Pour sortir de l’autisme politique… Par Ali Bouabid

Pour sortir de l’autisme politique… Par Ali Bouabid

Je ne puis que me réjouir quelques mois après la tenue du congrès de l’USFP de voir un membre du Bureau politique es qualité prendre la plume et rédiger un manifeste qui, s’il a vocation à rassembler doit tout autant autoriser le débat. Mon ami Mohamed El Gahs, en s’affranchissant d’une discipline étriquée et obsolète qui veut qu’un membre d’une instance dirigeante n’exprime des opinions personnelles que dans les instances du parti, s’est prêté à cet exercice ma foi trop rare et ô combien nécessaire.
Certes, on eut apprécié que cette attitude résolument moderne et la contribution qui la sous tend viennent nourrir les travaux préparatoires du 7è congrès. D’autant que les conditions du débat, plutôt satisfaisantes, s’y prêtaient largement. Il n’en a pas été ainsi. M. El Gahs a sans doute bien anticipé la vanité d’une telle démarche, considérant que les enjeux d’un tel congrès étaient bien ailleurs. Ce en quoi il a eu en définitive, à la fois raison et tort. Raison, car la portion congrue réservée au débat d’idées ne figurera pas dans les annales de l’USFP. Tort, car il fallait tout de même y croire et tenter de substituer l’optimisme de la volonté au pessimisme de l’intelligence, pour reprendre une expression célèbre. Surtout, le slogan sous le signe duquel était placé ce congrès (« le choix de la modernité ») méritait au risque de paraître naïf, d’être pris au sérieux.
Reste qu’en prenant l’initiative d’afficher clairement ses positions, M. El Gahs fournit paradoxalement une première illustration de ce que cette modernité, décidément encore difficile à assumer, signifie dans ses implications effectives. Et notamment la légitimation de nouveaux critères de sélection des responsables plus en phase avec une figure de l’engagement, faisant droit à des considérations liées à l’apport effectif de chacun. L’élection des dirigeants, par laquelle au demeurant El Gahs a été quasiment plébiscité, en ne ménageant aucun espace à la discussion sur ces aspects, a fait prévaloir du même coup d’autres critères de choix bien plus classiques et au final assez conservateurs.
Considérant la contribution publique de M. El Gahs comme une invitation pressante au débat, il m’est difficile de résister à la tentation de m’y livrer d’autant que la vitalité du propos interpelle sur plus d’un aspect.
Sur le fond, si je partage pour l’essentiel les convictions exprimées par El Gahs, au plan des principes et valeurs constitutifs d’une identité social-démocrate, mon appréciation est bien plus nuancée s’agissant de l’analyse qu’il livre des faits politiques majeurs. Au risque de paraître pas trop abstraite, l’identité social-démocrate de l’USFP et l’éthique qui l’accompagne ne sauraient s’arrêter à l’énoncé de principes et d’idéaux auxquels nous souscrivons. Elles doivent se nourrir des enseignements qu’autorise l’épreuve du pouvoir pour élaborer un vrai projet. L’USFP est aujourd’hui invitée à convaincre autant sur une vision et un projet, que sur une capacité de faire et d’agir. C’est pourquoi notre identité de demain est indissociable de ce que l’épreuve des responsabilités nous a enseigné depuis 1998.
Il n’entre pas dans mon propos, tant s’en faut de relater ici tous les aspects de cette expérience. Il m’a été donné en d’autres circonstances d’exprimer plus en détails mes vues sur le sujet. El Gahs me donne toutefois l’occasion de revenir rapidement sur certains points cruciaux.

