Quel avenir pour l’artisanat à Fès ?

À Fès, la position de l’artisanat en tant que chef de file du secteur économique dans la région n’est plus à démontrer.
Elle procure de l’emploi et des revenus à plus de 50.000 artisans et totalise plus de 14.000 ateliers alors que le secteur industriel ne compte seulement que 454 entreprises et 22.800 ouvriers. Mais en dépit, de sa position socio-économique, le secteur se débat aujourd’hui dans des difficultés à caractère structurel et subit de surcroît, les contraintes de l’évolution du contexte économique international dont le point le plus culminant est son organisation. Conscients de cette problématique, toutes les potentialités concernées aussi bien les autorités locales, élus que les nobles artisans déploient les efforts pour la promotion du secteur. Ainsi, des commissions ont été récemment créées en vue de la mise en oeuvre et de l’activation d’actions pragmatiques de nature à donner une nouvelle impulsion au secteur et à sa réhabilitation afin de lui restituer sa notoriété d’antan.
Tous les corps de métiers ont émergés de Fès et restent omniprésents: allant de l’art du zellige, à celui du plâtre, du bois ébénisterie, au cuir, à la vannerie, à la ferronnerie traditionnelle en sus de la fameuse poterie de Fès (reconnue par sa décoration en bleu et réputée à l’échelon international). Ces métiers se sont développés dans le cadre d’une organisation coutumière et spontanée.
A l’époque, chaque coopération de métiers était régie selon une hiérarchie logique comportant l’apprenti, l’ouvrier qualifié de «Snaï’i », le maâllem, « le patron» et l’amine. L’harmonie et la discipline y régnaient. L’apprenti travaillait dans une ambiance familiale et chaleureuse. La liberté du travail était restreinte par des règles traditionnelles éliminant d’emblée les intrus. Le secret de l’organisation artisanale résidait, affirme un artisan chevronné, cordonnier de son état, dans l’existence de quartiers spécialisés. Fès, a-t-il dit, disposait de quartiers thématiques « Nejjarine » abritant la menuiserie, « Serrajine » consacrée aux selliers, « Haddadine » pour les forgerons, « Seffarine » pour les chaudronniers, «Fekharine » pour les potiers, «Grabeler » pour les fabricants des tamis, « Chrablyène » pour les fabricants de babouches, et «Debbagha », les tanneries des zones de Chouhada, Sidi Moussa et Aïn Azliten.
La toponymie atteste encore de cette règle, nombreuses sont encore les rues et places qui portent encore le nom d’un corps de métier. Pour l’écoulement des produits artisanaux, Fès comptait plusieurs souks spécifiques dont souk Sebbat, Al Haïk, Al Talis, Aïn Allou et Jeld. l’extension de l’espace urbain, l’apparition de nouveaux quartiers d’habitats, le changement des modes de vie, et notamment l’impact de l’exode rural ont eu sur la médina des répercussions négatives quant à l’organisation harmonieuse du secteur de l’artisanat. Le visiteur ne manque pas de constater, actuellement, à proximité d’une échoppe de babouches, une boutique de souliers et en face d’un tisserand un commerce de tissus fabriqués de fibres industrielles.

• Raja Tazi (MAP)

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