Pour 5 milliards de câbles électriques

Samedi 23 mars. Le procureur du Roi près le Tribunal de Première Instance de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ reçoit une plainte de l’Office National de l’Électricité. “…Une commission d’audit de l’ONE a révélé la disparition de 1.330 tonnes de câbles, de marque «Almélic 570», estimées à 50 millions dirhams…Entre 1994 et 1997, ces câbles utilisés pour les installations électriques de haute tension ont disparu du Dépôt Continental de l’ONE situé à Tit-Mellil… Huit agents sont accusés. «Nous réclamons, M. le procureur du Roi, l’ouverture d’une enquête pour mettre hors d’état de nuire tous les responsables de ces détournements qui portent atteinte à cet établissement public…», souligne la plainte. Mercredi 27 mars. Abdeljalil Souatte, chef de la PJ de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ, appelle le chef de la 2ème brigade criminelle (2ème BC) : «M. Abdelhak, l’affaire que je viens de recevoir est importante…Voilà la plainte que j’ai reçue de procureur du Roi».
«C’est d’accord…», répond le chef de la 2ème BC, qui quitte le bureau du chef de la PJ pour mettre ses éléments au courant de l’affaire et entamer l’enquête.
Les enquêteurs entament l’interrogatoire des huit agents de l’ONE signalés dans la plainte. Seulement la 2ème BC est intriguée par une lettre anonyme. Que signale-t-elle ? “…Je suis une personne de bonne foi qui veut aider la police…C’est M. (…) qui volait les câbles électriques de l’ONE et les revendait au ferrailleur(…) qui dispose d’un local situé à…, Tit Mellil…“ souligne la lettre. Qui l’a envoyée et pourquoi n’a-t-il pas dévoilé son identité. Et quel est son objectif ?
Des investigations sont entreprises. Résultat : la lettre contient de fausses informations et son objectif est le détournement de la piste de l’enquête. Les éléments de la 2ème BC et le chef de la PJ ne dorment que trois ou quatre heures par nuit. Bien que toutes les affaires soient importantes pour un «pijiste», celle-ci n’est pas simple. Elle porte sur un magot de près de 5 milliards de centimes et nécessite un travail bien fini pour ne pas mouiller des innocents.
«Nous devons nous rendre au dépôt de Tit-Mellil pour connaître la procédure nécessaire à l’entrée et à la sortie de la marchandise et pour fouiller tous les documents. Cela afin de tenir une piste, puisque celle des huit personnes signalées dans la plainte n’a abouti à rien…», affirme le chef de brigade à ses éléments.
Des masses de documents leur sont remises. Des fichiers des stocks, des bons de livraison et de sortie…des registres…etc.
«Stop…stop…ce bon de livraison m’a mis la puce à l’oreille…“ dit un élément de la brigade à son chef. «…L’intuition d’un vrai « pijiste » ne le trompe pas dans la majorité des cas…par expérience bien sûr…“ lui répond le chef. Ils commencent à examiner le bon et font des remarques : «Il date du 26 octobre 1996…la marchandise est de 80 tonnes, destinée à un chantier au nord du Maroc et plus précisément à Jbel Lakhdar, à Ksar El Kébir… la carte d’identité nationale de l’acheteur est (…), le n° du camion est :(…), la signature est à l’agent de l’ONE, F.Abdellatif…».
Les enquêteurs commencent à vérifier les informations du bon, ils arrivent à savoir que la CIN appartient à une femme qui n’a aucun lien, ni de loin ni de près, avec l’ONE, que le camion est au propriétaire (…).
«Et quel est le nom du chauffeur qui conduisait ce camion le 26 octobre 1996 ?», demande le chef de la brigade au propriétaire du camion. La police convoque le chauffeur. «Effectivement, à cette date j’ai transporté, à 4 ou à 5 reprises, des câbles électriques depuis un dépôt à Tit Mellil à un autre à Dar Bouâzza…», déclare le chauffeur.
«Tu ne les aurais pas transportés à Ksar El Kébir ?“ lui demande le chef de la brigade.
«Non, non, c’est à Dar Bouâzza… », répond-t-il. Le chef de la brigade prend le dossier, accède au bureau de son supérieur hiérarchique et lui dit avec un sourire : «L’affaire est presque élucidée, chef». Sans sourire, le chef de la PJ lui répond sèchement: «il n’y a pas de presque chez la police, il y a seulement élucidé ou pas élucidé». Le chef de la brigade baisse la tête avant de se reprendre: «On est sur la bonne piste…Demain ou après-demain, les suspects seront entre vos mains…». Il rejoint ses éléments pour continuer leur enquête.
«On doit retrouver l’agent Abdellatif, signataire du bon de livraison… Allez, on y va…». La brigade monte dans le fourgon, se rend au dépôt Continental de Tit Mellil, appelle Abdellatif, l’étourdit de questions. Abdellatif s’effondre et finit par tout déballer.
«Pourquoi ne prendrions-nous, nous aussi, notre part du gâteau, à l’instar des grosses têtes…?» demande Abdellatif à son ami et collègue, Youssef, un jour de l’année 1994, Youssef accepte jouer le jeu, trouve un ferrailleur, près à acheter les câbles électriques. Ce dernier en a trouvé deux autres ; Mohamed et Abdeljalil. La première opération ; Youssef rencontre seul, les ferrailleurs. Ils reçoivent trois tonnes de câbles contre trois dh le kilo (le prix du marché est de 30 dirhams le kilo). L’agent Youssef empoche 50.000 dirhams. «Je n’ai reçu que 25.000 dirhams…», explique-t-il à ses complices. Les jours passent et les opérations se développent et le nombre de complices s’accroît pour arriver à six personnes, tous des agents de l’ONE. Les opérations n’ont cessé qu’en 1997. la cause : L’ONE n’entretient plus directement ses activités avec les marchés, mais il recours, depuis, aux appels d’offres.
“Outre moi, Youssef. N, Mohamed. J, El Mokhtar. Z, Hassan. B et Mohamed. L, il y’a aussi Abdelkader. S qui a perpétré des vols de câbles électriques, de marque Almélec ACI 181….“ déclare Abdellatif aux enquêteurs.
Et voilà un deuxième dossier du vol des câbles éléctiques entre les mains des enquêteurs. Ce deuxième dossier porte sur le vol de 23 rouleaux de câble. A ce propos, les enquêteurs ont mis la main sur trois autre agents de l’ONE; outre Abdelkader.S, ils ont arrêté Mustapha.A et Mohamed.J…et une quatrième personne qui n’a aucune relation avec l’ONE, Abdellah. R, Moqaddem au 7ème arrondissement urbain de Casablanca-Anfa. Celui-ci se chargeait d’aider son beau-père, Mustapha, agent de l’ONE, pour agir en tant qu’homme de paille pour lui. Depuis jeudi dernier, les neuf agent de l’ONE impliqués dans cette affaire, le moqaddem et quatre receleurs sont entre les mains de la Cour Spéciale de Justice.

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