettre la main à la poche pour aider les opérateurs privés et publics à la réalisation de ces grandes infrastructures, mais plus encore accorder des incitations économiques et fiscales nécessaires et accompagner ceux-ci durant tout le processus d’édification, par la facilitation des procédures administratives complexes, par une régulation plus souple et la modernisation du secteur des transports, ainsi que l’adaptation de notre industrie aux nouvelles technologies. En résumé, imaginer et créer un cadre qui stimulera les investissements appropriés pour satisfaire la demande croissante de l’énergie et de l’emploi. «L’imagination est, certes, plus importante que le savoir»

Par My Abdallah Alaoui
Président de la Fédération de l’énergie

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