Ras-le-bol des associations !

Ras-le-bol  des  associations !

Plusieurs sont les raisons pour lesquelles les associations engagées dans l’amélioration du quotidien des personnes souffrant de handicap mental descendront dans la rue dimanche 21 décembre.

Regroupées depuis décembre 2012 dans un collectif sous le nom de l’Union nationale des associations œuvrant dans le handicap mental (UNAHM), ces associations déplorent le manque d’engagement du ministère de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social ainsi que celui des autorités gouvernementales. Leurs revendications sont appuyées par une étude auprès de pas moins de 13 associations. Et les résultats, il faut le dire, ne sont pas des plus rassurants. ALM vous en fait le tour d’horizon.

«Le handicap appauvrit», c’est en ces termes que Fouzia Azzouzi, vice-présidente de l’UNAHM, a conclu sa liste de revendications. A contempler les chiffres présentés par ce collectif, la contredire serait difficile. Aujourd’hui au Maroc ne vivent pas moins de 347.000 personnes en situation de handicap mental. Entre scolarisation, soins médicaux et soutien social, pour chaque famille la prise en charge d’un malade coûterait entre 3.000 et 4.000 DH. Evidemment, les droits de ces personnes sont constitutionnellement garantis et bien que la question ne figure pas parmi les priorités urgentes du ministère de tutelle, ce dernier a été tenu de conclure un nombre de partenariats avec la société civile et prévoit même une prise en charge pour les personnes les plus démunies. Comment cela se présente-t-il sur le tas ?

D’après une étude réalisée en 2014 auprès de 13 associations s’occupant exclusivement des personnes en situation de handicap mental et ayant toutes des structures d’accueil et de prise en charge, le montant de subventions du ministère pour leur bon fonctionnement est de 5.784.000 DH. Autrement dit, une participation moyenne de 800 DH par mois sur dix mois pour 723 bénéficiaires. Pour la présidente de l’UNAHM, «ces subventions annuelles sont devenues occasionnelles. Certaines associations ont des retards de subventions dépassant une année.

Procéder à une levée de fonds reste très difficile vu leurs moyens, ce qui les pousse naturellement à mettre la clef sous la porte». En effet, cinq associations ont été contraintes de fermer l’année dernière et d’autres subiront le même sort cette année si l’on ne se penche pas sur leur situation. «Encore une année et le tableau sera catastrophique», s’alarme Redouane Ali, membre de ce collectif et président de l’Association des parents et amis d’enfants inadaptés (APEI).  Pour lui, «ces enfants sont marocains, ce sont leurs droits les plus logiques que d’avoir des conditions de vie dignes. Il faut résoudre ce problème. L’issue est entre les mains du gouvernement et celles du ministère de tutelle».

Si l’on se base sur ladite étude, en plus de la non homogénéité des subventions, c’est l’accès des personnes en situation de handicap mental à la prise en charge qui pose problème. Ce droit est tributaire de plusieurs facteurs. «Dans certains cas, il suffirait que le transport ne soit pas fourni par l’association et que les parents aient un travail prenant pour que l’Etat décide d’abandonner la prise en charge», lit-on sur l’étude de l’UNAHM.

Il est également à noter que le ministère exige des parents un certificat d’indigence afin qu’ils puissent être éligibles à cette prise en charge. C’est dans ce sens que Sabah Zemmama Tiel, présidente de l’UNAHM, s’interroge sur la logique de ce critère.

«Au Maroc, le salaire minimum est de 2.350 DH. Il suffit de toucher cette petite somme pour bénéficier de la CNSS et donc, ne pas figurer dans la catégorie des plus démunis. Or, comment peut-on estimer qu’un parent qui touche ce salaire puisse prendre en charge un enfant dont les besoins s’élèvent à 3.000 DH ?»

Couverture médicale: Les organismes n’assument pas tous leurs responsabilités

Parmi les 13 associations sondées pour l’étude de l’UNAHM, seules 7 bénéficient de remboursements de la CNOPS pour les soins médicaux et paramédicaux qu’elles assurent. Quant au nombre d’associations bénéficiant de remboursements d’autres mutuelles (Mutuelle des Forces armées royales, CMIM, …), il se compte exactement sur les doigts d’une seule main. «Les assurances ne reconnaissent pas toutes nos établissements et pour ceux qui perçoivent des subventions, ces dernières ne couvrent qu’une partie des frais de prise en charge», note Sabah Zemmama Tiel, présidente de l’UNAHM. 

En effet, à ce jour, l’ANAM ne reconnaît pas les établissements spécialisés et «n’assume pas sa responsabilité vis-à-vis de ces établissements spécialisés. Le remboursement dépend du bon vouloir et de la sensibilité de quelques mutuelles et organismes», s’indigne Sabah Zemmama. A cela s’ajoute le fait que la CNOPS arrête les remboursements des prestations des établissements des ayants droit à 21 ans. C’est à se demander si l’on devient autonome ou l’on guérit d’un handicap mental au-delà de cet âge.

UNAHM: On fait grève, et après ?

Dimanche 21 décembre, l’Union nationale des associations œuvrant dans le handicap mental (UNAHM) et bon nombre de ses sympathisants se donnent rendez-vous devant le Parlement, à Rabat et ce, en dépit de la réunion tenue il y a un peu plus d’une semaine avec Bassima Hakkaoui. En sa qualité de ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, Hakkaoui a reçu les représentants de l’UNAHM et a écouté leurs revendications.

Ceci n’a visiblement pas donné fruit puisque l’Union en question maintient son sit-in. Voulant s’expliquer sur ce maintien, la présidente de l’UNAHM a déclaré lors de la conférence de presse : «Pour une fois, Mme Hakkaoui a avoué qu’il existe des problèmes au niveau des partenariats que son département conclut avec les associations. Quant à nos recommandations qu’on n’a cessé de communiquer au ministère, elle a promis qu’elle allait voir ce qu’elle peut faire pour peut-être régler la situation.

Ce n’est pas de cela qu’on a besoin aujourd’hui. Il faut agir dans l’urgence car il s’agit là de l’avenir de nos enfants». Dans le cas où ces voix restent sans écho, les associations entendent entamer des grèves d’une heure, d’une journée, puis d’un mois avant une éventuelle fermeture des centres.

 

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