Quand les dérogations deviennent la règle

Quand les dérogations deviennent la règle

“Vous publiez dans votre numéro du 02/03/2004 des articles concernant des architectes de Casablanca qui se mobilisent contre l’Agence urbaine sur lesquels je voudrais apporter le point de vue suivant :
En réalité, ceux dont vous parlez ne sont que quelques architectes très minoritaires qui s’agitent, et ils s’agit pour des raisons que vous avez explicitées dans vos colonnes et qu’ils expliquent eux-mêmes. Ces architectes minoritaires veulent une ville ou «les dérogations» deviennent «la règle». Ils veulent que la ville devienne un champ d’investissement et que les représentants de l’autorité deviennent des gestionnaires au service des investisseurs. Non pas des investisseurs dans les domaines de l’industrie, du commerce, de l’artisanat, du tourisme, des services ou de la haute technologie. Non, uniquement des investisseurs dans la production de logements économiques en série que l’on appelle abusivement logements sociaux. Investisseurs ou promoteurs qui profitent de la crise du logement pour offrir des logements exigus dans des ensembles surdensifiés et sous-équipés, sans identité, pauvres en espace, pauvres en architecture. La ville est donc devenue la proie où on joue à gagner gros au détriment des intérêts des citoyens et de leur environnement. Non la ville n’est pas un casino, elle n’est pas une bourse de valeurs, elle n’est pas non plus une zone franche.
D’autant plus qu’une zone franche est aussi régie par des lois, par des règlements qui n’en font pas une zone de non-droit. La ville est un lieu de vie pour des gens. C’est un lieu d’échange, un lieu de production matérielle, intellectuelle et culturelle. C’est un lieu d’épanouissement et d’enrichissement dans tous ces domaines. En dehors de ces considérations qui donnent sa dimension à la ville, celle-ci a besoin d’un dessein, d’un destin. Celui de Casablanca est inscrit dans son potentiel, dans son histoire, dans son identité, celui d’être une ville internationale ou de ne pas l’être. Casablanca en a le devoir, pour les Casablancais, d’abord, pour les Marocains ensuite.
Pour cette ambition, une politique est nécessaire. Politique qui doit resituer Casablanca dans sa vocation industrielle, renforcer sa tradition commerçante, en faire une destination touristique, stabiliser sa place financière, sauvegarder son patrimoine, le doter d’espaces verts, d’équipements culturels et de loisirs suffisant, recentrer la vie universitaire en son sein pour une nécessaire jouvence.
C’est cette vision, cette politique dont il faut aujourd’hui parler c’est l’avenir de Casablanca sur lequel il faut se concerter. Les lois, les règlements, les procédures ne sont que des instruments techniques au service d’une politique. Si l’on s’entend sur la politique, c’est-à-dire sur l’essentiel, tout le reste va de soi.Les architectes doivent participer à ce débat, y prendre leur part et y contribuer par l’apport de leurs connaissances. Dans la responsabilité et dans la dignité qui incombent à leur professeur”.

• Jaouad El Fassi
Architecte

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