Pour se couvrir, elle accuse son amant de viol

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Beni Mellal. Samir, trente-deux ans, se tient devant les magistrats. Le président de la cour appelle Nadia et Souâd à la barre. Elles sont âgées respectivement de dix-sept et vingt ans. La première est victime et la seconde est témoin à décharge. Il leur demande de quitter la salle d’audience et d’attendre qu’il interroge Samir. Ce dernier regarde à gauche et à droite comme s’il cherchait quelqu’un. Le président lui demande de se tenir tranquille devant la cour. «Tu es poursuivi pour enlèvement et viol», lui rappelle le président. Il risque une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de réclusion criminelle. L’article 436 du Code pénal stipule en effet que «sont punis de réclusion de cinq à dix ans, ceux qui, sans ordre des autorités constituées et hors le cas où la loi permet ou ordonne de saisir des individus, enlèvent, arrêtent, détiennent ou séquestrent une personne quelconque…». Dans le même ordre d’idées, l’article 486 stipule que «le viol est l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci. Il est puni de la réclusion de cinq à dix ans…». Samir nie en bloc toutes les charges retenues contre lui. «Nadia était ma petite amie…», affirme-t-il à la cour, ajoutant qu’il avait croisé la jeune fille dans un parc, un jour du mois de janvier. Il lui avait adressé un sourire qu’elle lui avait rendu. Ayant pris cela comme un encouragement, il l’avait suivie, aussitôt, à lui chuchoter quelques mots. Et ils se sont attablés au café le plus proche. Là, ils ont conversé durant deux heures. Le jeune homme lui avait affirmé qu’il disposait d’un commerce et d’une voiture lui permettant de se déplacer librement. En fait, il aidait son père. D’une rencontre à l’autre, il lui a promis monts et merveilles. Elle l’a cru au point qu’elle ne souhaitait plus s’éloigner de lui. Quatre mois plus tard, elle l’a accompagné comme d’autres fois, à bord de sa voiture vers une forêt située dans la périphérie de la ville. Il a stationné sa voiture. D’un mot à l’autre, ils ont commencé à s’embrasser, avant d’aller plus loin. « Non, Monsieur le président ! il m’a violentée et a abusé de moi sous la violence… », déclare Nadia, quand elle a été appelée par le président. Elle a ajouté avoir effectivement accompagné Saïd à bord de sa voiture pour faire un tour et qu’elle n’avait pas l’intention de s’isoler avec lui à la forêt. «Je lui ai demandé de faire demi-tour… », affirme-t-elle à la cour. Selon elle, il aurait refusé et se serait jeté sur elle pour la violer avec défloration. Appelé à la barre, le témoin, Souâd, a prêté serment. Elle a affirmé à la cour qu’elle était au courant de la relation entre son amie Nadia et Samir, mais qu’elle ne les avait jamais accompagnés à un café ou dans un autre endroit. Elle a cependant ajouté que Nadia lui relatait ses aventures avec son amant. «Comment sont-elles ces aventures qu’elle te relatait ? », lui demande le président. Souâd a baissé sa tête avant de répondre : «Ils couchent ensemble dans la voiture… ». Le visage de Nadia a rougi au point qu’elle n’a pu lever ses yeux vers les juges. Un témoignage qui a permis à l’avocat de Samir de soutenir, dans sa plaidoirie, que le mis en cause est en fait victime de Nadia, qui n’a pu révéler la vérité à ses parents. «Elle n’a pas pu leur dire qu’elle faisait l’amour avec lui de son plein gré et pour se sauver elle a choisi de mouiller Samir… », explique-t-il à la cour avant de réclamer l’acquittement pour son client. Après délibération, la cour a jugé Samir non coupable d’enlèvement et de viol, mais coupable, en revanche, de débauche et l’a condamné à six mois de prison ferme.

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