«Rends-moi ma cassette !»

Fès. Les frères Kamal et Saïd s’occupent de la bijouterie de leur père au quartier Bab Siffre, à Aïn Haroune. Ils n’ont pas la trentaine. Ils sont bien éduqués, bien élevés et ils ont une bonne réputation dans leur quartier. Personne n’a de reproches à leur faire. Leur ami Ali, dix-huit ans, demeurant à Hay Bensouda, a également bonne réputation. Ils se connaissent depuis belle lurette. Et il n’y a jamais eu entre eux le moindre problème. Certes des nuages venaient de temps à autre planer sur leur relation amicale, mais cela n’avait jamais été «méchant».
Début mai. Ali arrive chez les deux frères. Il entend une musique qui lui plait, demande à Saïd de lui prêter la cassette audio. Saïd la lui tend sans la moindre hésitation. Et Ali s’en va écouter les chansons. Mais les jours passent et Ali n’a toujours pas rendu la cassette empruntée à Saïd, qui commence à perdre patience. – «Rends-moi ma cassette, s’il te plaît ! Moi aussi j’ai envie de l’écouter !». Mais Ali se comporte comme s’il avait décidé de la garder une fois pour toutes. Saïd ne comprend pas : cette cassette est en vente chez tous les marchands, elle ne coûte que dix dirhams et pourtant Ali ne pense pas à la lui rendre. De son côté, Saïd n’entend nullement renoncer à son bien. Il insiste auprès d’Ali, mais en vain.
Mardi 7 mai. Dix-sept heures. Ali arrive une fois encore chez ses amis, les frères Saïd et Kamal.
-«Où est ma cassette ?», lui dit Saïd.
-«Oh, ami tu me casses la tête avec ce disque…Je vais te la ramener la prochaine fois…Je vais essayer de ne pas l’oublier Inchallah»…lui répond-t-il.
Mais Saïd est convaincu que Ali ne lui rendra plus la cassette. Il commence à lui faire des reproches. Kamal regarde son frère et leur ami qui commencent à échanger des mots. Il préfère ne pas intervenir et les laisser résoudre leur problème. Seulement l’altercation dégénère en bagarre. Ali se jette sur Saïd, le saisit par ses vêtements, lui assène un coup de poing. Saïd ne reste pas les mains croisées, il lui assène un coup de pied, puis un deuxième. Ali tombe à terre. Personne n’intervient, même Kamal qui suit la scène sans réaction comme si Saïd n’était pas son frère et Ali pas son ami. La bagarre continue entre les deux. Mais cette fois-ci c’est Saïd qui est terrassé. Un scénario qui déplaît à Kamal, lequel décide alors de prêter main-forte à son frère. Il fonce à l’intérieur de la bijouterie, se saisit d’un bâton, se dirige vers les deux protagonistes, assène un premier coup, puis un deuxième sur la tête de Ali. Ce dernier perd connaissance, tombe par terre. Du sang coule de sa tête. Les deux frères échangent des regards inquiets.
La situation s’est quelque peu compliquée. Pourquoi Kamal n’est-il pas intervenu pour les empêcher d’arriver à cet état de choses ? Pourquoi n’a-t-il pas essayé de les raisonner ? Les badauds s’attroupent enfin, mais il est trop tard. Pourquoi, eux aussi, sont-ils restés passifs lors de cette bagarre ?
Kamal regrette son acte criminel. Il met leur ami à bord d’une voiture, le transporte vers les urgences de l’hôpital Al-Ghassani. Il raccompagne Ali chez lui, après qu’il ait reçu des soins. Mais l’état de santé d’Ali commence à se dégrader d’une heure à l’autre. Ses parents l’évacuent une fois encore à l’hôpital. Mais c’est trop tard. Vers quatre heures du lendemain, il rend l’âme. Et les deux frères ont été mis sous les verrous pour attendre leur jugement.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *