Réminiscences meurtrières

Réminiscences meurtrières

Mardi 29 août 2004. Il est 23h 30mn passées. Un jeune homme, gravement blessé, se présente aux urgences de l’hôpital de Sidi Othman, à Casablanca. Que lui est-il arrivé ?, a demandé le médecin-chef qui assurait la permanence. Pouvant à peine parler, le blessé lui a répondu qu’il a été poignardé par un jeune homme de son quartier à Hay Al Falah. Quelques secondes plus tard, le jeune homme a rendu l’âme. Le médecin-chef a aussitôt alerté la police. Moins de deux minutes plus tard, des éléments de la brigade urbaine près la police judiciaire de Ben Msik-Sidi Othman sont sur les lieux. Calepin en main, l’un des limiers note les informations que lui donne le médecin-chef. Il s’agit des nom et prénom du défunt et du lieu de son agression. Sans perdre une seconde, ils ont pris la direction du quartier Al Falah. Sur les lieux, des témoins oculaires leur apprennent que la victime est un gargotier qui vend des sandwiches et qu’un élément de la Compagnie d’intervention mobile lui a asséné deux coups de couteau. Les policiers sont surpris par ces témoignages. Etait-il sous l’effet de la drogue ou en état d’ivresse avancé ? Ni l’un ni l’autre, ont répondu les témoins. Et pourquoi l’a-t-il tué ? Les limiers se sont interrogés sur les raisons de l’acte de cet élément de la CMI qui a mis fin à son parcours professionnel. Personne n’avait de réponse probante.
Entre-temps, un badaud a chuchoté quelques mots à l’oreille de l’un des limiers. Il lui a désigné une personne comme étant le frère de l’élément de la CMI et qui était venu sur place pour s’enquérir de l’état du gargotier. Le policier s’est avancé vers le jeune homme, lui a demandé ce qu’il faisait là. Le frère de l’élément de la CMI a été très clair avec les enquêteurs : «Mon frère a poignardé le gargotier et m’a demandé d’aller aux nouvelles», leur a-t-il dit. Et il les a conduits vers la maison. Là, l’élément de la CMI s’était réfugié dans une chambre sans savoir ce qui l’attendait. En voyant les personnes qui accompagnaient son frère, il s’est avancé vers eux et leur a tendu ses mains pour les menotter.
Sans lui adresser la parole, les limiers l’ont conduit aussitôt vers le fourgon pour l’emmener au commissariat de police. «Pourquoi l’as-tu tué ?», lui a demandé le chef de la brigade tout en faisant signe à l’un des limiers de commencer à dresser le procès -verbal.
«Il me provoquait», a-t-il répondu. Comment et pourquoi ?
L’élément de la CMI, vingt-six ans et le gargotier son aîné de deux ans, demeurent au même quartier, Al Falah, depuis leur naissance. Au fil des années, les deux enfants jouaient entre eux quand le gargotier s’est isolé avec le premier et a abusé de lui. Depuis, il ne ratait pas la moindre occasion pour l’isoler dans un endroit, loin des yeux des enfants, et abuser de lui. Arrivant à l’âge où il a commencé à distinguer entre le bien et le mal, le premier s’est révolté contre le second l’empêchant de continuer à profiter de son innocence.
Au fil des années, les deux enfants ont grandi et chacun a emprunté un parcours à part. Le premier a continué ses études pour passer le concours de la Sûreté nationale et être embauché comme élément de la CMI. Pour sa part, le second, qui a interrompu ses études, est arrivé à se débrouiller pour gagner sa vie en exploitant une gargote dans le même quartier. Seulement, en apprenant que son ami d’enfance est devenu un élément de la CMI, il a commencé à le provoquer. Comment ? «Bien que tu sois devenu un policier, il ne faut pas oublier que j’ai abusé de toi quand tu étais encore enfant», lui rappelait-il à chaque fois. Etait-il animé par un esprit de vengeance? et pourquoi ? Des circonstances qui ont fait qu’il n’avait pas un niveau scolaire suffisant pour entrer dans la police ? L’élément de la CMI ne savait rien de ce que pensait le gargotier et il n’a pas pu supporter ses provocations. La solution ? “Je vais le tuer et enterrer avec lui mon secret“, s’est-il dit.
Le jour «J», il s’est saisi d’un couteau et est sorti de chez lui en attendant que le gargotier soit seul. Et lorsque le moment est arrivé, le policier s’est avancé vers son violeur pour lui asséner deux coups mortels et rebrousser chemin pour rentrer de chez lui.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *