Reportage : Casablanca : Un tramway nommé plaisir !

Reportage : Casablanca : Un tramway nommé plaisir !

Il est 8h15 à l’arrêt du Bd Ghandi. Une dizaine de personnes fait la queue pour se faire imprimer un ticket au niveau des distributeurs automatiques. Quelques minutes plus tard, un petit klaxon annonce l’arrivée du tramway à destination de Sidi Moumen. Tout le petit monde monte dans le tram après le franchissement de la petite barrière qui permet de valider les tickets. Une fois à bord, l’ambiance est plutôt calme.

Nous faisons la connaissance de Sara, une jeune salariée de 25 ans qui prend le tram quotidiennement pour se rendre au travail. «Ah! Le tramway a changé ma vie. Contrairement aux autres moyens de transport en commun, on se sent en sécurité, les horaires sont fixes et de plus je trouve qu’il est très confortable. Par contre, les gens ne sont pas toujours civilisés à bord», déclare-t-elle. Les utilisateurs du tram apprécient vraiment le confort offert par la climatisation et la bonne organisation.

Le tout pour 6 dirhams par voyage, un peu plus cher que le bus mais beaucoup plus commode pour les citoyens. Il faut dire qu’à l’international, le tramway est considéré comme un moyen de transport de masse de qualité, aménagé en site propre, les rames sont confortables et permet un déplacement rapide puisqu’il ne subit pas les aléas des embouteillages. «On se déplace confortablement et surtout en toute sécurité. D’ailleurs, on peut utiliser nos ordinateurs ou nos tablettes à bord du tram, en toute sécurité», explique Ali, un jeune Casablancais de 17 ans.

La vigilance est de mise…
Dans la cabine en tête du tram, le conducteur est très concentré. Il le faut bien! Les obstacles sont très nombreux. En effet, les lignes s’étalent sur de longues distances, elles se tortillent un peu partout, avec trop d’arrêts, trop de virages, trop de croisements avec le trafic auto, ce qui peut être, à n’importe quel moment, à l’origine de graves accidents. «Il faut jongler avec la non vigilance des automobilistes et des piétons et rester alerte à tout moment. Même avec un klaxon très fort certains piétons ne font pas attention surtout quand ils écoutent de la musique dans leurs oreillettes», confirme un des chauffeurs de tram.

Un nouveau venu qui dérange !
Par ailleurs, ce moyen de transport ne fait pas que des heureux. Il est également le féroce concurrent des autres moyens de transport en commun. À ce titre, la plupart des chauffeurs de taxis sont mécontents, et pensent que le tram participe plus à créer des embouteillages qu’autre chose. «Le tramway s’est adjugé plus d’espace sur la route, il est très lent et nous empêche de rouler plus vite pour cumuler plus de courses. Sans parler du fait qu’il nous rafle tous nos clients parce qu’il a une grande capacité», explique Mokhtar, vieux chauffeur de taxi.

Le tram, désormais ancré dans le paysage !
Le serpent rouge s’est désormais fondu dans l’espace urbain. Ce moyen de transport de masse fait partie du paysage de la métropole en lui offrant un relooking dans l’air du temps. Plus de 200.000 mètres de trottoirs ont été entièrement refaits, un changement spectaculaire a été opéré sur certains tronçons et une partie du boulevard Mohammed V est devenue piétonne.
Autant de changements auxquels s’ajoute l’aménagement de deux grandes places, notamment place des Nations Unies et Casa Voyageurs. De plus, cinq pôles d’échange ont vu le jour permettant une intermodalité avec les bus. Ce changement a également permis la plantation de 2.000 arbres et palmiers et la transplantation de 2.000 autres. Ce n’est pas tout, le tram a aidé à promouvoir le patrimoine architectural de la ville tout en embellissant le périmètre urbain.

Quand c’est beau, c’est plus cher…
En revanche, les prix de l’immobilier ont littéralement flambé aux environs des stations de tramway. En effet, la proximité avec les stations d’arrêt et la réfection du paysage urbain, ainsi que l’embellissement des artères jouxtant les rames du tramway ont fait bondir le prix du mètre carré des habitations environnantes. «Pour nous qui recherchons activement à acquérir un logement, nous nous sommes rendu compte que nous étions obligés de nous rabattre sur des appartements un peu excentrés par rapport aux lignes du tram, ceci afin d’éviter qu’ils ne soient trop chers!», nous explique un jeune couple à Casablanca.  La proximité avec les lignes du tramway est souvent citée comme argument de vente. «Tous les intermédiaires de l’immobilier que nous sommes allés voir nous ont tout de suite demandé si l’appartement que nous recherchions devait être ou non situé à côté d’une station de tramway».

Tramway et Casablancais: Une histoire d’amour ?
Le tramway de Casablanca suscite un engouement croissant chez les usagers. Si les chiffres restent encore en deçà des objectifs annoncés, les fréquentations continuent d’augmenter. En témoignent les derniers chiffres publiés par la société Tramway Casablanca, et qui font ressortir des taux de fréquentation en augmentation de quasiment 300%! «On a pu atteindre en moyenne journalière une fréquentation de 100.000 usagers en août dernier, c’est un bon chiffre et du coup on n’est pas du tout mécontents», a souligné Shada Taib, responsable de la communication de Casa Transport SA. À signaler que les stations les plus prisées restent celles des Nations Unies, de Ain Diab plage terminus (notamment en été et les week-ends) et enfin celle de Sidi Moumen.

Manque de civisme…
La sympathie des Casablancais pour leur tramway n’exclut pas le fait que ce dernier ait subi plusieurs actes de vandalisme et de dégradations. De nombreuses stations ont connu plusieurs dégâts matériels. De nombreux équipements ont été affectés, notamment les barrières vitrées et les portillons, sans compter certains obstacles ou des ordures déposées sur la voie.

Dangereux le tram !
C’est malheureux, mais il faut l’admettre. L’arrivée du tram s’est aussi soldée par l’enregistrement de plusieurs accidents de la route. Ainsi, aux derniers résultats publiés officiellement, depuis sa mise en service, pas moins de 180 sinistres ont été répertoriés. Selon Casablanca Tramway, la fréquence des accidents reste normale en comparaison à celle d’autres pays européens, par exemple avec 0,8 accidents tous les 10.000 kilomètres environ. Cela n’empêche que les équipes en charge de la sécurité routière au sein de Casablanca Tramway font en sorte de minimiser au maximum les sinistres avec encore plus d’actions de sensibilisation.

 Siham Oukhit
Journaliste stagiaire

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