Racisme: 6 millions de MRE dans le collimateur

Racisme: 6 millions de MRE dans le collimateur

L’exécution sommaire d’un Marocain en Espagne est un nouveau cri d’alarme

La scène se déroule dans un pays pourtant développé avec une société soi-disant civilisée. Un banal accident de la route tourne au drame. L’un des protagonistes sort un pistolet puis abat l’autre froidement de quatre balles ! Oui 4 balles.

La victime est marocaine alors que le bourreau n’est autre qu’un policier espagnol. Loin d’un banal fait divers, l’exécution sommaire d’un immigré marocain en Espagne de la sorte reflète un véritable acharnement maladif, une violence inouïe et, plus loin, la banalisation du racisme et des amalgames dans les pays occidentaux. En attendant une prise de conscience collective, le Parlement s’intéresse timidement encore à ce dossier.

Après quelques jours d’émoi et de sidération, des parlementaires se sont enfin intéressés à l’affaire du ressortissant marocain abattu de sang froid dans la péninsule ibérique. Une question a été adressée au ministre de tutelle sur les mesures adoptées par le gouvernement. «En raison de la recrudescence des actes de racisme et d’islamophobie contre les Marocains du monde, nous réitérons notre appel à la mise en place d’un mécanisme de veille et de suivi de ces actes ayant pour cible la communauté marocaine en coordination avec les ambassades du Royaume et le réseau consulaire», notent les parlementaires. La situation est d’autant plus grave que les choses prennent une tournure sans précédent. Les chiffres sont, en effet, édifiants.
En France où un rapport a été publié lundi par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), les actes visant les musulmans ont explosé l’année dernière.

Dans le détail, les faits antimusulmans ont plus que triplé (223%): de 133 en 2014, ils sont passés à 429 en 2015. «La courbe de tendance de la délinquance apparente à caractère raciste ne cesse ainsi son inquiétante ascension», s’alarme la commission dans son rapport 2015. La France ou l’Espagne bien qu’elles soient des destinations importantes pour les migrants marocains, sont loin d’être des cas isolés. Pour Nouzha El Ouafi, députée parlementaire qui a elle-même vécu une partie de sa vie en Italie, il est grand temps d’évaluer les politiques en faveur des MRE.

«En dépit des acquis des Marocains résidant à l’étranger, notamment au niveau de la Constitution et l’intérêt accordé par le gouvernement pour la mise en oeuvre des dispositions constitutionnelles, l’héritage très lourd des politiques gouvernementales passées et incohérentes doit nous pousser aujourd’hui à prendre des mesures urgentes prenant en compte les nouveaux défis», explique la députée également membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Sur ce plan également, les chiffres sont édifiants.

La communauté marocaine à l’étranger est estimée aujourd’hui à plus de 6 millions de Marocains. Six millions qui se trouvent aujourd’hui dans le collimateur dans des sociétés occidentales de plus en plus séduites par les thèses de l’extrême droite.

«Il faut une vision stratégique à long terme»
Deux questions à Nouzha El Ouafi, députée parlementaire et membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

ALM : Peut-on dire que la situation est doublement inquiétante puisque les Nezha-El-OuafiMRE, notamment les jeunes, doivent faire face à la montée du racisme ainsi que la radicalisation ?

Nouzha El Ouafi : Il faut insister sur la nécessité d’évaluer les stratégies et l’état d’avancement des programmes et des mesures de sorte à identifier les principales problématiques rencontrées par la communauté marocaine à l’étranger. Il faut aussi prendre conscience des changements démographiques et socio-culturels profonds pour les MRE. Il ne faut pas oublier que le nombre des ressortissants marocains établis à l’étranger est de plus de 4 millions, selon les statistiques des ambassades. Un chiffre qui peut grimper facilement à 6 millions si l’on comptabilise les migrants dans une situation irrégulière.

Concrètement, comment doit-on agir ?

Il faut élaborer une vision stratégique à long terme à l’instar de ce qui se passe dans d’autres secteurs. Il faut également aller vers le développement du travail institutionnel intégré ainsi que le renforcement des prérogatives du département ministériel de tutelle.

Il est question, en outre, de bâtir un partenariat stratégique avec les représentants des MRE ainsi que l’intensification de la coopération avec les pays d’accueil. S’agissant de la radicalisation qui cible les jeunes issus de l’immigration, il faut créer une commission interministérielle chargée d’élaborer un projet de lutte contre la radicalisation pour prémunir la jeunesse contre les idées extrémistes.

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