Du congrès extraordinaire au gouvernement d’alternance :
Le congrès extraordinaire de 1975 a représenté, à n’en pas douter, une rupture  fondatrice dans l’histoire de l’USFP. Il a introduit une inflexion stratégique dans la doctrine et la ligne politique du parti, connue sous l’appellation de « stratégie de lutte démocratique », et qui tient en deux points majeurs.
Premièrement, intégrer le jeu politique tout en contestant les règles, et privilégier l’action de l’intérieur dans le cadre du fonctionnement des institutions. Deuxièmement, ériger la revendication pour une démocratisation des institutions en priorité dans le cadre de la mobilisation des forces vives sur tous les fronts de la vie publique.
Le trait distinctif de cette stratégie est avant tout contenu dans une doctrine de la représentation politique qui ne reconnaît de légitimité à l’accès et à l’exercice du pouvoir que fondé sur le verdict des urnes. Tout en abandonnant toute perspective révolutionnaire, cette ligne parie sur une évolution dans la nature et le fonctionnement des institutions, qu’elle se donne pour tâche d’aiguillonner à travers une stratégie de mobilisation continue. Eminemment tributaire de l’appréciation de l’état des rapports de force avec la monarchie et de la solidité des alliances qu’elle est parvenue à nouer, la gestion de la ligne politique à laquelle cette stratégie a donné lieu n’est pas demeurée figée. Très réactive, elle a engendré des prises de positions contrastées au gré des contingences, allant de la confrontation ouverte à des périodes d’apaisement. La récurrence du cycle confrontation-élargissement-apaisement-participation est du reste assez typique de la vie politique marocaine et notamment des rapports de la gauche au pouvoir depuis le début des années 60. Commandée par une orientation protestataire, cette posture a naturellement eu pour effet de cristalliser les éléments d’une culture d’opposition forgée dans l’adversité, adossée à des principes à forte charge morale et, donc, empreinte de méfiance voire de suspicion vis-à-vis du pouvoir. Les conditions du jeu politique étaient telles (répression, corruption des élites, crises économiques et sociales etc.…) que l’action partisane obéissait à une conception de la politique comme forme d’intransigeance morale. Le contexte dictait donc largement la posture.
Le recul d’aujourd’hui nous permet de dire que la ligne politique résultant de cette stratégie de lutte pour la démocratie à partir de l’opposition a conduit à des résultats ambivalents. Elle a d’un côté incontestablement permis de sensibiliser l’opinion à la justesse des causes défendues et des revendications posées, assurant à l’USFP une position prépondérante dans le champ et le débat politiques. En revanche, opérant dans un contexte de crise aiguë et sans précédent (ajustement structurel des années 80) et ne parvenant pas à entraîner durablement le principal allié de poids (Istiqlal) après le gel de l’alliance à l’issue des élections de 1977, cette ligne politique n’est pas parvenue à arracher du pouvoir en place des concessions significatives sur le front de la démocratie et des libertés.
C’est pourquoi le premier mémorandum de 1990 et la création de la Koutla démocratique, en réunissant les conditions d’une dynamique politique plus tangible signalaient l’enclenchement d’un nouveau cycle dans la marche du processus démocratique.
Dans un contexte d’impasse politique, marqué de surcroît par la montée en puissance de la revendication démocratique  à travers le monde, cette nouvelle  alliance stratégique indiquait en creux un nouveau positionnement politique par rapport à la question du pouvoir. Elle allait certes reconfigurer les rapports de force, mais surtout tirer avantage de la donne nationale et internationale pour réaffirmer la vocation alternative de la Koutla, entretenant ainsi la perspective d’un accès aux responsabilités sous réserve de la mise en oeuvre des réformes politiques et constitutionnelles. La suite des événements est connue de tous.

Controverse autour de la participation au gouvernement d’alternance
En plaçant l’USFP au devant de ses responsabilités, le gouvernement d’alternance a sonné comme une « heure de vérité », nous dit El Gahs. Soit. En consentant à accéder aux responsabilités, l’USFP a, sans l’ombre d’un doute, fait preuve de discernement dans l’appréciation du caractère stratégique des enjeux qui sous tendaient l’offre de participation .
Cette attitude lucide était d’autant plus remarquable qu’elle n’était adossée à aucun effort d’élaboration doctrinal susceptible de rallier celles et ceux pour qui la participation n’avait pas lieu d’être, dès lors que le scrutin de 1997 était entaché d’irrégularités. A leurs yeux, nul «consensus historique» au nom de l’intérêt national, ni même de «menace d’une crise cardiaque» ne suffisaient à justifier les manquements aux règles élémentaires de la démocratie ! Position cohérente dans sa formulation avec la ligne politique du parti. Elle n’en demeure pas moins figée dans une conception tribunicienne de l’action politique, qui tend à confondre l’objectif de démocratisation de la vie publique comme horizon ultime et le processus démocratique par étapes comme moyen d’y parvenir. A cet égard, la participation au gouvernement peut et doit être considérée comme la continuation de la lutte démocratique, cette fois-ci à partir de l’exécutif, et non plus simplement par la voie parlementaire. L’objectif demeure intact et le cap maintenu, ce sont les voies et moyens d’y accéder qui changent.
L’invocation de l’intérêt national pour justifier l’accès aux affaires publiques, sous peine d’apparaître comme un simple alibi à une forme de reniement, ne dispensait donc pas d’un effort d’explicitation de la cohérence nécessaire entre principes et décisions.

