Rancune et vengeance

Khouribga. Un matin du mois de décembre 2001. Le chef du troisième arrondissement de police vient de d’allumer sa première cigarette et de siroter son café matinal. Le planton ouvre la porte de son bureau : «Une femme, accompagnée de sa fille, vous demande…», l’informe-t-il. La femme entre. Le chef l’invite à s’asseoir. «Ma fille, Samira, a été violée et a été (…) Monsieur le commissaire…». Samira, 14 ans, regarde furtivement le chef. Elle garde le mutisme, cédant la parole à sa mère. Le chef donne ses instructions à un inspecteur : «Recueille ses déclarations et commence l’enquête».
L’inspecteur demande à la fille et sa mère de le suivre dans son bureau. «Allez, parle». Avec innocence, Samira fond en larmes. «Je travaille dans un café dans l’ancienne médina», commence-t-elle ses déclarations. Elle a fini vers 20h30. Elle devait se rendre chez elle au quartier Ahtabe. Sa mère ne l’a pas rejointe ce soir. Elle l’a, vainement, attendue. Elle était obligée d’emprunter le chemin, seule, à destination de sa demeure. Un peu plus tard, elle se rend compte que quelqu’un la suit.
Son coeur bat la chamade. Elle ne sait pas quoi faire, d’autant plus que la rue est déserte et plongée dans l’obscurité. Comme si les circonstances étaient contre elle. Un jeune la rejoint, la saisit par sa djellaba. «Viens avec moi ou bien je… Il la menace avec un couteau». Elle le supplie, lui demande de la relâcher. «Ma mère m’attend…Laisse-moi tranquille je peux te donner un rendez-vous» lui demande-t-elle. Mais lui, il la désire à ce moment là. Samira ne peut manifester aucune résistance. Le couteau de son agresseur est pressé contre ses côtes. Elle doit obtempérer. Elle marche à côté de lui. Ils arrivent devant une maison, y entrent. Samira tremble, ne dit rien. Elle se contente de pleurer. Il l’emmène dans l’une des deux chambres, lui demande de se dévêtir. Elle ne peut rien faire. Elle se dénude. Elle ne reste qu’avec ses dessous. Elle ne sait pas pourquoi il ne lui a pas ordonné de les enlever. Il commence à l’embrasser, puis la viole au point qu’elle s’évanouit. Il la laisse un moment. Samira reprend sa conscience. Il la viole une deuxième fois avant de la libérer. Samira retourne chez elle dans un état lamentable. Sa mère tente de la consoler, de l’apaiser. Le lendemain, elle l’accompagne au commissariat.
Samira n’a pu retenir ses larmes quand elle raconte son histoire à l’inspecteur de police. «Je ne l’avais jamais vu», précise-t-elle. Et pourtant elle arrive à faire une belle description de son violeur au point que l’inspecteur arrive à se faire une idée de son visage.
Moins d’une journée plus tard, les investigations policières permettent d’alpaguer Mohamed, vingt ans. Il vient de convoler en justes noces. «Mais je n’ai rien fait moi chef…Je suis innocent…Je suis innocent…». Sa femme, Fatima, ne sait quoi faire. «Est-il vraiment infidèle ?» est la question qui lui hante l’esprit. Mais Mohamed continue à nier les charges. «Je connais Samira, oui je la connais…Elle était l’amie de ma femme…», déclare-t-il à la police.
Mohamed fréquentait un café au centre de l’ancienne médina. Fatima y travaille. Samira travaille dans café mitoyen. Elles deviennent amies et ne se séparent qu’au moment du travail. Mohamed tombe amoureux de Fatima. Il lui a parlé. Il n’a pas trouvé de difficulté pour lui exprimer son amour. D’un jour à l’autre, ils commencent à se rencontrer ailleurs, à sortir ensemble. Samira avait déjà une relation amoureuse avec Ahmed, un jeune de vingt-deux ans. «On a commencé à sortir ensemble, moi avec Fatima et Ahmed avec Samira», déclare-t-il. Au fil des jours, Mohamed et Fatima se mettent d’accord pour le mariage. Samira continue à fréquenter Ahmed, à l’accompagner chez lui… «Elle est restée avec lui une fois durant neuf jours», précise-t-il à la police. Quand elle est retourné chez elle, sa mère a porté plainte contre Ahmed, l’accusant de détournement de mineure. Ahmed a été arrêté, traduit devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Meknès. Seulement, il a été acquitté après quinze jours de détention préventive. «Mais qui l’a déflorée?», interroge l’inspecteur de police. «Ahmed, c’est Ahmed, parce que moi je n’avais aucune relation avec elle», répond-il. «Mais pourquoi t’accuse-t-elle?» lui demande l’enquêteur. «C’est le propriétaire du café où travaillait ma femme qui l’incite à m’accuser» lui répond-il. Le policier lève les yeux, regarde Mohamed et lui demande : «Qu’est-ce qu’il te voulait,ce propriétaire du café ?» Mohamed ne peut plus retenir sa langue. Il doit justifier son innocence à tout prix, garder l’amour de sa femme et préserver son foyer.
«Le propriétaire de ce café voulait épouser Fatima, affirme-t-il,…Bien qu’elle soit trop jeune pour lui et qu’il soit déjà marié…Il voulait se remarier parce que sa femme est stérile. C’est ma femme Fatima qui me l’a dit…Quand j’ai épousé Fatima, il a gardé une rancune contre moi et il a pensé à se venger…Oui, je savais qu’il l’a voulait pour lui…Mais je l’ai épousée parce qu’on s’aime mutuellement…». Depuis, le propriétaire du café attend l’occasion opportune pour me jeter dans l’enfer. Il s’est adressé à Samira, lui demandant, contre de l’argent, de l’aider en accusant Mohamed de l’avoir violée. Samira a accepté et est passée à l’acte.
Son amant, Ahmed, a confirmé sa relation avec elle. «Je l’ai déflorée de son plein gré», affirme-t-il. Et le médecin a attesté que son dépucelage remonte à quelques mois et non pas à quelques jours. Devant ces réalités, Samira a fini par dire la vérité : «C’est le propriétaire du café qui m’a incitée à mouiller Mohamed dans une affaire de viol». Mohamed a été acquitté et la police diffuse une note de recherche sur le propriétaire du café qui a pris la poudre d’escampette.

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