Principes du management appliqués à l’urbanisme

Principes du management appliqués à l’urbanisme

Le management est décrit par les dictionnaires en tant que «ensemble des techniques d’organisation et de gestion des entreprises, des sociétés». Quant à l’urbanisme, il est défini comme étant un «ensemble d’études, d’arts et techniques ayant pour objet l’implantation, l’aménagement, la gestion et l’organisation harmonieuse des villes». Nous retenons ci-dessus trois mots communs aux deux descriptions, à savoir : technique, gestion, organisation. Il est vrai que les définitions précitées datent et que depuis, le terme management a gagné du terrain, à tel point qu’on le retrouve dans les différents domaines de la vie économique, et qui vise à vouloir inspirer une bonne conduite, rationnelle, pragmatique et à fort rendement. Dans notre réflexion, nous allons aborder certains principes de management appliqués à l’urbanisme. Il s’agit des mots-clés du lexique utilisés par un manager, repris par un chercheur en urbanisme :

1- Entreprise : il s’agit de considérer l’espace urbain comme étant un lieu de production de bien et de service. C’est un site d’exécution des travaux pour des commanditaires. Pour cela, il doit répondre aux exigences des entrepreneurs en matière d’offre foncière, main-d’œuvre, transport et logistique. Ainsi, les responsables de cet espace doivent-ils avoir un caractère entreprenant qui cherche très activement à «séduire» , ce qui nous mène au 2ème principe.

2- Compétitivité : comme toute entreprise, l’espace urbain est soumis à une rude compétitivité. En effet, chaque ville cherche à séduire en vue d’attirer les richesses qui la fécondent, mais aussi préserver celles qu’elle renferme par crainte qu’elles ne la fuient. Pour cela, il y a lieu de mener un travail perpétuel de mise à niveau en vue de rester compétitif, c’est-à-dire, apte à supporter la concurrence, soulevée par d’autres villes offrant plus d’avantages, de services de plus en plus à haut standing vis-à-vis d’un prétendu investisseur cherchant un site d’implantation. D’où l’obligation de mener des actions de promotion spatiale, qui met en relief l’exclusivité du site urbain.

3- Marketing spatial : il s’agit de mener une campagne de commercialisation de l’espace urbain, en vue de promouvoir ses qualités qu’il offre à ses «destinataires», pour les informer des richesses à mettre en valeur, à investir, à préserver ou à exporter. Une telle campagne est assurée par des sociétés spécialisées en communication, qui ont pour mission de vanter l’espace urbain concerné. Il s’agit de promouvoir ses capacités d’accueil, d’implantation et d’investissement. Dans ce cadre, il y a lieu d’exhiber les compétences humaines et spatiales qui caractérisent l’espace en vue d’encourager l’implantation d’entreprise et d’attirer par là les richesses. L’espace urbain devient un vecteur de développement économique et social au lieu d’être un lieu de tension et conflit. Le marketing spatial doit aussi mettre en relief les exclusivités spatiales de l’espace urbain : climatique, naturelle (topographie, courant d’eau, océan…) humaine (qualification) : économiques (SMIG, fiscalité) valeur foncière abordable. Pour réussir une telle mission, il y a lieu de mener une réflexion sur la manière de mettre en arrière-plan les contrariétés diverses qui peuvent nuire à la campagne proportionnelle, car de la réputation d’un espace dépend sa valeur.

4- Evaluation : tout porteur de projet est dans l’obligation de procéder à des évaluations tout le long de son parcours avec tout ce que cela suppose, notamment, la possibilité de rectifier le tir et éventuellement faire marche arrière sur certaines composantes du projet, qui risqueraient si elles perdurent, d’handicaper sa bonne marche, voire le rendre stérile. C’est le cas, par exemple, de certains zonages (règlement relatif aux possibilités d’occupation du sol), projetés par les documents d’urbanisme, mais non compatible avec la réalité, tel que la présence de parcelles dont la superficie est inférieure au minimum requis par la réglementation en vigueur. D’où le gel constaté au niveau de certaines zones (exemple : l’arrière plan de la corniche, quartier Palmier à Casablanca…), malgré leur intérêt économique respectivement en tant que zone touristique et résidentielle. L’évaluation doit proposer une alternative aux incohérences. Elle doit aussi marquer en gros les réussites, afin qu’elle devienne le modèle à suivre. Le système d’évaluation constituera à terme un observatoire de l’espace urbain, chargé d’assurer le suivi de la genèse de la ville et d’effectuer des études approfondies de benchmarking, qui vise à confondre deux espaces urbains ayant des similitudes en matière de vocation et de taille (grandeur), sachant que l’espace urbain initiateur du benchmarking doit se comparer avec des espaces «réussis». Enfin, une évaluation ordonnée devient une tâche abordable lorsque nous nous trouvons dans un espace urbain qui fonctionne comme étant une organisation.