Une lecture politique plus nuancée de la participation.
La participation dans l’absolu a été positive, autant par les chantiers ouverts que par l’éthos réformateur qu’elle est parvenue à diffuser dans la vie publique.
Le bilan n’a ainsi d’intérêt que par les enseignements qu’il permet de dégager pour l’avenir, en termes de correctifs et d’ajustements. Pour schématiser, et sur un plan exclusivement politique, le gouvernement d’alternance était attendu sur une double prestation. Une action volontariste tous azimuts sur les différents chantiers de réforme et un positionnement politico institutionnel de nature à renvoyer une image autrement plus exigeante de l’action politique, entendue au sens de la direction des affaires de l’Etat.
Nous savions les attentes du premier ordre démesurées au vu de ce qu’une coalition brinquebalante était raisonnablement en mesure d’apporter. Il n’empêche qu’aujourd’hui un fait s’impose, qui ne manque pas d’inquiéter, voire d’inoculer le doute : l’ouverture politique qu’a connu notre pays ne s’est pas traduite en matière de réformes par une amélioration tangible du rendement de l’action publique.
La réponse à cette inquiétude lancinante est à rechercher dans le constat suivant : l’alternance a eu ceci de particulier, de révéler au grand jour les carences qui caractérisent le système de gouvernance. Ces défaillances qui ont largement survécu à l’expérience des trois gouvernements successifs, sont manifestes sur au moins trois champs. Je les évoquerai à grands traits. Les exemples et situations ne manquent pas pour en étayer le bien fondé. Certains ont été soulevés; d’autres appartiennent à l’histoire de l’alternance vue et vécue de l’intérieur qui reste à écrire.
D’abord dans la relation parti-gouvernement. Pour résumer et sans verser dans la polémique, si l’on excepte les périodes préélectorales, et la préparation des congrès, il n’est pas exagéré de dire que la vie partisane a été depuis l’alternance quasiment gelée. Les raisons sont nombreuses et peuvent être discutées à n’en plus finir. Il restera que nous continuons de payer en malentendus stériles et en faux débats ce défaut majeur de clarification.
Le deuxième champ sur lequel nous avons failli renvoie à l’attitude du groupe USFP au sein du gouvernement. Ici le constat est sans appel : dans les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 1998, le positionnement politique du parti apparaît davantage comme porté par des individualités qu’incarné dans un collectif au sens fort du terme. A aucun moment nous n’avons eu le sentiment que l’USFP opérait au sein du gouvernement à l’image d’une équipe animée d’une volonté commune et soudée par une même conception de la chose publique. Il va sans dire que les retombées d’une telle situation furent lourdes de sens et de conséquences.
Troisième champ d’illustration des défaillances du dispositif de gouvernance publique : la relation du gouvernement à la monarchie qui s’en est trouvée naturellement affectée. Comment pouvait-il d’ailleurs en être autrement ? A aucun moment et malgré quelques tâtonnements, la pratique institutionnelle n’est parvenue à accoucher d’un nouvel équilibre dans la répartition du pouvoir entre les «deux pôles» de l’exécutif. Un équilibre qui, à Constitution inchangée, eut été respectueux des rôles et des rangs de chacun et soucieux donc d’accorder au politique la place qui lui revient dans une démocratie naissante.

