Profanation de tombes

A la Commune Aït Belkacem, Tifelt, région de Khemisset, les éléments de la gendarmerie Royale se rendent, un matin du mois d’octobre, chez Rabiaâ, dix-neuf ans, mariée. Cette visite la surprend au point qu’elle sent ses pieds se dérober sous elle. Elle n’arrive plus à bouger. Son mari est parti déjà au travail. Les gendarmes ne cessent de l’appeler. Elle finit par ouvrir la porte. «Viens avec nous», lui ordonne fermement le chef de la brigade. Elle tente de lui expliquer qu’elle les rejoindra une fois son mari de retour. «Nous n’avons pas de temps à perdre», lui dit le chef de la brigade sur un ton sévère. Elle le supplie de patienter juste quelques minutes, le temps d’enfiler son djellaba. Ses voisins du quartier ne savaient pas ce qui lui arrivait. Ils se tiennent nombreux devant leurs maisons à l’affût des nouvelles. Les larmes aux yeux, Rabiaâ sort de chez elle, monte dans la Jeep qui fonce à destination du centre de la gendarmerie. Une fois arrivée, Rabiâ est conduite au bureau de celle-ci. Elle ignore encore la cause de son interpellation. Quelques minutes plus tard, son mari la rejoint à la gendarmerie. Il rencontre le chef de la brigade et demande des explications. «Ta femme a profané une sépulture en pratiquant la magie…», lui confie-t-il en lui demandant d’attendre dehors. Le chef rentre au bureau et s’adresse à Rabiaâ qui gémit sans cesse : «Tes voisins t’ont vu en train de mettre du ciment mélangé à l’eau et à d’autres produits dans une tombe…». Rabiaâ baisse ses yeux, remplie de larmes. Elle n’ose pas nier, mais garde le silence. Parce que l’accusation est fondée. Elle a été sollicitée par son amie et voisine, Halima. Âgé de vingt-sept ans, cette dernière s’est mariée depuis deux ans et habite le même foyer que sa belle-mère et deux belles-soeurs, qui n’hésitaient pas à mettre leur nez dans ses affaires au point qu’elle ne supporte plus de vivre avec elles. Elles sont allées jusqu’à lui créer des problèmes avec son époux, qui l’a mise hors du foyer durant un mois avant de la rappeler après l’intervention de membres de leurs familles. Convaincue que tous ce qui lui arrive est le résultat de la jalousie de ses belles-soeurs, elle a décidé de se venger en recourant à un charlatan. Celui-ci lui a remis des produits qu’elle devait mélanger avec le ciment et les mettre, une nuit de pleine lune, dans une tombe au cimetière afin que ses belles-soeurs restent célibataires à vie. Craignant d’être découverte par son mari, elle s’est abstenue d’y aller. Elle a proposé l’idée à son amie, Rabiaâ. Les 2000 DH que Halima lui a remis, font qu’elle a accepté sans trop réfléchir. Malheureusement, pour elle, la nuit en question, coïncidait avec la mi-Chaâbane. Un voisin qui habite la même demeure a remarqué le manège, la pleine lune aidant. Il l’a suivie de loin jusqu’au cimetière. Le lendemain matin, il s’est rendu chez les gendarmes pour les alerter. Convoquée et soumise aux interrogatoires d’usage, Halima a tout nié. «Je ne me suis adressée ni à un F’kih, ni acheté des produits chez des herboristes, ni demandé à Rabiaâ de mettre des produits de sorcellerie dans une tombe, ni lui avoir versé deux mille dirhams». Ce qui ne l’a pas empêchée d’être poursuivie, à l’instar de son amie Rabiaâ, selon les dispositions des articles 268 et 269 du code pénal pour profanation de sépultures et exercice d’un acte portant atteinte au respect dû aux morts.

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