Retraites au Maroc: La réforme ou l’impasse

Retraites au Maroc:  La réforme  ou l’impasse

Tandis que le débat autour de la réforme du système des retraites bat son plein, le ministère de la communication vient de publier un document d’une trentaine de pages, détaillant et défendant la vision du gouvernement de cette réforme. Le document en question est le résultat de concertations entre la Caisse marocaine des retraites (CMR) et plusieurs départements dont le ministère de la communication, celui de l’économie et des finances et celui de la fonction publique.

Le document souligne, dans un premier temps, la nécessité et l’urgence d’une réforme de ce type. La CMR, dont la situation est particulièrement préoccupante, doit en priorité faire l’objet de changements de fond. L’argumentaire du département de Mustapha El Khalfi se base sur l’assertion suivante: si la réforme des régimes de retraite n’a pas lieu, en 2023, les pensions des retraités ne pourront plus être versées. En chiffres, cela se traduit en un déficit qui aura atteint 135 milliards de dirhams. 

Depuis 2014, les revenus de la Caisse de retraite ne couvrent plus ses dépenses, celle-ci doit donc puiser dans ses réserves face à un déficit qui a atteint, cette année, 750 millions de dirhams. Ce chiffre devrait continuer de gonfler pour passer à 2,8 MMDH en 2015, 24,5 MMDH en 2018 puis 135 MMDH en 2023. L’augmentation du déficit sera naturellement accompagnée d’une baisse des réserves qui passeront de 81 MMDH en 2014 à 56,63 MMDH en 2018, pour enfin arriver à 0 DH en 2023.

C’est toujours en millions et en milliards de dirhams que le document trace un sombre portrait du futur des retraites au Maroc. Il fait ainsi référence à un rapport de la Cour des comptes en 2013 selon lequel le report de la réforme des retraites coûte 60 millions de dirhams par jour, soit 20 milliards de dirhams par an aux Caisses de retraite. Pour mettre ce chiffre en perspective, le budget de la construction et de la mise en marche d’un Centre hospitalier universitaire (CHU) est d’un milliard de dirhams.

Le document rapporte également que selon la loi 43-95 relative à la CMR, les taux de cotisations doivent être revus à la hausse lorsque les réserves de la Caisse de retraite ne peuvent plus couvrir ses dépenses sur plus de deux années. Selon les prévisions actuelles, ce seuil devrait être atteint en 2018.

Bien que les détails de la procédure de réforme soient très attendus, le document du ministère ne s’attarde pas à ce sujet. Il reprend uniquement des termes ressassés par les membres de l’Exécutif depuis l’annonce de la réforme tels que «progressive», «participative» et «solidaire». Il évoque, néanmoins, les quatre axes principaux de la réforme. En plus de la hausse très controversée de l’âge du départ à la retraite, il s’agit également de revoir la base du calcul des pensions, de réduire le taux annuel de calcul des pensions et d’augmenter la cotisation des adhérents de manière solidaire. Il est à noter que toutes ces mesures ne feront que retarder le creusement du déficit de huit années supplémentaires en attendant une réforme globale des régimes de retraite. Le document présenté par le ministère de la communication répond également aux contre-propositions des syndicats.

Il rejette ainsi l’idée d’une prolongation volontaire de l’âge de départ à la retraite vu qu’elle impliquerait une participation inégale des fonctionnaires, mais précise néanmoins, que le système de retraite anticipé sera maintenu, et la pénibilité du travail prise en compte. L’étape suivante semble être l’élaboration d’une version définitive de la réforme, actuellement entre les mains du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui devra être approuvée par les deux Chambres du Parlement avant le début de son application.

Déficit de la CMR : Comment en sommes-nous arrivés là ?

L’augmentation exponentielle du déficit de la Caisse marocaine des retraites (CMR) soulève des questions quant aux raisons derrière cette situation. Le document publié par le ministère de la communication évoque comme cause principale la méthode de calcul des pensions de retraite.
Celle-ci, qui consiste en la multiplication du nombre d’années de service par 2,5% du dernier salaire peut dépasser dans certains cas le salaire initial si l’on considère les avantages fiscaux. Cette méthode, qui était acceptable lorsque pour chaque retraité il y avait 12 adhérents, ne l’est plus aujourd’hui alors que pour chaque retraité il n’y a que 3 adhérents.
Le coût des pensions de retraite est passé de 435 millions de dirhams en 1986 à 14 milliards de dirhams en 2013, se multipliant ainsi par 34.
La situation s’est aggravée suite au report de la réforme, initialement prévue pour 2004. Le document explique que si la réforme avait été entreprise en 2009, le Maroc aurait économisé 85 milliards de dirhams.

Réforme des retraites : Y a-t-il une alternative moins pénible ?

Si le gouvernement se dit ouvert à toute alternative viable et efficace, il n’en est pas moins que les chiffres mis en relief par le document publié par le ministère de la communication en font une tâche difficile. L’une des revendications des syndicats était leur refus catégorique d’une baisse des pensions.

Pour le gouvernement, l’âge de départ à la retraite, la pension et la cotisation, trois paramètres essentiels du système de retraite, doivent impérativement tous les trois être revus. Une réforme sans atteinte à la pension et à la cotisation porterait l’âge de la retraite à 77 ans, alors qu’une réforme sans atteinte à l’âge de la retraite et à la pension porterait l’augmentation des cotisations à 50%.

Le document rejette également une réforme qui puiserait uniquement dans le budget de l’Etat. Selon la même source, cela impliquerait une réduction des budgets de départements ministériels tels que la santé ou l’éducation nationale mais aussi une réduction de l’investissement public.

 

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