Quand la justice traîne

Quand la justice traîne

Ancien résistant et membre très actif du Mouvement national de l’Oriental, condamné à mort par les autorités françaises de l’époque, Haj Mohamed Melhaoui est redevenu simple citoyen après l’indépendance. Décoré par les Rois défunts, Mohammed V et Hassan II, sa fierté et sa satisfaction le comblaient. Après de longues et de laborieuses années, il a décidé de prendre sa retraite et de vivre dans sa ville natale, Oujda.
En 2002, après qu’il s’était aperçu d’une série de détournements perpétrés par son comptable M.M, il dépose une plainte contre l’employé qui a détourné la somme de près de deux millions sept cent quarante mille dirhams (environ 274 millions de centimes).
Le comptable profitait en fait de la confiance de son employeur qui, étant illettré, se contentait d’une signature qui ne présente qu’un seul caractère et par conséquent facilement falsifiable. Haj Melhaoui est d’autant plus offensé quand il a su que 540 000 dh de la somme escroquée ont été puisés de l’argent (un compte bancaire) de la mosquée qu’il a fait bâtir à Oujda. Plus que du vol, c’est une profanation, considère le fils Melhaoui. Rien que pour ce dernier délit, le comptable mériterait plus que d’être arrêté.
Encore faut-il rappeler que l’auteur du détournement a des antécédents puisqu’il a été accusé au début des années 90 pour faux et usage de faux, vol et abus de confiance. Une fois la plainte enregistrée à la police et à la gendarmerie, il dispose d’un avis de recherche. Depuis, rien. Selon Abdelkader Melhaoui, le coupable court toujours dans la nature sans même se donner la peine de se cacher «tellement il paraît sûr de l’impunité» affirme ce dernier. Cela fait près de deux ans que Haj Mohamed Melhaoui traîne sa plainte autant que son avis de recherche sans résultat. Il affirme que l’accusé vit le plus normalement du monde et va dans les restaurants et aux différents courts de tennis sans être inquiété. Puisque les différents commissariats n’ont rien entrepris, Haj Melhaoui s’adressa alors aux ministères de la Justice, des Droits de l’Homme. Il a même écrit au Premier ministre. Toujours sans résultat.
L’affaire continue de traîner, et Haj Melhaoui ainsi que les membres de sa famille commencent à soupçonner des arrangements douteux. L’on est loin des étapes de grande présence de ce vieillard au passé très riche en activité. Outre ses activités commerciales, Haj Mohamed Melhaoui était à la tête de la Fédération royale marocaine des sports automobiles en 1966, avec d’autres passages non moins importants dans le même domaine.
De nos jours, il s’occupe personnellement de la mosquée à Oujda et des deux écoles coraniques qu’elle abrite. Il est également connu pour de nombreuses activités d’ordre strictement caritatif. L’homme âgé aujourd’hui de 92 ans n’est nullement intéressé par l’argent. Il ne cherche pas à ce que la somme détournée lui soit restituée, mais il veut que la justice prenne son cours normal et que le coupable soit sanctionné. «Je veux partir l’âme en paix», se contente de dire Haj Melhaoui «au lieu d’être constamment nargué par un employé véreux».

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