Reportage : Aïd Al Adha : Le Menu du gouvernement

Reportage : Aïd Al Adha : Le Menu du gouvernement

Découverte capitale ! Les Marocains, ministres compris, sont égaux devant la fête et surtout devant les tentations des mille et un délices qu’offre la bête sacrifiée par fidélité à la Sunna inspirée de l’acte de Sidna Ibrahim. ALM a tenté de cerner le quotidien et le menu de ceux qui nous gouvernent, toutes tendances confondues, le temps d’un jour de fête. Le résultat est édifiant.
Nabil Benabdallah, ministre de la Communication, ouvre les hostilités en déclarant que le moment favori pour lui, le jour de l’Aïd, est celui du déjeuner où toute la famille est réunie pour le Boulfaf. «Nous partageons des mets qui ne sont préparés que le jour de l’Aïd», ajoute le ministre PPS qui finit par cracher le morceau et pas n’importe lequel. «Plus tard, dans l’après-midi, je préfère l’épaule», lâche l’intransigeant r’bati qui insiste sur le mot  «Delaâ» pour se faire bien comprendre.
Son collègue chargé de l’Urbanisme et de l’Habitat commence par pouffer de rire en apprenant qu’il n’allait être interpellé ni sur la bonne santé du marché du ciment, ni sur les avancées du programme « Villes sans bidonvilles ». Toufik Hejira ne peut échapper à ce qu’il appelle une obligation avec laquelle il n’est jamais permis de badiner : se réunir au domicile familial à Oujda. Son frère installé en France (ingénieur de télécoms) et l’autre, médecin en Suisse, doivent répondre présents dans la capitale de l’Oriental. Idem pour les sœurs résidant à Meknès et Casablanca, entre autres. «Au-delà du mouton, il y a quelque chose de mystique non quantifiable le jour de la fête. C’est le plaisir de se retrouver autour d’un tagine à la oujdie attaqué à mains nues», déclare le ministre istiqlalien qui se délecte déjà de cette véritable cérémonie, occasion d’évoquer, avec frères et sœurs, les souvenirs et espiégleries de l’enfance. Sauf que le deuxième jour, M. Hejira a peu de chance d’échapper à la «Bekbouka», plat local préparé à base d’abats. Dans tout domicile oujdi qui se respecte.
Anis Birou, lui, rend un véritable hommage au savoir-faire maternel. «Les brochettes de ma mère sont uniques», affirme le secrétaire d’Etat chargé de l’Alphabétisation et de l’Education non formelle (RNI) qui ajoute que ce qui compte le plus, ce jour de fête, est la réunion de la grande famille, valeur sacrée et source de « quiétude et de sérénité».
Plus explicite encore est Yasmina Baddou qui affirme qu’au-delà de la connotation religieuse de la fête, les retrouvailles familiales sont très importantes. Et c’est parti pour une interminable série de visites avant le grand ralliement chez les parents. La secrétaire d’Etat PI ne résiste pas trop pour livrer ses préférences et elles sont d’inspiration fassie : abats que la ministre adore manger le jour même de la fête avant d’enchaîner par la «Mrouziya» et le «Gueddid» chaque fois que possible. Le secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse, Mohamed El Gahs accepte de se livrer au même exercice. Pour le ministre USFP, les retrouvailles familiales sont capitales. Plus terre à terre, M. El Gahs est pour le «Mfouer» (viande à l’étuvée) avec sel et cumin.
Ahmed Toufiq, lui, nous entraîne dans une autre sphère. «Toute la journée de la fête est sacrée, de l’aube au soir. Ce sont d’intenses moments de Tarahom, mais la prière de l’Aïd a une place particulière», affirme le ministre des Habous et des Affaires islamiques. «On mange la viande du Sacrifice parce que c’est la Sunna et c’est le partage qui compte», ajoute M. Toufiq qui avoue qu’il n’est pas trop tagines, mais qui se contente de brochettes parce que c’est plus sain. «Si vous voulez mon avis, un bol de «Tchicha» (soupe à base de semoule) ferait l’affaire !», conclut Ahmed Toufiq qui se départit, quelques secondes, de son légendaire sérieux.
Nouzha Chekrouni, la ministre USFP aux prises avec ces millions de MRE qui veulent tous être membres de leur Conseil supérieur, nous fausse compagnie à la dernière minute. Beaucoup de bien sur les réunions de famille et tout le toutim, mais rien sur le reste. Mme Chekrouni aurait des secrets typiquement ismaïliens qu’elle n’aimerait pas partager. A moins qu’elle préfère son piano à l’aveuglante fumée des braseros en service full-time pendant ces jours.
Tout le contraire chez Rachid Talbi Alami, ministre des Affaires économiques et générales. On dirait qu’il attendait le moment de confier sa joie de pouvoir retrouver, le jour de l’Aïd, ses enfants qu’il n’a presque plus le temps de voir. «Et surtout un Talbi Alami junior qui fait ses classes au lycée militaire de Kénitra», nous confie le ministre RNI. M. Talbi Alami, également maire de Tétouan, devra être présent vers la fin de l’après-midi de l’Aïd dans cette ville où la tradition veut qu’on organise des cérémonies pour chaque fête religieuse. Sinon, Rachid Talbi Alami aime le «Boulfaf», et plus les brochettes et les côtelettes.
Mostafa Mansouri, pour qui le «Boulfaf» est devenue une tradition incontournable avec le moins de gras possible, affirme, non sans ironie, que «les gens n’ont plus la forme pour les tagines, mais que les enfants adorent». «Je suis plutôt brochettes arrosées de thé», avoue le ministre RNI de l’Emploi qui, le temps d’un jour de fête peut renouer, pour de bon, avec petite et grande familles.
Mohand Laenser, ministre de l’Agriculture, n’aura pas cette chance, mais il est chargé d’une mission non moins importante puisqu’il préside la délégation officielle marocaine et devra de ce fait passer l’Aïd sous les cieux saoudiens. Le service roaming fera l’affaire en attendant le retour de Haj Laenser qui manquera aux siens aussi bien à Immouzzer Mermoucha qu’à Rabat. Pour la coïncidence de cette année (deux fêtes en un jour), on a épargné aux ministres interrogés la question sur la meilleure manière de jongler, le cas échéant, entre le chocolat et le mouton qui, visiblement, ne font pas bon ménage.
Les ministres à l’image des hauts commis de l’Etat, mais aussi d’autres fonctionnaires, ont droit à des moutons offerts par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Un ministre précise qu’il s’agit-là d’une longue tradition qui ne peut souffrir aucune autre explication. Que les mauvaises langues rengainent ! Comme l’est d’ailleurs la tradition qui veut que tout le monde réponde présent, sauf empêchement majeur, pour la prière en compagnie du Commandeur des Croyants.

Les choix du chef

S’il vous arrive, le jour de la fête de croiser Driss Jettou à bord de sa voiture dans l’une des artères de Casablanca, n’en soyez nullement surpris. Le Premier ministre est également très attaché au cadre familial. La prière de l’Aïd expédiée, il se hâte de rejoindre son domicile dans la métropole pour retrouver ses quatre enfants. Interrogé par ALM, l’entourage de M. Jettou affirme que ce dernier est loin d’être «un grand mangeur» même si la famille privilégie la cuisine marocaine et son arsenal de plats traditionnels à faire damner un saint. Le Premier ministre, qui est très porté sur les légumes cuits à la vapeur, «fait attention à ce qu’il mange et est plutôt salades», affirme des sources de son entourage. Il ne risque pas de déroger à la règle comme il lui était arrivé, il y a plusieurs mois, pour contribuer à sauver la filière avicole des retombées néfastes de la grippe aviaire.

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