Prêcheurs ambulants

Vendredi dernier vers 19 heures. Le bus de la ligne n° 33 reliant le centre ville de Casablanca à Sidi Bernoussi démarre. Un homme, la quarantaine, avec une barbe bien entretenue, habillé à « l’afghane » , prend son billet et se positionne dans le couloir du côté du chauffeur. Il dépose son cartable et s’adresse aux passagers du bus : « Mes frères et soeurs, que le salut soit sur vous, au nom du Dieu le Clément le tout Miséricordieux ».
Et pour instaurer un silence à l’intérieur de l’engin surchargé à cette heure de pointe et attirer davantage l’attention des autres, il change de ton et évoque une sourate du Coran, « lorsque le Coran est lu, écoutez… ». Puis il entre dans le vif de son sujet. Après avoir rappelé les cinq piliers de l’Islam, il aborde la question du bien et du mal. En définissant les deux concepts, il démontre, pendant presque une demi-heure, comment le premier mène directement au Paradis et le deuxième conduit illico à l’enfer.
Au moment de la « conférence», on a l’impression qu’il s’agit d’un « fqih » qui exploite la religion pour demander ensuite la charité. Cependant, ce n’était pas le cas. Une fois, le discours terminé. « Mes frères et soeurs que le salut soit sur vous », lance-t-il et descend dans l’avant-dernier arrêt. Paraît-il, pour emprunter le bus allant dans l’autre sens et continuer son travail.
Dans ce cadre, des questions se posent et s’imposent. De qui s’agit-il ? Appartient-il, à un mouvement intégriste bien encadré ?
Le chauffeur du bus d’une compagnie privée de transport public en commun sur la même ligne souligne que « ce phénomène est devenu de plus en plus fréquent, notamment pendant les après-midi ».
Et d’ajouter que « du moment qu’ils prennent leur billet comme tout le monde et les passagers ne réclament pas, les contrôleurs n’ont aucune consigne de la direction de l’entreprise pour les empêcher d’agir de la sorte ».
Il faut dire que les bus sont en passe de devenir, un lieu de prêche et de commerce des cassettes-audio, dépliants et autres livres véhiculant des discours religieux.
Le cas des vendeurs de cassettes-audio ne date pas d’hier. Dans les bus, les autocars, et peut-être bientôt dans les trains et les avions, le phénomène interpelle à plus d’un titre. Un autre chauffeur de la Régie Autonome du Transport en Commun de Casablanca (RATC), souligne que «les vendeurs des cassettes-audio du coran et du « hadith » et les autres mendiants qui exploitent la religion pour avoir la charité sont presque toujours présents à bord des bus, en aller comme au retour ».
L’ombre de l’obscurantisme serait-elle en train de planer ? Après les plages et certains quartiers populaires et populeux, les prêcheurs investissent les transports publics en commun. Ceux qui empruntent, les bus dans la capitale économique ont assisté, au moins une fois, à des « conférences » sur le bien et le mal, le paradis et l’enfer, la femme, etc.

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