Pour l’amour de la Belgique…

Lundi matin du 20 juin. Visage hagard, Samira s’est tenue devant le chef de la brigade judiciaire à Khemisset et a balbutié : «l’ex-épouse de mon mari a disparu. Nous ne l’avons pas vue depuis hier.» Étrange ! Jamais une femme ne s’est présentée devant lui pour déclarer la disparition de l’ex-épouse de son mari. Sur un ton soupçonneux, il lui a demandé plus d’explication. «C’est une ressortissante belge qui rend souvent visite à ses quatre enfants qui vivent avec moi», a affirmé Samira.
«Elle était mariée avec un ressortissant marocain en Belgique. De leur union, qui a duré plus une dizaine d’années, sont nés quatre enfants. Leur amour n’a pas fait long feu. Sa femme était alcoolique. Il n’a pas pu supporter cette situation. Ainsi, ils ont divorcé.», a-t-elle ajouté. Ils se sont mis d’accord pour que les enfants soient sous la tutelle du père. Ce dernier les a confiés à ses parents avant de se remarier avec Samira, qui les a pris ensuite en charge. En effet, Samira a permis à son ex-femme de rendre de temps en temps visite à ses enfants.
La Belge restait parfois à Khémisset durant des mois. Samira l’accueillait chaleureusement dans son foyer. Dimanche 6 février, la ressortissante belge est arrivée au Maroc en compagnie de son ex-mari. Ce dernier n’a passé que deux semaines au Maroc puis il s’est envolé en Belgique pour reprendre son travail, laissant son ex-femme à Khemisset. Des semaines et des mois sont passés. Samira traitait son invitée avec beaucoup d’affection. Elle la considérait comme membre de la famille. Elle l’emmenait au bain et au souk. Dimanche 19 juin, elles étaient à la place Hassan I. Samira s’occupait des enfants quand la ressortissante belge s’est éloignée d’eux. Elle voulait fumer une cigarette loin de ses enfants. Un jeune homme s’est approché d’elle et l’a abordée. «Je m’appelle Mustapha. Je t’ai déjà rencontré dans cette place, mais tu étais toujours accompagnée par l’autre jeune femme et ses enfants», lui a-t-il chuchoté dans l’oreille.
Ils ont engagé aussitôt une conversation. La Belge semble oublier Samira et ses quatre enfants. Quand il l’a invitée à un verre chez lui, elle ne s’est pas abstenue. Elle l’a suivi aussitôt comme son ombre. Quand Samira s’est rendue compte de sa disparition, elle a commencé à la chercher partout. Mais en vain. La nuit est tombée et la Belge n’a donné aucun signe de vie. Samira a donc téléphoné à son mari pour l’avertir. Il s’est rendu le lendemain matin chez la police pour déclarer sa disparition. Les policiers, sans perdre de temps, ont commencé les recherches. Trois groupes ont été ainsi formés. Le surlendemain, l’ex-mari est arrivé de la Belgique.
L’enquête se poursuivait sans relâche. Les enquêteurs se sont adressés à un marchand ambulant à la place Hassan I. Ce dernier leur a expliqué l’avoir remarquée en compagnie d’un jeune homme, qui fréquente souvent la place. Le témoin leur a décrit le jeune mis en cause. Jours et nuits, les enquêteurs se sont lancés à la recherche de la Belge et du jeune homme qui pourrait être son kidnappeur. Il fallait attendre sept jours plus tard pour mettre la main sur le jeune homme, Mustapha. Il les a conduits dans sa maison au quartier Ryad. Dans une chambre, il ligotait la Belge. Elle était dans un état lamentable. «Il m’a violé à quatre reprises», a-t-elle déclaré aux enquêteurs. Une accusation qui a été rejetée par Mustapha. Ce dernier a avoué avoir couché avec elle à son plein gré. «Pourquoi l’as-tu ligotée et enfermée chez toi ?», lui a demandé l’enquêteur. «Pour l’obliger de se marier avec moi et m’aider à avoir les papiers nécessaires pour émigrer vers la Belgique», a-t-il répondu aux enquêteurs. Mustapha, trente-deux ans, qui rêvait de la Belgique s’est retrouvé derrière les murailles de la prison risquant une peine d’emprisonnement de 10 ans de réclusion criminelle.

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