5- Organisation : il s’agit du sens terminologique du mot. Ainsi, une organisation relative à l’espace urbain vise à vouloir affecter à tout un chacun sa mission, de façon que l’on sait qui fait quoi ? Administration (services extérieurs), autorités locales, élus. Un organigramme du système décisionnel hiérarchisé doit être établi qui aboutirait à terme à la constitution d’un tableau de bord qui inclurait les affectations des responsabilités. Ces dernières sont rattachées à des personnes responsables des actions programmées, qui sont indexées à un timing bien défini et contre tout sentiment de bureaucratie. L’organisation d’un espace urbain vise aussi à vouloir confier au «terrain urbain» une affectation urbanistique à travers les documents d’urbanisme : plan d’aménagement et SDAU. Ces documents, qui relèvent de l’urbanisme prévisionnel, ont montré dans de nombreux cas leur limite, voire leur inefficacité à cause de leur rigidité, ainsi du manque de prévoyance de leur concepteur, et de persévérance de la part des personnes censées assurer leur mise en œuvre. Les dits documents auraient été très fructueux si le dirigisme régnerait dans notre pays. D’où le faible rendement de ces documents. Cela ne veut pas dire que l’on n’a pas besoin de planification. Si, mais qu’elle soit conforme avec les aspirations multidimensionnelles des forces vives de l’espace urbain. Cette planification doit comporter un planning avec des phasages à respecter pour optimiser les investissements, notamment ceux relatifs à l’infrastructure (voirie et assainissement), afin de ne pas se retrouver avec une macro-forme urbaine tentaculaire, difficile à rattacher entre ses différentes composantes.

6- Fructifier : le foncier en tant que capital, pris seul à part, est peu important, c’est l’affectation urbanistique qui lui donne une partie de sa valeur vénale. L’autre partie se réfère à l’environnement où il se trouve (situation, proximité de services et d’infrastructure de transport). Cela conjugué au projet dont il sera porteur. Ainsi, un bien foncier peut voir sa valeur anéantie lorsqu’il devient grevé par une servitude no-aédificandi, ou par un équipement public dont la réalisation risquerait de ne jamais voir le jour. Voilà pourquoi il faut œuvrer dans le but de faire du bien foncier un capital à fructifier, d’abord en instaurant une fiscalité locale «anti-jachère» qui se base non pas sur la valeur locative comme c’est le cas aujourd’hui, mais tout simplement le recours à une tarification fiscale au mètre carré (m2). Le foncier deviendrait alors la base du système fiscal local, et il revient à l’affectation urbanistique, selon les documents d’urbanisme, pour déterminer la valeur fiscale que doit le citoyen à la collectivité. La masse fiscale refléterait ainsi la réalité économique de l’espace urbain, ce qui permettrait de mener des actions de solidarité entre les différentes composantes spatiales de la ville, puisque le riche qui possède de grandes propriétés foncières en m2 payerait proportionnellement à leur possession quantifiable, et à titre indicatif, d’ores et déjà, on peut souffler une charge fiscale de 10 DH/m2 par an, tout en instaurant un système préférentiel pour les propriétés dont l’acquisition fut réalisée avant 1980. Les documents modernes à notre portée aujourd’hui, cartographie numérique et images satellites, faciliteraient la tâche pour désigner la masse fiscale. Ainsi, une fois ce travail réalisé, on parlerait d’efficience foncière de l’espace urbain qui permet le brassage social et un développement humain équilibré.

7- La Bonne Gouvernance : à l’instar de l’espace entrepreunarial soumis à un plan managérial, l’espace urbain est de plus en plus en quête de tisser des relations de bonnes gouvernance entre les différentes institutions qui le constitue, élu, administration, autorité locale, société civile, corporations. Il y a lieu de les considérer toutes en tant que partenaires interdépendants les uns aux autres, et que chacun a un pouvoir à exercer et, par conséquent, il est de son droit qu’il ait son mot à dire concernant la destinée de la ville. Les textes législatifs et réglementaires doivent veiller à instaurer une culture de concertation, qui devrait aboutir à des idées d’entente ou des solutions négociées, d’où l’obligeance d’une stratégie.

8- Stratégie : contrairement à une «politique» qui sous-entend la manière de se conduire, plus ou moins habile et prudente, la stratégie est l’art de coordonner entre différents intervenants, oh combien nombreux en milieu urbain et souvent porteurs de projets, qui ne fédère pas autour d’eux les différentes forces en tant que partenaires et non pas en tant que concurrents ou adversaires. D’où l’utilité du «Projet Urbain» en tant que stratégie fédératrice d’interventions sur l’espace urbain. Mais elle nécessite une stabilité dans le mouvement. Ainsi, certaines observations de comportement administratif doivent-elles disparaître, à savoir, le changement tous les quatre ans maximum à la tête des services extérieurs, et préfectures, de même un code électoral ne permettant pas de dégager une véritable majorité permettant une gestion stable pour la ville dans la continuité, exemple la ville de Fès : en 8 ans a connu la succession de 5 walis, Casablanca en 6 ans a connu 4 walis etc. Et cela a des méfaits sur l’accumulation de l’expertise qui connaît une forte déperdition .

9- Restructuration : dans le monde de l’entreprise, la restructuration équivaut nécessairement à un redéploiement, une reconversion, voire une réduction de l’effectif. Dans l’espace urbain, cela voudrait nécessairement dire une élimination du secteur insalubre, afin de faire des zones objet d’une restructuration des zones qualifiées à une cohabitation harmonieuse avec le milieu urbain structuré. Donc, une ablation des obstructions constituées par des tissus insalubres et qui seront destinés ultérieurement à la voirie et aux équipements publics nécessaires.En guise de conclusion, il y a urgence, pour que chaque ville souhaitant intégrer l’ère moderne, pour qu’elle élabore son plan managérial lui permettant de compter parmi les espaces urbains de ce monde, mais aussi d’intégrer forcément une mondialisation au lieu de la subir, ainsi la mise à niveau perpétuelle intégrant les facteurs de rajeunissement doivent figurer à l’ordre du jour du programme d’action de «La ville». La lourdeur de la tâche nécessite une externalisation des services accomplis jusqu’à aujourd’hui par les services municipaux afin de profiter de l’expertise fraîche du secteur privé et se consacrer au développement de l’espace urbain.

Par Saïd Jabri
Cadre supérieur à l’Agence urbaine de Fès.

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