Retraite : Quel avenir pour nos aînés?

Retraite : Quel avenir pour nos aînés?

Il ne fait pas bon vieillir au Maroc. A la veille des réformes promises, il y a lieu de se poser toutes les questions touchant de près ou de loin la situation des personnes âgées. Le Royaume est à présent tout sauf envié pour le traitement qu’il accorde à cette tranche de la société. Demain sera-il meilleur? Une question à laquelle il est difficile de répondre par l’affirmative si les efforts des politiques ne suivent pas une même ascension que celle d’une accélération démographique inévitable. S’ils ne représentent aujourd’hui que 9% de la population et souffrent de tous les maux, qu’en sera-t-il en 2050 où les personnes âgées auront les mêmes proportions que les jeunes sur la pyramide d’âge du Maroc?  Etat des lieux.

«Nous sommes en train de préparer six projets de texte qui seront soumis au Parlement en 2014. La réforme des retraites entrera alors en vigueur début 2015», c’est l’annonce faite mercredi dernier par le ministre de l’économie et des finances, Mohamed Boussaid. Le silence est donc enfin rompu autour de la réforme du système de retraite au Maroc et tout un processus de réformes devrait être applicable en 2015, si toutefois les négociations entre tous les acteurs concernés vont bon train. D’ici cette date, il y a lieu de revenir sur les différents indices liés à la question des personnes âgées au Maroc. A l’heure actuelle, 80% d’entre elles ne perçoivent aucune pension de retraite.

Ce sont les chiffres publiés par l’organisme américain HelpAge International dans son «Global Age Watch index 2013» et qui laissent entendre qu’à moins d’avoir d’autres sources de revenus ou d’être prise en charge par ses proches, une personne de plus de 65 ans est livrée à elle-même.

Là encore se pose la question de l’insertion sociale de cette tranche majoritairement vulnérable. Le Royaume comprend aujourd’hui 2,8% de personnes âgées, soit à peu près 9% de la population totale. Si l’on se base sur ce même indice, seuls 10% de cette tranche de la société savent lire et écrire, de quoi compliquer davantage son accès au marché d’emploi. Le problème est donc plus global, les personnes âgées bénéficiant d’une retraite représentent une minorité.

Pour les bien lotis, c’est-à-dire les 19,6% touchant une pension, il est statué que les pensions minimales des retraites dans le cadre du Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR) ne dépassent pas les 1.000 dirhams. Une somme bien loin de suivre le coût de vie et encore plus moins de leur assurer une vie digne. Ceci n’est d’ailleurs pas sans rappeler les principaux axes auxquels  le ministère de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social avait déclaré vouloir s’attaquer dans sa politique, à savoir : «assurer à ces gens des revenus décents et un logement digne, leur garantir des conditions de santé normales et enfin, leur aménager une place honorable dans la société».

Seulement sur le terrain, les faits sont autres. Les personnes âgées souffrent de précarité. S’ajoute à cela la solidarité familiale qui s’effrite au fur et à mesure que la modernisation s’installe avec l’émergence de la famille nucléaire.
En novembre dernier Bassima Hakkaoui avait annoncé dans ce même sens sa volonté de procéder à la création d’un observatoire dédié aux personnes âgées, dans le cadre de son programme d’action pour l’année 2014.

La création de son observatoire apportera énormèment au Maroc dans sa politique à ce propos puisque la pénurie de données sur les personnes âgées peut conduire à leur exclusion systématiquement du financement des plans de développement et des politiques publiques. Cette recommandation a fortement été exprimée dans l’indice de l’ONG précitée d’autant plus que dans son classement des meilleurs et des pires pays du monde pour les personnes âgées, la position du Maroc est des moins honorables puisqu’il a été classé 81 sur 91. Les associations, comme par habitude, ne manifestent pas un grand enthousiasme à ce sujet.

«Cela reste toujours un projet, des déclarations sans suite… Le chemin à faire pour arriver à la concrétisation de idées reste souvent très long», se désole Hicham Maarouf, membre du conseil d’administration du centre pour personnes âgées, affilié à la Fondation MohammedV pour la Solidarité.

A l’heure actuelle, le niveau de vie des retraités est précaire alors que la réforme se fait en douce. Pour rappel, une étude élaborée par la Direction des assurances et de la prévoyance sociale du ministère de l’économie et des finances, avait tiré la sonnette d’alarme quant au risque d’épuisement des fonds et réserves de la CMR d’ici fin 2019.
La CNSS n’a pas été épargnée et ses caisses risqueraient de connaître un déficit en 2037. Selon cette même étude, les fonds du régime RCAR sont censés tenir le coup jusqu’en 2049, soit au moment où le Maroc comptera 10,1 millions de personnes âgées. Des prévisions qui ne sont guère de bon augure pour l’avenir non seulement de nos séniors mais pour le nôtre également.

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