Prêtres pédophiles : Dialogue de sourds

Le fossé de l’incompréhension s’élargit entre la hiérarchie catholique américaine, qui assure vouloir régler pour de bon le problème des prêtres pédophiles, et les associations de défense des victimes qui se sentent plus que jamais incomprises et ignorées.
Les 288 évêques et cardinaux américains, réunis à Washington pour leur conférence d’automne, doivent adopter mercredi de nouvelles «normes révisées» qui ne modifient en rien la politique de «tolérance zéro» adoptée à Dallas mais, au contraire, la renforcent en fournissant «un cadre juridique stable », insiste le cardinal de Chicago, Francis George.
«Un prêtre ou un diacre, même pour un seul acte d’abus sexuel, sera retiré de façon permanente du ministère public», assure l’évêque de Bridgeport (Connecticut), William Lori.
Face à ces affirmations de bonne volonté pourtant, les associations de victimes dénoncent un retour en arrière. Les évêques «ont abandonné les règles de bon sens adoptées à Dallas en faveur d’un processus plus flou et compliqué, ce qui va ralentir les sanctions contre les prêtres fautifs et même, potentiellement, permettre à certains de retrouver leur ministère, tandis que cela découragera les victimes de parler», déplore David Clohessy, directeur du réseau des victimes d’abus par des prêtres (snap).
Entre Dallas et Washington, le contraste ne pouvait être plus grand. Alors qu’en juin, des victimes avaient été invitées à raconter leur calvaire devant l’assemblée des évêques, cette fois-ci, elles sont cantonnées à l’extérieur de l’hôtel où se tient la conférence, sous la pluie.
Mardi matin, une manifestation improvisée dans l’hôtel d’une douzaine de victimes de prêtres pédophiles, membres de l’association Soulforce, a été interrompue par la police, qui a procédé à trois arrestations.
«On nous demande d’aller dans la rue. Eh bien, cela fait trois ans que nous sommes dans la rue !», s’est écrié son responsable Mel White, avant d’être emmené, menottes aux poignets.
Le dialogue est rompu et les évêques américains semblent sur la défensive, de plus en plus irrités par des accusations qu’ils estiment injustes et infondées. La notion que la hiérarchie catholique va protéger des prêtres ayant commis des abus sexuels sur des mineurs est «un mythe», s’est emporté lundi l’archevêque de Sy.Paul-Minneapolis, Harry Flynn, avouant une certaine incrédulité. « Je ne sais pas si les gens à l’extérieur (les victimes) et moi lisons le même texte ». Pour le Père Thomas Reese, rédacteur en chef du magazine Jésuite America, les évêques portent une part de responsabilité dans ce dialogue de sourds. «Le problème est que la charte de Dallas n’expliquait pas bien le processus de sanctions et que le texte révisé et rédigé dans un langage ecclésiatique difficile à comprendre et donc les victimes sont suspicieuses», explique-t-il à l’AFP. La hiérarchie catholique, poursuit-il, « a très mal communiqué à propos de la révision des normes. Elle aurait dû les expliquer aux groupes de victimes dès le début », ajoute-t-il.
La question reste de savoir comment les évêques américains vont pouvoir convaincre les victimes de leur bonne foi et regagner la confiance perdue. «La première chose à faire pour les évêques va être, à l’échelon local, de s’asseoir autour d’une table avec les victimes, les écouter et leur présenter des excuses», estime Thomas Reese.

• Francis Temman (AFP)

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