Reportage : Éclairage : Droit de cités

De toutes les anciennes cités impériales marocaines, Méknès est certainement la ville qui a connu le plus de déboires et de déconvenues, durant au moins la deuxième moitié du siècle dernier. Plusieurs facteurs, tous aussi défavorables les uns que les autres, ont concouru à la marginalisation de l’ancienne capitale dont le puissant sultan Moulay Ismaïl avait fait le centre névralgique d’un immense empire.
D’abord la proximité avec cette autre cité impériale, Fès à l’histoire multi-séculaire qui, malgré toutes les énormes difficultés qu’elle vit elle aussi, a pu sauvegarder un certain lustre, une aura qui lui permet de préserver son éclat et de tenir son rang parmi les villes à la renommée établie.
Ensuite, à partir du milieu des années soixante-dix, de nombreux effectifs militaires auxquels le nom et le destin de la ville étaient étroitement associés ont été transférés ailleurs, notamment dans la zone sud du pays ; conflit du Sahara oblige.
Mais, surtout la ville a subi une forte clochardisation du fait d’une sensible paupérisation liée au recul des revenus agricoles qui constituent le nerf moteur de la région, à l’indigence du tissu industriel et à mille maux et dysfonctionnements accumulés en termes de management de la ville et de faillite de ses collectivités territoriales, comme dans de nombreuses autres régions du Royaume.
Pourtant, la cité ismaélienne a longtemps été considérée comme une ville où il faisait bon vivre. Sa position géographique en tant que riche plaine située à proximité du pays de l’Atlas et des sites au glorieux passé de Moulay Driss Zerhoun et de Volubilis. Son sens de l’accueil et de l’hospitalité qui y ont attiré des générations de « migrants » de toutes les régions du pays. Le « métissage » ethnique de ses populations, réalisant une bonne synthèse entre berbérité et arabité.
La longue tradition cosmopolite de la ville qui a longtemps attiré une forte communauté européenne, et une communauté judaïque très active aux plans économique et socio-culturel. La centralité de sa position sur le principal axe routier et ferroviaire du Royaume. Tout cela lui a conféré une bonne image, malheureusement ternie, durant les dernières décennies.
Alors, si depuis deux ou trois ans, on assiste à une sorte de frémissement dans la cité, à un regain d’intérêt pour cette capitale oubliée de la part des pouvoirs publics et à l’activisme d’une nouvelle génération de responsables administratifs, d’opérateurs économiques et d’animateurs de la société civile, cela est en mesure de réjouir les nombreux amoureux de cette ville qui sait se faire aimer et conquérir les coeurs par ses mille atours et ses attraits innombrables.
Son potentiel agricole et agro-industriel toujours importants, le vaste et ambitieux chantier de la bi-polarité économique avec Fès, si complémentaire quoique rivale, les initiatives qui visent à revaloriser le potentiel touristique de la ville et de la région, l’insertion de la cité dans le programme international de l’Agenda 21, la multiplication des initiatives relatives à l’aménagement de la ville, à la restauration de son patrimoine historique et à l’encouragement de l’investissement, sont des signes prometteurs et encourageants. Puissent-ils réveiller la ville de sa torpeur et lui rendre un peu de son éclat d’antan !

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