Préserver le patrimoine

Ville impériale à nulle autre pareille, au passé glorieux et rayonnant, Marrakech est sans doute l’une des métropoles dont le nom évoque, à lui seul, un héritage historique prestigieux.
Grâce à l’ensemble de ses potentialités culturelles, historiques, traditionnelles, à l’hospitalité de ses habitants, son environnement sain et à l’architecture de ses anciennes demeures, Marrakech a été déclarée en 1985 par l’UNESCO «Patrimoine Mondial de l’Humanité» et en 1987 «Ville Messagère de la Paix», titres qu’elle arbore avec fierté.
Mais si la ville rouge a obtenu de telles distinctions, c’est grâce en grande partie au rôle prédominant et à la renommée de la Place Djemâa El Fna.
Considérée comme l’une des plus célèbres places au monde, Djemâa El Fna est, depuis le 18 mars dernier, proclamée «Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité».
Située au coeur de la Médina, Djemâa EL Fna constitue, pour le visiteur national et étranger, le lieu privilégié de rencontres et de distractions. En effet Djemâa El Fna est la place où se forment les foules, se mélangent les signes tactiles, olfactifs, gustatifs et auditifs, dans une complémentarité euphorique. Trait d’union entre le passé, le présent et l’avenir, carrefour où se rencontrent les cultures du Nord et du Sud, Djemâa El Fna est le véritable espace de la créativité verbale et non verbale.
D’ailleurs, l’animation de la place n’a d’égale que la turbulence, les sons, les couleurs et les odeurs de ses occupants, du charmeur de serpents à l’arracheur de dents, aux diseuses de bonnes aventures, aux fquihs, aux gargotiers qui envahissent la place le soir et l’embaument de la fumée de brochettes, de merguez, de poissons frits et du fameux breuvage fumant (Kaâkoulla) qui a des propriétés aphrodisiaques dit-on. Tout un monde qui vit, se bouscule, gesticule, chante, danse. Et ce, du lever du jour jusqu’à une heure tardive de la nuit. Une promenade dans la Place constitue un exceptionnel bain de foule, d’où l’on ne sort jamais indifférent.
De cette activité est née la Halqua. Or, cette dernière, qui constitue la source de l’identité culturelle de la population autochtone, est aujourd’hui menacée de disparition. Les Hlaiquis, faute de revenus, désertent peu à peu la Place. Il fut un temps où les Hlaiquis suscitaient la curiosité et l’intérêt des citoyens qui venaient s’attrouper autour d’eux durant des heures.
Leur attention reste suspendue au temps du récit des conteurs. La tradition veut que chaque spectateur verse une pièce de monnaie dans la sébile que le conteur leur tend à chaque intermède. En fin de journée, les Hlaiquis arrivent à rassembler une petite somme d’argent qui leur assure les dépenses quotidiennes. Aujourd’hui, les spectateurs deviennent plus radins et dès que le hlaiqui commence sa tournée, ils s’esquivent pour une autre halqua. Le métier est devenu non rentable. Les Hlaiquis quittent la place pour aller chercher fortune ailleurs.
Aujourd’hui l’animation de la Place Djemâa El Fna s’articule autour de la musique et des danses berbères, un art disparu, de seulement 3 conteurs, 8 charmeurs de serpents, les Hmad ou Moussa (acrobates), les gnaouas ( 03), « Abidates Rma » ( chanteurs et danseurs du Haouz ) et les dresseurs de pigeons et de singes. Pour ne pas abandonner la Place au triste sort qui la guette, la Commune de Marrakech Médina et l’Association des Amis de Djemâa El Fna ont décidé de créer un fonds d’aide pour les Hlaiquis afin de conserver à cette activité toute son authenticité et son prestige.

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