Réconcilier l’enfant de la rue avec son espace

Il était 11 heures environ lorsque s’ouvrit la porte sur une dizaine de pupilles qui, caressant de leurs petits yeux le tableau noir planté dans le coin de la bibliothèque de l’association «Darna», suivaient un cours de lecture sur l’affection de la mère. Et parce que les responsables de «Darna», centre culturel d’initiatives citoyennes de Tanger, ne savent que trop, que nul de ces petits n’a, de gaieté de coeur, préféré le froid des ruelles à l’affection des parents, ils se sont portés volontaires, depuis la création de l’association, en 1995, à oeuvrer à la ré-appropriation par les enfants exclus des espaces de vie, d’expression et d’apprentissage de leurs droits et de leurs devoirs.
Née de l’initiative d’un groupe de jeunes, Darna a orienté son action vers le phénomène des enfants de la rue, depuis 1996, en mettant en place un centre d’accueil et d’écoute de jour au profit des enfants en voie d’exclusion et leur insertion dans des ateliers de formation professionnelle comprenant la menuiserie, la confection, la boulangerie, la céramique, l’informatique, la plomberie et la photographie.
De l’ensemble de ces ateliers, il y a lieu de signaler que celui de la photographie a permis, en avril dernier, l’organisation d’une première exposition encadrée par des photographes français sous le thème «photographier un morceau de pain». Et ce n’est pas tout. Interpellée par les dangers qui guettent les enfants issus d’origine rurale, Darna a mis en place une ferme pédagogique sur un terrain de cinq hectares destinée à faciliter leur réinsertion et à leur faire découvrir le travail des agriculteurs et les différentes facettes de ce métier. Parallèlement à ces actions, l’ensemble des enfants âgés de 13 à 17 ans, vivant au sein de Darna, sont conviés quotidiennement à des cours d’alphabétisation, outre leur participation à des ateliers d’animation et d’expression artistique et littéraire. Dans ce cadre, l’association a mis en place le petit théâtre de Darna destiné à inculquer aux enfants le goût de la scène,leur apprendre la maîtrise d’eux-mêmes, ainsi que le respect des autres pendant le travail commun et le sens du travail en groupe.
Nonobstant les efforts consentis par Darna, association reconnue d’utilité publique en octobre 2000, en vue de proposer d’autres issues alternatives à l’errance et aux barques de la mort auxquelles rêvent bon nombre des enfants de la rue, beaucoup de chemin reste encore à parcourir. A ce propos, le coordonnateur général de l’association, Abdelâdim Ghouaouta, considére que tout enfant se rendant de son plein gré au siège de l’association devient automatiquement partie prenante de projet sociétal de Darna, il souligne que cette nouvelle recrue a besoin de suivi, de contrôle et de ressources stables.
Sur la même lancée, Abdelkader Mnicer, conseiller pédagogique de l’association, exhorte le gouvernement à assumer sa part de responsabilité dans le cadre de ce projet ne serait-ce, dit-il, que par l’allègement de certaines charges qui grèvent le budget de Darna, à savoir les factures d’eau, d’électricité et du téléphone.
De toutes les réalisations accomplies par Darna, les responsables de l’association ne sont pas peu fiers de la création, en juillet 2001, d’un refuge au profit de 50 enfants, âgés de 7 à 17 ans, qui n’ont plus aucun lien avec leurs familles ou se trouvant dans une situation précaire.

• Fatiha Aboulhorma (MAP)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *