Quand la mendicité mène au crime

“Ne t’approche plus jamais de ce chantier!“. C’est une phrase que Rachid, 24 ans, a entendue à maintes reprises prononcée par Lahcen. Pourquoi le pourchasse-t-il, à chaque fois, comme un chien ? Pourquoi ne le laisse-t-il pas tranquille à attendre le propriétaire de ce chantier de construction, situé au quartier Aïn Chock, à Casablanca, pour lui demander l’aumône ? Pourquoi Lahcen, chef de chantier, se livre-t-il à une tâche qui n’est pas la sienne ? Est-il le gardien du chantier ? Plusieurs interrogations hantaient l’esprit de Rachid à chaque fois qu’il a été chassé par Lahcen. Un comportement qui nourrit une rancune tenace dans le coeur de Rachid. Humilié, ce dernier a décidé de ne plus retourner au chantier en question. “Il y a tellement de chantiers où je peux mendier“, pense-t-il. Seulement, l’image de Lahcen continuait de le hanter. Il n’a pas pu supporter d’être humilié par quelqu’un, qui ne lui donne rien, et ne cesse de l’injurer. Pourquoi ? Il en ignore la raison. “Je vais lui apprendre à me laisser tranquille pour toute la vie“, se dit-il. Il semble que la rancoeur qu’il gardait contre Lahcen l’ait complètement possédée. Et en un clin d’oeil, il a cédé la place à une soif de vengeance. Un sentiment destructif qui exclut le moindre raisonnement.
Le lendemain, Rachid s’est présenté devant un marchand, lui demandant un grand couteau bien aiguisé. Dissimulant l’arme derrière son dos, sous ses vêtements, il l’a payée quarante dirhams. Aussitôt, il s’est rendu au chantier où travaille Lahcen. Les ouvriers qui étaient absorbés par leur tâche l’ont remarqué en train d’errer autour du chantier. Ils ont pensé qu’il attendait une fois encore l’arrivée du propriétaire. L’un d’entre eux a remarqué qu’il s’était planté dans un coin, la main derrière le dos. Guette-t-il quelqu’un ou est-il seulement en train d’attendre le propriétaire loin des yeux du chef de chantier ? Les ouvriers ont continué leur travail, sans aviser Lahcen.
Tout à coup, ils ont entendu un cri. Que s’est-il passé ? Le mendiant a surpris Lahcen par un premier coup de couteau dans le dos. Quand il s’est retourné pour se défendre, Rachid l’a criblé d’autres coups au niveau de la poitrine. Les ouvriers ont abandonné tout ce qu’ils portaient sur eux pour porter secours à leur chef. Toutefois, Rachid était plus rapide qu’eux. Il ne leur a pas laissé le temps de le sauver, en assénant un dernier coup fatal à Lahcen. Ce dernier s’est effondré sans vie. Rachid, quant à lui, a été attrapé par les ouvriers pour être confié aux éléments de la 7ème section judiciaire de la Police judiciaire de Hay Hassani-Aïn Chock. “Je n’avais pas l’intention de le tuer. Je voulais seulement lui donner une leçon pour qu’il me laisse tranquille“, affirme Rachid aux enquêteurs. Depuis sept ans, il a quitté K’sar sahraoui, où il est né en 1980 à destination de Casablanca pour chercher du travail. Il a travaillé dans plusieurs chantiers de construction pour des salaires de misère, qui ne répondaient ni à ses besoins personnels ni à ceux de sa famille. L’année dernière, il a décidé de quitter les chantiers, car il a remarqué que la mendicité rapportait gros pour moins d’efforts. Pourquoi donc ne pas se livrer à cette activité ? Une tournée quotidienne à gauche et à droite, à travers les ruelles et les boulevards de Casablanca lui permettrait d’empocher au moins cent dirhams par jour. Autrement dit, trois mille dirhams par mois. Pourrait-il avoir 100 DH après une journée de dur labeur dans les chantiers ? Non. Il vaut mieux s’adonner à la mendicité que de vendre sa «santé» pour quelque sous, se dit-il. Et il a commencé à faire la manche, sans vergogne. A la fin de chaque journée, la recette, qui varie, reste plus importante que le salaire journalier qu’il percevait dans les chantiers.
Entre-temps, il a commencé à fréquenter le chantier en question ; son propriétaire n’hésitait pas à lui verser quelques dirhams. Seulement, Lahcen avait commencé à le provoquer en le chassant avant l’arrivée du propriétaire. Un comportement qui a fini, au fil des jours, par le mettre hors de lui et commettre l’irréparable.
Rachid a été traduit devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca. Tandis que Lahcen, a été enterré, laissant derrière lui trois enfants à la charge de son épouse, sans travail.

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