Recrédibiliser l’action politique

Aujourd’hui le Maroc : Tout d’abord, comment évaluez-vous la situation politique actuelle du Maroc ?
Chaquir Achahbar : Il y a une ambition de faire du Maroc une démocratie. Pour cela, il faut donc un « personnel politique » qui respecte les règles de la démocratie. Jusqu’à présent, les hommes politiques n’ont pas su développer les règles du jeu.
Ce qui fait que cette ambition se trouve compromise.
Résultat : les citoyens ont cette idée que les politiciens cherchent uniquement leurs intérêts et profits personnels. Le rôle des partis est à redéfinir. Ils ne doivent plus encadrer et chercher à orienter idéologiquement le citoyen, mais plutôt être à son écoute. Le peuple marocain est en avance par rapport aux partis. En vérité, certains partis sont devenus des fonds de commerce, des fiefs d’une personne ou d’un groupe avec un chef. D’autres sont devenus trop bureaucratiques et centralisateurs.
C’est donc pour cela que vous avez quitté le Mouvement national populaire ?
Exactement. On met en place une soi-disant structure qui ne fonctionne pas. On ne sait pas qui est membre et qui ne l’est pas. Derrière cela, il y a des gens qui gèrent tout de manière traditionnelle. Bref, il s’agissait d’une action partisane démotivante qui ne permettait pas de créer le lien de confiance entre les gens et le parti.
C’est donc à partir de là que vous est venue l’idée de créer le Parti Attajdid wal Insaf ?
Depuis 1999, date de l’avènement de SM Mohammed VI, il y a eu une ouverture vers plus de liberté, vers plus de démocratie. Nous sommes également en train de vivre une transition de générations. Celles-ci sont porteuses d’une nouvelle mentalité. Un parti politique est une institution vivante. Si elle ne sait pas s’adapter, elle ne peut être vouée qu’à la disparition. Donc, après le congrès fondateur des 11-12 mai 2002, le Parti Attajdid wal Insaf était né. Nous étions plus de 3.000 congressistes membres-fondateurs de ce parti. Actuellement, nous sommes un peu plus de 7.000. Nous comptons couvrir 40 à 50% des circonscriptions au niveau national, principalement à cause du manque de moyens… Les cotisations annuelles de nos militants varient entre 20 et 240 dirhams.
Vous avez obtenu une aide du ministère de l’Intérieur…
Nous avons reçu la somme de 500.000 dirhams, qui constitue une avance sur le financement de la campagne électorale. Mais c’est très insuffisant et ne nous permet de couvrir qu’une petite fraction de notre budget électoral.
Et quel est le profil de vos militants ?
La plupart sont issus du monde associatif. Car, seuls 10% étaient membres d’autres formations politiques. En ce qui concerne les autres, certains avaient fait de la politique et, déçus, s’en étaient écartés. La population de notre parti est relativement jeune. 79% ont entre 30 et 50 ans et 31,5% sont des femmes. 70% de nos membres ont un niveau «baccalauréat et plus».
Vous êtes nés juste avant les élections…
Nous n’avons pas fondé le parti uniquement pour participer aux élections. Il s’agissait, comme je vous l’ai dit, d’une volonté de faire de la politique autrement, sur des bases de démocratie et de transparence.
Maintenant, les élections sont là et elles constituent pour nous un espace pour agir, pour convaincre les gens. Il s’agit d’une vague sur laquelle nous allons surfer. Cela dit, un parti est fait pour aller vers les élections et assumer son rôle. Pour nous, c’est très sain, car nous devons nous impliquer.
Concrètement, quel sera l’apport de votre parti au champ politique national ?
Nous voulons créer un débat et nous exprimer parmi tous les autres partis politiques nationaux et notamment parmi les anciens, qui, s’ils existent encore, c’est qu’ils ont encore une certaine légitimité. Il faut créer un débat et interpeller le citoyen, qu’il soit de la ville ou de la campagne. Et démystifier totalement les partis traditionnels, dont certains monnayent l’accréditation nécessaire aux élections. Dans notre parti, l’investiture coûte zéro dirham.
Nous apporterons une valeur ajoutée, parce que nous sommes des démocrates. Nous avons déjà une certaine audience, parce que l’on voit en nous un parti qui parle vrai et que notre pays a besoin de politicien crédibles. Il faut recrédibiliser l’action politique si on veut consolider la démocratie. En ce qui nous concerne, tous nos candidats ont signé une charte d’honneur dans laquelle ils s’engagent à mener une campagne propre, mais aussi en cas de succès aux élections à ouvrir un bureau permanent dans leur circonscription et à verser 25% de leur salaire de député dans les caisses du parti.
En outre, nous nous sommes interdit de présenter un candidat dans une circonscription de laquelle il ne serait pas issu.
Et au plan économique, quelle sera votre action ?
Là aussi, il s’agit de procéder à une mise à niveau. Le parti doit travailler avec les entreprises et les syndicats pour défendre des projets. L’idée que nous avons est celle d’un partenariat pour faire du Maroc une entreprise compétitive. Car il ne faut pas oublier que nous devons nous positionner par rapport à l’étranger.
Pour être compétitifs, nous devons redéfinir le rôle de chacun et aller vers ce que l’on pourrait appeler l’Etat régulateur et non pas l’Etat gestionnaire. A cet égard, il faut être beaucoup plus à l’écoute de la petite et moyenne entreprises, qui sont les véritables créateurs d’emplois et de richesses. A côté de cela, nous pensons qu’il faut arrêter de cultiver les monopoles. Ceux-ci génèrent des surcoûts inadmissibles. L’investisseur a également un rôle à jouer. Au sein d’une économie compétitive et non dans une économie de rente. Si celle-ci existe, elle doit satisfaire des besoins d’ordre social et ne pas enrichir des privilégiés. Donc, le développement ne pourra se faire que si les gens travaillent de concert. Il nous faut une économie créatrice de richesses, lesquelles devront être mieux réparties et contribueront ainsi au développement du pays.
Concrètement, quelles sont vos ambitions ?
Nous voulons contribuer à redresser la barre de 45 années de mauvaise gestion de la chose publique. Le contribuable se refuse à payer plus d’impôts.
D’ailleurs, il ne le peut plus. Il s’agit de prendre des décisions politiques courageuses pour redonner la confiance au citoyen et aux investisseurs. Car il y a eu trop de gaspillage jusqu’à présent. Je veux parler des différents scandales qui ont concernés certains établissements publics. Et il faudrait en tirer les conclusions qui s’imposent. Par une bonne gouvernance, on pourra dégager des fonds qui pourront servir à financer l’investissement public, qui est en train de stagner à des niveaux insignifiants.
En agissant de la sorte, on va très vite gagner la confiance de l’investisseur et faire du Maroc une destination attrayante pour les capitaux étrangers. Et pour cela, il nous faut une politique claire et lisible, que l’actuel gouvernement n’a jamais eue. Et il faudrait un signal fort à l’adresse des investisseurs extrêmement déçus par l’immobilisme et les hésitations de ce gouvernement qui n’a tout simplement pas su gouverner. Pour cela, nous appelons les électeurs à voter le 27 septembre et à sanctionner les partis responsables de la situation que nous connaissons.

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