Réveil de l’opinion en Israël

Réveil de l’opinion en Israël

Le plus populaire des journaux israéliens, Yediot Aharonot, a publié, le 13 novembre 2003, un compte-rendu complet d’un forum réunissant quatre généraux, anciens directeurs du Shabak – le service de la sécurité intérieure – à différentes périodes et sous des gouvernements différents. Tout d’abord les grands analystes du quotidien – Alex Fishman et Sima Kadnon -, qui ont animé le forum, ouvrent le débat : « Shimon Peres a essayé sincèrement, mais n’a pas réussi, à changer l’attitude fière des Israéliens qui est la conséquence de l’occupation à laquelle il faut mettre fin dans notre intérêt, plus que dans le leur. C’est l’échec de cette tentative qui a convaincu les quatre anciens chefs du Shabak – Abraham Shalom, Yaacob Peri, Carmi Guilon et Ami Yalon. Ils ont surmonté leurs inimitiés et leurs divergences pour alerter et réveiller l’opinion israélienne». La situation est claire. Il s’agit bien de la suite de plusieurs événements qui se sont succédé en Israël contre les excès du régime de droite au pouvoir. En premier lieu, les déclarations des pilotes militaires d’avions ou d’hélicoptères, qui refusent d’effectuer des opérations sur les territoires habités de Gaza et de Cisjordanie. La réunion personnelle entre le Général de réserve – ancien directeur du Shabak – Ami Ayalon et l’ancien ministre palestinien, Sari Nusseibeh pour arrêter un scénario de paix israélo-palestinien en six principes. La déclaration du chef d’état-major de Tsahal qui a demandé d’alléger l’occupation et la situation de la population palestinienne. Enfin, l’initiative d’un « Pacte de Genève » de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, réunissant de nombreux politiciens et hommes de lettres de la gauche israélienne et des militants du Fatah et du Tanzim, du plus haut niveau. Le document de Yalon, avec Nusseibeh, est apprécié par ses anciens confrères pour son équilibre dans la présentation des « aspirations nationales d’Israël, comme Etat Juif et démocratique et celles, nationales, du peuple palestinien ». Le document de 50 pages de Beilin-Abed Rabbo est complet et aborde tous les problèmes dans leur plus grand détail. Mais Carmi Guilon, considère que « le seul document positif, formellement à l’ordre du jour, est la « Feuille de Route ». D’autant que les plans par étapes, jugés alors nécessaires pour établir la confiance entre les parties, ont toujours posé un problème. Donc, les propositions d’un document détaillé organisant la négociation finale prévue par la troisième étape de la « Feuille de la Route » feront gagner beaucoup de temps. Les quatre chefs du Shabak, confirment que la seule prévention du terrorisme, condition préalable à tout progrès politique, est une erreur. Abraham Shalom, va encore plus loin, il affirme « Ce n’est pas une erreur, c’est un prétexte pour ne rien faire, car malgré son acceptation théorique de la « Feuille de la Route », Ariel Sharon a posé une condition qui fait du terrorisme, le centre de tout. Donc, derrière le terrorisme, on ne voit plus la «Feuille de la Route». «De son côté, Ami Ayalon répond à la question : «Pendant des années, nos dirigeants (israéliens) n’ont su que faire de la zone de sécurité au Sud-Liban. Nous en sommes sortis, à la fin, pour une seule raison: parce que le public (israélien) a dit il faut en sortir, nous en avons assez de vos explications ». Il va jusqu’à ajouter, « à mon avis, il est donc nécessaire de créer des coalitions extérieures, extra-parlementaires, pour indiquer la direction, en laissant au gouvernement le détail de l’exécution… » Yaacob Peri aborde, ensuite, l’évacuation des colonies à Gaza et en Cisjordanie. Il affirme, « avec un bon plan économique, 85% des colons seront convaincus de revenir à la maison. Les autres, des idéologues, il faudra les affronter». Ce général spécialiste de la sécurité intérieure d’Israël, dit encore : «Sharon, le fondateur des colonies est, donc, le mieux placé pour les démanteler. Mais voilà, il n’y a pas de responsable capable de taper sur la table pour dire : c’est la solution ». Yaacob Peri rappelle encore, «Sharon a souvent dit, des concessions douloureuses sont nécessaires. Y a-t-il d’autres concessions douloureuses que le retrait des colonies ? Cela est idéologiquement, moralement ou socialement difficile à Sharon. Mais celui qui est capable d’imposer un échange de prisonniers avec le Hizbollah, peut faire passer le retrait des colonies…» Pour les analystes, il apparaît surprenant de voir des chefs de services de sécurité, devenir des «colombes». La grande erreur demeure fixée sur la question des responsables israéliens, aujourd’hui sans aucun sens : Y a-t-il ou non un partenaire? Dans les conditions actuelles, une seule solution s’impose, même en prenant des décisions unilatérales, l’armée israélienne doit quitter Gaza et il faut démanteler, sérieusement, les implantations sauvages. Yaacob Peri dit aussi : « C’est alors, que les Palestiniens viendront discuter. La question du Président Arafat est hors-jeu, anachronique. Car en s’acharnant contre lui, on ne peut fixer un ordre du jour national». En un mot, tous veulent démontrer qu’en s’éloignant de la « ligne verte», la barrière de sécurité a obtenu le résultat contraire. Au lieu de séparer deux Etats, chacun chez soi, les Palestiniens accusent, à juste titre, de les enfermer dans les enclaves, à la Sud-Africaine. Car, ils perdent leur rêve d’un Etat palestinien indépendant. Les analystes n’hésitent pas à écrire, dans le journal le plus important d’Israël : « Tant que nous n’aurons pas compris que, « c’est nous qui sommes venus au Moyen-Orient arabe et non le Moyen-Orient arabe qui est venu vert le monde juif », il ne se passera rien. Notre attitude envers l’honneur arabe est catastrophique. Et si nous n’arrivons pas à nous respecter, les uns les autres – entre Juifs -, comment espérer être respectés par les autres ?… » La lucidité, l’honnêteté morale et illustre de toutes les personnalités israéliennes qui ont osé, enfin, proclamer qu’ « Israël est en grand danger » (titre du quotidien populaire couvrant sa première page) permettra à la vérité de s’imposer à une opinion endormie par des slogans dépassés…

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