Réconciliation en public

Réconciliation en public

Les témoignages des victimes des années de plomb seront désormais publics. L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse, mercredi à Rabat, par Driss Benzekri, président de l’Instance Equité et Réconciliation (IER). «Les violations des droits humains commises à cette période (de 1956 à 1999) seront relatées par les victimes lors d’auditions publiques qui seront retransmises à partir du mois de décembre sur les ondes des télévisions et des radios publiques dans le Royaume», a déclaré Driss Benzekri. Il s’agit d’une première dans le monde arabe qui concerne 200 témoins et victimes. Chaque participant présentera son récit, dans la langue de son choix, pendant 20 mn. Durant son récit, le témoin ne peut être interrompu ni par une question, ni par un commentaire. Il ne peut toutefois tout dire. Il ne pourra pas révéler l’identité des auteurs des violations des droits de l’Homme. L’IER a préféré d’emblée éviter toute controverse, estimant qu’elle n’est «pas un tribunal».
Les participants à ce programme auront au préalable consenti à témoigner en public. En plus des membres de l’IER, assisteront à ces auditions des responsables des organisations de défense des droits de l’Homme, des associations culturelles et de développement, des représentants des médias, des hôtes étrangers et locaux ainsi que des représentants de l’autorité.
Nourredine Saoudi, un ancien détenu de 1974 à 1984 indemnisé par le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), loue «les vertus pédagogiques» de ce programme, vu que les auditions publiques visent à enraciner la culture de la réconciliation et de la citoyenneté et à promouvoir la culture des droits de l’Homme. M. Saoudi apprécie particulièrement la présence des autorités aux auditions. «Les agents d’autorité ont été les acteurs des violations des droits de l’Homme et c’est bien qu’ils écoutent le son de la déchirure des victimes de certains abus».
Le coup d’envoi des auditions sera donné à Rabat et concernera les villes de Casablanca, Khénifra, Al-Hoceïma, Tan Tan, Smara, Errachidia, Figuig, Fès et Tétouan. «Je m’étonne qu’une ville comme Marrakech, qui fut le théâtre de graves répressions, ne soit pas concernée par le programme», indique M. Saoudi.
L’IER ne mentionne pas les critères qui ont présidé aux choix des villes. Une autre réserve de M. Saoudi concerne l’usage qui sera fait de ces témoignages. «Il faut le préciser». Il est vrai que des questions demeurent sans réponse sur l’exploitation des témoignages. A qui vont les droits d’auteur ? A l’IER? Aux victimes ? La mission de l’IER est limitée dans le temps. Cette instance sera dissoute après l’indemnisation des victimes. La précision de la partie qui aura les droits d’exploitation n’en est que plus urgente.

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