L’USFP et l’identité social-démocrate
Aussi, la juste compréhension du trouble identitaire qui frappe la gauche social-démocrate ne saurait faire l’impasse de ce que nous enseigne l’épreuve du pouvoir.
Aujourd’hui, sur fond de reflux des utopies globalisantes, l’affirmation d’une identité social-démocrate dans un pays comme le nôtre ne saurait sous peine de n’être qu’incantatoire, se contenter de la proclamation d’idéaux. Au surplus et pour un parti aux affaires, il importe qu’elle parvienne à conjuguer les ingrédients d’une éthique de conviction et d’une éthique de la responsabilité. Par éthique de conviction, nous entendons tout le corpus de valeurs puisant simultanément dans le référentiel humaniste universel et traduisant un sentiment d’appartenance bien décrit par El Gahs. Par responsabilité, nous suggérons le problème de la distance entre le réel et l’idéal, autrement dit entre des objectifs qui relèvent de choix et une réalité imparfaite qu’on ne peut transformer qu’en prenant conscience de la lenteur de toute action. Dans cette perspective, la politique n’est affaire de conviction qu’en tant qu’elle s’assigne un but et se donne simultanément les moyens de ses ambitions. L’affirmation de principes qui tolèrent l’indifférence quant aux moyens est une position commode et insuffisante.
La problématique de la gouvernance est au coeur de cette tension entre conviction et responsabilité.
Mohamed El Gahs affirme avec vigueur des principes que nous partageons sans peine, mais escamote quelque peu le débat sur leurs conditions de possibilité dans une perspective d’approfondissement de l’expérience démocratique. Or c’est là que me semble résider l’essentiel d’un débat qu’il reste à conduire au sein de l’USFP afin d’expliciter le fond de notre pensée sur deux questions fondamentales que soulève El Gahs.
Premièrement, que recouvrent nos exhortations quasi unanimes à la nécessité d’un Etat fort ? L’on conviendra sans peine qu’une telle notion est passible de plus d’une lecture. Par delà sa définition l’équivoque demeure sur les voies et moyens d’y accéder et sur le mode de fonctionnement de ces « lieux de pouvoir » sensés l’incarner. Le débat a d’autant plus d’intérêt que le texte de notre Constitution rend possible une pratique institutionnelle plus évolutive. Ce débat engage à coup sûr « nos valeurs, nos principes et nos objectifs » auxquels El Gahs est attaché.
Pour ma part, et dans un régime qui comme le nôtre a délibérément fait le choix de la construction démocratique, un Etat fort est d’abord un Etat qui s’incarne dans des institutions légitimes dans leur fondation, lisibles dans leur organisation et leur fonctionnement, et crédibles et efficaces dans leur action. La supériorité exclusive de la règle de droit et la fermeté dans son application, sont les seules voies d’accès à la prévalence d’un sentiment partagé de justice. Certes, si nul ne songe soutenir que ces conditions sont aujourd’hui réunies et que le processus à l’image de toute transition évolue en dents de scie, certaines attitudes et pratiques inutiles nous rappellent au mauvais souvenir d’une période que nous pensions révolue. En ces domaines, le Maroc a cette propension à franchir laborieusement trois pas en avant pour ensuite en faire deux en arrière !
Il est ainsi un paradoxe qui brouille la lisibilité de la donne politique : si les initiatives d’envergure engagées par S.M le Roi portent la marque d’une orientation résolument moderniste, cette dernière ne se décline que difficilement dans le fonctionnement et l’organisation de nos institutions. Le fonctionnement de nos institutions et singulièrement la « philosophie du gouvernement » ? travaillent à rebours, et éloignent toute perspective tangible de « réhabilitation du sens de la politique » que par ailleurs les acteurs appellent de leurs vœux ! Ce sont par conséquent non seulement les valeurs et les principes qui s’en trouvent mis à mal, mais également une certaine conception de l’action politique plus conforme aux règles élémentaires de fonctionnement d’une démocratie. Autrement dit le processus de démocratisation est plus que jamais suspendu à notre volonté collective de jeter les fondements d’un régime de la responsabilité politique mettant au clair la relation nécessaire entre autorité et responsabilité. Or, en ce domaine, force est de relever que nous n’avons enregistré aucun progrès significatif qui nous délivrerai de la schizophrénie ambiante et des surenchères qui l’accompagnent.
Entendons nous bien, n’en déplaise aux adeptes de « la table rase », le Maroc a besoin d’une monarchie forte, et qui puise sa force en partie dans la permanence d’une forme de conservatisme social nullement incompatible avec la marche vers la démocratie. Etant entendu que conservatisme ne rime pas avec archaïsme ni n’équivaut à féodalité. Il nous rappelle simplement que le changement n’est pas toujours synonyme de progrès et que les repères et représentations qui structurent l’ordre collectif ne sont pas interchangeables par la seule proclamation de principes philosophiques, aussi louables soient-ils.
La deuxième question fondamentale a trait à la ligne politique du parti. Nous ne pouvons continuellement entretenir des effets rhétoriques sur la conformité du programme de gouvernement à nos orientations, et occulter ainsi le débat de fond sur les modalités effectives de notre participation aux affaires publiques.
Les contraintes et difficultés propres à toute transition et à toute coalition ne peuvent tenir lieu de prétexte pour justifier l’absence de ligne politique de l’USFP et de ses alliés au gouvernement. Par ligne nous entendons un positionnement des composantes politiques du gouvernement mieux accordé à l’idéal de réhabilitation de l’action politique volontariste. Dans la réalité et à défaut d’avoir actualisé le sens de la participation autrement que par des généralités nous assistons à sa banalisation aux yeux de l’opinion et des militants.
La perte par la Koutla de l’initiative et des termes du débat public la condamne à jouer les utilités et la fige dans une posture de justification a posteriori. Pis encore, sur plus d’un chantier stratégique et eu égard au fonctionnement institutionnel, sa contribution en amont de la prise de décisions est introuvable ! Du même coup il devient difficile aux yeux de l’opinion de distinguer parmi l’équipe gouvernementale les «politiques» des «gestionnaires». Par bien des aspects, et sur bien des dossiers, les rôles semblent s’inverser!! Ce sont bien des trésors d’ingéniosité qu’il faudra déployer pour expliquer cela demain aux électeurs. En ce domaine, la responsabilité de la majorité et de la Koutla en général, et de l’USFP en particulier, est immense.

Les implications de « l’option moderniste »
Pour être digne de l’héritage dont elle est dépositaire, demeurer à la hauteur des attentes que de larges couches de la société sont en droit de nourrir à son endroit, l’USFP est aujourd’hui, et dans la perspective de 2007, sommée d’agir dans les trois directions suivantes.
1. La réorganisation des ses structures internes et de leur mode de fonctionnement, de la section de base jusqu’au bureau politique. C’est là un vrai chantier de gouvernance interne, sur lequel le 7è congrès s’est penché mais de manière insuffisante. Il faudra s’employer, sans les atermoiements habituels et dans l’urgence, à mettre sur pied un nouveau schéma d’organisation des structures et de nouveaux modes opératoires. Notamment en prenant acte du fait que le fonctionnement actuel du parti n’autorise ni le débat ni même l’écoute de l’autre. Réfléchir aux conditions d’un débat permanent et régulier, propre à mobiliser les énergies et les intelligences en interne et en externe est un préalable indispensable.
2. Une piqûre de rappel en matière éthique sous la forme d’une charte est à mon avis salutaire. A l’heure où le relativisme des valeurs n’épargne plus personne, nos amis du PSU ont été sur ce registre et à leur manière bien inspirés. Si le faible écho que cette proposition a rencontré lors des préparatifs du 7è congrès laisse sceptique, il n’en entame ni le bien fondé ni l’actualité. Ni revendication d’un supplément d’âme par des exhortations à la vertu pure, ni prédications moralisatrices en réponse au relativisme des valeurs : l’exigence éthique est une posture, nourrie de convictions. Elle participe pleinement de l’identité même du parti dont elle a de tout temps figuré parmi les fondamentaux. Elle est cette morale du devoir qui fonde notre engagement collectif envers ce qui nous dépasse, à savoir l’intérêt de la nation. Ordonnée autour d’une conception de la citoyenneté, elle est en somme ce régulateur identitaire qui anoblit l’action politique en contenant la propension individualiste à s’émanciper de toutes formes d’obligations collectives. L’appartenance à l’USFP étant d’abord et avant tout une aventure collective au service d’une cause supérieure.
3. A quelques mois de la célébration du cinquantenaire, le spectacle que la Koutla donne d’elle même est tout simplement lamentable. Nous n’allons pas compter les points, les responsabilités sont largement partagées. Dépassons nos calculs étroits et hissons-nous à la hauteur des enjeux d’une alliance dont le caractère stratégique mérite d’être réactualisé. Enfin et sachant que toute la gauche n’est pas soluble dans l’USFP, notre vocation est d’ouvrir un dialogue avec les composantes de la gauche radicale pour conforter nos points de convergences.
Sous peine de ployer sous la charge ô combien lourde de deux options stratégiques que sont le « choix de la modernité » et la « méthodologie démocratique » l’USFP n’a dorénavant d’autre issue que de leur trouver d’abord et en interne des applications concrètes. De ce point de vue, joindre l’acte à la parole devient une nécessité impérieuse.

Par Ali Bouabid
Membre du Conseil National de l’USFP
Rabat, le 17 octobre 2005

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