Religion : Le soufisme (1)

Ainsi, dans la prière, le musulman vit dans l’humilité sa condition de créature et rend hommage à la seigneurie du Dieu unique. Le jeûne du Ramadan peut se prolonger dans une observance ascétique encore plus marquée: les jeûnes surérogatoires (facultatifs): jeûne de Achoura, dans le jeûne bi-hebdomadaire (le lundi et le jeudi da chaque semaine). Il est interdit de jeûner de manière permanente. La tradition islamique recommande au croyant de se retirer périodiquement dans les mosquée, c’est la retraite pieuse (i’tikâf). Le prophète Mohammed, eut une vie riche en pratiques ascétiques et en expériences mystiques. Lui-même pratiqua la vigile nocturne (Coran 73). Avant sa vocation, il se retirait périodiquement dans une grotte du mont Hîrâ’ pour y prier et jeûner. Il y a aussi dans le Coran de nombreux versets qui incitent à une intériorisation de l’islam. Notamment Coran 22.38, à propos des sacrifices « Ce n’est pas la sang des victimes, c’est la piété qui monte à Dieu », et 2.263: « Une parole d’affection vaut mieux qu’une aumône qui blesse ».
Il y eut déjà des tendances mystiques chez certains Compagnons du Prophète (musulmans de la première génération): Abû Dharr, Imrân ben Husayn Khuzâ’î (mort en 52/672). Parmi la deuxième génération, il faut citer notamment : Hasan al-Basrî (21/643 – 110/728) : connu pour son insistance sur le scrupule religieux (wara’) qui l’incitera à s’abstenir de toutes les oeuvres juridiquedement douteuses et sur l’examen de conscience quotidien (muhâsaba). Plus tard, Rabî’a al-Adawiyya (morte à Basra en 801 à l’âge de 81 ans), introduit dans la mystique musulmane la notion de l’amour (hubb) réciproque entre l’homme et Dieu (en se fondant sur Coran 5.54). Al-Hallâdj (858-922): pour elle l’élan qui porte l’homme vers Dieu ne conduit pas à un simple contact (ittisâl) entre l’âme de l’homme et Dieu, mais une véritable habitation (hulûl); l’Esprit de Dieu habite, sans confusion de nature, l’âme purifiée du mystique. Cf. l’oeuvre de Louis Massignon sur Hallâdj. Ghazâlî (1039 en Iran à 1111): longtemps professeur de théologie à Bagdad, il mena par la suite pendant 10 ans une vie de retraite religieuse à Jérusalem, à Médine et à la Mecque. Il a essayé d’insuffler, par une mystique modérée, un souffle nouveau dans un islam qui menaçait de s’ankyloser dans un pur formalisme juridique. Voir Henri Laoust, La politique de Ghazâlî.»
Ibn Arabî (1165 à Murcie en Espagne à 1240 à Damas) fut le chantre du monisme existentiel. Pour lui, il n’ y a qu’une seule réalité ontologique derrière toutes les manifestations de l’universel. Jalâl ad-dîn Rûmî, fondateur de l’ordre des derviches tourneurs, qui médite sur Dieu par la danse. Son oeuvre majeure est le Mathnâwî, immense somme poétique de 47.000 vers.
Durant des siècles, la vie mystique a reposé en islam sur des bases individuelles. A côté d’âmes solitaires cherchant leur propre salut dans des pratiques religieuses ascétiques ou dans d’ardentes méditations, on trouvait parfois un maître groupant autour de lui un cercle de disciples. Ce cercle pouvait même durer une génération ou deux après sa mort, sous la direction d’un disciple éminent, mais il n’ y eut pendant longtemps rien qui ressemblât à une confrérie permanente maintenant sous ce même nom une organisation du culte toujours identique. C’est seulement au 13ème s, à l’époque troublée des Seldjoukides, que commencent à apparaître les confréries permanentes.. La Qâdiriyya fondé par ‘Abd al-Qâdir al-Djilânî (m. 561/1166) semble être la première confrérie encore existante qui ait une origine bien définie.
Chaque confrérie est reliée par une chaîne mystique (silsila) du fondateur de l’ordre jusqu’au Prophète. Chaque soufi croit que la foi professée par son ordre est l’essence ésotérique de l’islam et que le rituel de son ordre possède le même degré d’efficacité que la prière canonique (salât). L’affiliation de chaque soufi à son ordre s’effectue au moyen d’un pacte consistant en une profession de foi religieuse et des voeux qui varient selon les différentes confréries qui comprennent toujours le voeu de pauvreté.
Les membres réguliers des confréries sont en très petit nombre et vivent dans des « couvents » (khânqâh, ribât, zâwiya, takiyya) ou comme moines mendiants, comme les Qalandariyya, ordre dérivé des Bektachis. Mais il y a un nombre considérable de membres « laïcs » qui vivent dans le monde et qui sont seulement tenus de dire certaines prières quotidiennes et de participer de temps en temps au dhikr de leur communauté dans les couvents.

Article paru sur ORIENT, Site universitaire d’histoire des religions
http://stehly.chez.tiscali.fr/index.html

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