Réconciliation symbolique

Réconciliation symbolique

La dépouille d’Abdelkrim El Khattabi, actuellement enterré en Egypte, serait-elle effectivement rapatriée au Maroc ? C’est la question que se posent bon nombre d’observateurs, surtout après la publication de l’information dans plusieurs organes de presse nationaux et étrangers. Contacté par ALM, le fils de l’Emir, Saïd El Khattabi, résidant au Caire, a souligné que « la question a été effectivement soulevée, mais nous sommes encore loin du rapatriement effectif de la dépouille ».
En fait, c’est l’Instance Equité et Réconciliation (IER) en collaboration avec le Haut commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération, qui a remis cette question sur le devant de la scène.
Il ne fait pas de doute que malgré tout ce qui a été publié sur l’Emir Abdelkrim, son action politique, militaire, sociale et économique est fortement méconnue des citoyens marocains. Seules quelques poignées d’intellectuels marocains et étrangers sont aujourd’hui capables de parler de l’apport d’Abdelkrim pour la libération du Maroc.
Cette marginalisation systématique des « Années Abdelkrim », aussi bien dans les manuels d’Histoire comme dans l’action politique officielle, s’est accompagnée, comme chacun sait, d’une isolation économique des provinces et communes du Rif. C’est dans cette double injustice opérée depuis les premiers mois de l’indépendance que le Marocain du Rif s’est construit économiquement, politiquement et surtout intellectuellement. Inutile de dire que n’importe quelle réussite dans ce type de condition relève de l’exploit.
Mais depuis l’avènement de SM Mohammed VI, un virage de 180° a été opéré dans la politique rifaine de l’Etat marocain, au grand dam des manipulateurs nationaux et étrangers. Les signes qui témoignent de l’affection royale pour le Rif sont innombrables.
Reste maintenant la question d’Abdelkrim. Le rapatriement de la dépouille, en soi, est-il suffisant ? « Si les Marocains souhaitent que la dépouille de l’Emir soit rapatriée au pays, je peux vous assurer que la famille d’Abdelkrim n’a aucune objection à cela, surtout si cette opération va aider à la réconciliation nationale », affirme Saïd El Khattabi. Toutefois, Saïd précise que « le rapatriement de la dépouille doit être à la hauteur du prestige d’Abdelkrim ». Tout est dit. En fait, la question est sensible. Un peu trop même. L’Etat marocain et la famille de l’Emir sont conscients que bon nombre de milieux, marocains et étrangers, veulent exploiter cette question pour semer la zizanie dans le Rif, surtout à Al Hoceïma, une ville extrêmement vulnérable. C’est la raison pour laquelle la famille d’Abdelkrim, l’IER et le Haut commissariat (ces deux derniers étant directement rattachés au Palais royal) veulent se donner tout le temps nécessaire avant de prendre n’importe quelle mesure. « Mustapha El Ktiri, le haut commissaire aux anciens résistants, a déjà eu des entretiens avec moi », souligne Saïd El Khattabi. Et d’ajouter : « J’attends Driss Benzekri au Caire pour que l’on puisse discuter de la question ».

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