Religion : Le mufti et la fatwa en Islam (1)

Le mufti est un connaisseur de la religion musulmane qui est consulté par les particuliers comme par les organes officiels pour connaître la position exacte à adopter, sur le plan cultuel, juridique ou politique, afin d’être en conformité avec la religion musulmane. Son avis porte le nom de fatwa. Le Coran utilise onze fois le verbe fata sous ses différentes formes pour indiquer le fait de demander et donner à quelqu’un une réponse au sujet d’une affaire. En effet, après la mort du prophète, qui mit fin à la révélation, il fallait trouver quelqu’un qui puisse répondre aux questions que la révélation laissait ouvertes ou sur lesquelles elle ne donnait pas de réponse claire. Le Prophète et, après lui, les Califes et les savants religieux musulmans ont rempli ce rôle. Le mufti qui répond aux questions devient, aux yeux des légistes musulmans, un substitut de Dieu, un connaisseur de sa volonté, un pourvoyeur de ses instructions, un héritier des prophètes. Demander la fatwa d’un mufti est une obligation morale, avec des implications parfois juridiques à l’égard d’autrui, pour le croyant qui veut vivre en conformité avec sa religion. Les ouvrages classiques affirment même que si le requérant ne trouve pas un mufti compétent, il doit entreprendre un voyage à sa recherche, même hors de son pays Et si, malgré cela, il ne trouve personne pour le renseigner, le requérant serait alors dans la position historique précédant la révélation: il ne peut être tenu comme responsable de ses actes quoi qu’il fasse. Comme corollaire à cette obligation du requérant, il est indispensable que la société ait un mufti. L’absence d’un tel personnage rend la société toute entière pécheresse. On n’a pas le droit d’habiter un pays qui ne dispose pas d’un mufti. L’importance de cette institution est exprimée par le Coran qui dispense du devoir de participer à la guerre certaines personnes chargées d’instruire les autres en matière de religion. D’autre part, le mufti est tenu, moralement, de répondre à une question qui lui est posée s’il n’existe pas d’autres muftis dans sa région. S’il existe de tels muftis, sa réponse devient facultative. La fatwa est en principe gratuite. Exiger de l’argent contre la fatwa donnée tombe sous le coup de la simonie. Il est cependant toléré que le mufti accepte un salaire que les habitants de sa circonscription s’accorderaient à lui attribuer, de même que, nommé par l’Etat, il peut toucher le traitement affecté à sa charge. Certains recourent à une ruse : la fatwa « orale » est gratuite; mais si le requérant la veut par écrit, il peut louer les services du mufti.
Domaine du Mufti
Le mufti avait un rôle très important au début de l’Islam avec son expansion territoriale et les nouveaux convertis désireux de connaître les normes de cette religion en l’absence de législateur au sens moderne du terme. Mais aujourd’hui aussi le mufti continue à occuper un rôle de premier ordre, tant dans la vie quotidienne des gens, que dans les sphères supérieures du pouvoir. Sur le plan économique, les institutions bancaires dites « islamiques » recourent à des fatwas, pour fonder leurs opérations financières.
Ces fatwas sont publiées et mises à la disposition du public, faisant ainsi partie du marketing de ces institutions.
Le mufti et la formation du droit
Dans l’Islam où, en principe, il n’existe pas un pouvoir législatif, le rôle des savants religieux dans l’élaboration du système juridique musulman a été de tout premier plan. Grâce aux réponses de muftis, réponses souvent non motivées et où, par conséquent, la liberté du consultant était très large, la doctrine s’est, au cours des siècles, adaptée à la pratique, l’évolution juridique s’accomplissant ainsi silencieusement. Pour les questions controversées, une solution conforme aux nécessités pratiques était trouvée et adaptée grâce à une fatwa. Les fatwas émises à travers les siècles ont été consignées dans des recueils dont un grand nombre est conservé et publié de nos jours. Ces recueils servent de source de droit encore aujourd’hui.

• Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh
Article paru sur le site http://www.lpj.org/

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *