Réponses structurelles aux crises

Réponses structurelles aux crises

Le gouvernement va-t-il s’écrouler ? Durant deux ans et demi, depuis son investiture, cette question n’a cessé de surgir d’une manière récurrente et avec une périodicité pour le moins douteuse dans les médias. Instiguée par certains milieux politico-économiques, cette campagne aux résurgences calculées a pour objectif de semer le doute sur la capacité du gouvernement à assurer avec efficacité et anticipation la gestion des affaires publiques et faire face aux nouveaux enjeux socio-économiques nés des crises que connaît le monde: la hausse des prix sur le marché mondial, des produits alimentaires et pétroliers, l’impact de la crise financière et économique internationale, les retombées des catastrophes naturelles, etc. Si cette atmosphère de scepticisme était alimentée par les répercussions de ces crises dont la gravité est certaine, le mode de gouvernance adopté et mis en place pour y faire face a largement montré la capacité de ce gouvernement non seulement à survivre à ces crises – comme disait Jacques Attali – mais d’en sortir renforcé. Ceci, à un moment où d’aucuns ont considéré que ces crises, surtout la crise économique mondiale, sont telles que le simple fait d’y survivre était un succès en soi. Le mode de gouvernance mis en œuvre pour gérer ces crises, qu’on appelle communément non conventionnelles a combiné le conjoncturel et le structurel par la mise en place d’outils d’orientation stratégique pour la réponse en situation de crise. En effet, les mesures conjoncturelles adoptées ont permis d’atténuer l’impact de ces crises et les instruments institutionnels mis en place et l’agenda des réformes sectorielles et stratégiques pris, à temps, constituent une réponse structurelle préparant le Maroc à l’après crise, afin de permettre à l’économie nationale de renforcer sa résilience face aux crises futures qui risquent de menacer le Maroc. Pour faire face à la crise de la hausse des prix sur le marché mondial, le gouvernement a pris des mesures conjoncturelles et décidé de ne pas répercuter ces augmentations sur les consommateurs. Pour ce faire, il a dû augmenter à 35 milliards de dirhams (100% entre 2007 et 2008) l’enveloppe allouée à la compensation des prix de première nécessité. En même temps, avec une vision stratégique, un fonds de développement des énergies renouvelables a été mis en place et une réforme de la filière sucrière et céréalière a été enclenchée pour réduire la dépendance du Maroc vis-à-vis des marchés extérieurs. Pour faire face aux retombées des dernières inondations qui ont frappé le pays et qui ont causé d’importants dégâts, le gouvernement a pris les mesures nécessaires et urgentes pour soutenir les sinistrés afin de leur apporter les secours à court terme. Le gouvernement allouera 1,67 milliard de dirhams au financement du programme d’urgence dont, notamment, l’octroi d’une aide directe pour le relogement, pour un coût de 130 millions DH. Ceux qui ont perdu leur maison recevront en compensation 15.000 DH par foyer. Mais, là aussi, le gouvernement a adopté une approche structurelle qui s’est traduite par la mise en place d’un projet de loi relatif aux catastrophes naturelles et par la création d’un Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles qui va participer au financement des secours ainsi que par la mise en place d’un plan de pré-positionnement pour la prévention des futures inondations basé sur la protection des zones d’habitat les plus menacées par les inondations (restauration de digues et d’ouvrages de protection) et le déplacement des populations à risque ainsi que l’adoption d’un programme urgent pour protéger les zones industrielles.
La vision structurelle du gouvernement s’incarne aussi dans sa gestion des conséquences de la crise économique mondiale aux dimensions multiples avec une : baisse de l’activité, faillite des entreprises et des  licenciements. Avec réactivité et soutien conjoncturel, le gouvernement a rapidement réagi pour atténuer l’impact de la crise en soutenant les secteurs d’activité les plus affectés à travers des mesures de soutien afin de préserver l’emploi, d’améliorer l’assise financière des entreprises en difficulté tout en les accompagnant dans la diversification de leurs débouchés à l’étranger. La mise en place d’un agenda cohérent de réformes sectorielles et structurelles, le déploiement d’une nouvelle génération de projets avec un positionnement avancé sur des secteurs d’avenir et une orientation assumée vers de nouveaux métiers mondiaux dans le but de rendre notre économie plus compétitive, plus attractive et plus ouverte constituent des réponses stratégiques pour préparer le Maroc à l’après crise. Cela a été possible à travers deux actions complémentaires et concomitantes. D’abord, l’adoption d’une approche rénovée de politiques sectorielles durables, intégrées et territoriales offrant plus de visibilité et d’opportunités d’investissement de premier ordre. On citera, à titre d’exemple, le Plan Maroc Vert pour une industrie agricole moderne, le Plan Maroc Numeric pour entrer dans l’ère de l’économie numérique, la Vision 2020 pour le tourisme, le Plan Halieutis pour la pêche ou encore le Plan énergétique qui optimise le potentiel d’exploitation des énergies renouvelables (solaire et éolien). Sans oublier, évidemment, le Pacte national pour l’émergence industrielle qui prévoit le développement de nouveaux métiers d’avenir dans des filières porteuses telles que l’offshoring, l’aéronautique ou encore l’automobile. Ces stratégies profitent d’une infrastructure moderne développée dans le cadre de la politique des grands chantiers et d’une logique territoriale puisque 22 pôles de compétitivité-métiers ont été mis en place dans les domaines de l’industrie et des nouvelles technologies (P2I), de la pêche (Agadir, Tanger, Laâyoune, Dakhla) ou encore de l’électronique (Rabat, Casablanca, Fès et Tanger). Ensuite, il y a eu le lancement d’une nouvelle génération de réformes structurelles que ce soit dans les domaines de la justice pour en consolider l’indépendance et en accroître l’efficacité, celui de l’éducation et de la formation pour mieux valoriser le capital humain et accompagner les besoins en compétences des stratégies sectorielles. Tout cela, accompagné, bien entendu, d’une action incontournable, à savoir la moralisation de la vie publique avec la création de l’instance centrale de prévention de la corruption et de l’unité de Traitement des Informations financières et la mise en œuvre de la déclaration de patrimoine. L’ensemble de ces actions, vues sous une focale générale et avec recul, montre à quel point le gouvernement a été à la fois efficacement réactif et remarquablement proactif. Douter de la capacité et de l’efficacité de l’exécutif devient, dans ces conditions, une affaire de pure politique politicienne et ne relève donc pas d’un jugement rationnel et objectif.

  Younes Hadioui
Chercheur en Finances publiques   

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