Pour un bol d’air du pays

«Allo! Bonjour Mehdi ! alors, qu’en est-il de mon billet…Le 14 ? non, c’est trop tard. Je t’avais bien dit le 6. Moi et mes enfants voulons profiter des vacances avant le début de l’année scolaire. Les vols sont surbookés? Essaye encore avec…». De sa maison, située en banlieue parisienne, et dès son réveil, Wafa Mahmoud est débordée. Elle essaye par tous les moyens de décrocher un billet d’avion pour rentrer au Maroc avec sa famille, le temps des vacances. Elle ne pense qu’à son retour. Sa famille au Maroc aussi. Entre deux appels qu’elle donne à ses connaissances pour trouver un vol qui n’est pas encore complet, un troisième lui vient du «bled» pour connaître l’avancement de la «quête».
Arrivée en France il y a une dizaine d’années pour continuer ses études, Wafa a fini par s’y installer. Agée de 35 ans et mariée à un entrepreneur égyptien, elle a maintenant trois enfants. Un foyer, une vie. Son mari, Magdi, est en France depuis 22ans déjà. Homme de grande stature et d’un physique digne des top models occidentaux, il ne se sent pas moins arabe. Une fierté nationaliste qui n’a d’égal que le grand respect dont il fait preuve pour son pays d’accueil, ses lois et ses gens. Wafa semble toutefois mieux adaptée à son environnement, mais elle craint pour ses deux enfants Ihab, 9ans, et Ghada, 7 ans. Le troisième n’est qu’un bébé qui, même drôlement turbulent, reste encore à l’abri du danger que représente la vie en banlieue. «Je n’avais pas de souci quand on habitait Paris. Mais depuis que nous avons emménagé, j’ai constaté qu’Ihab et Ghada avaient considérablement changé. La mauvaise fréquentation, la violence à l’école, la criminalité qui fait ravage ici… Tout ça me fait peur», déclare-t-elle, le regard rivé sur ses enfants qui regardent la télé avec insouciance. Nés en France et étant encore très jeunes, ils ne réalisent pas encore les inquiétudes que ressent leur maman quant à leur avenir. Contrairement à ses voisins, Maghrébins pour la plupart, Wafa reste d’ailleurs particulièrement alerte. «Je les suis de très près. Parfois même j’en fais trop. Mais on n’est jamais trop prudent. Ils sont toute ma vie et il n’est pas question qu’ils suivent le courant». Le courant, c’est celui de la délinquance, monnaie courante dans le milieu des jeunes issus des banlieues, et donc en majorité de l’immigration.
On tape à la porte. C’est Tarik, son frère, sa fille Eve dans les bras. Venu en France il y a quatre ans, Tarik s’est marié avec une Française. Il savait depuis le jour où il a quitté le Maroc qu’il allait passer toute sa vie en France. «Le Maroc est un pays qui n’a rien à offrir à ses citoyens. On reste livré à soi-même jusqu’à l’âge où on est en mesure de prendre des décisions. Et dès que l’occasion d’aller vivre ailleurs se présente, on n’hésite pas une seconde. Désolant, mais vrai». Tous ensemble, ils essayent de mener une «vie normale» comme dirait Gad El Maleh, tout en restant fidèles à leur origine. Les petits, quant à eux, aiment le Maroc. Mais rien que pour les vacances.

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