Sahel : Kidnapping, trafic de drogue et terrorisme, le constat qui inquiète

Sahel : Kidnapping, trafic de drogue  et terrorisme, le constat qui inquiète

Appel à une coopération des pays de la région face au terrorisme

Le nouveau contexte géopolitique mondial et régional fait que le sentiment d’insécurité est prépondérant et le Maroc n’échappe pas à cette logique dans le sens où il s’est engagé dans la coalition antiterroriste au lendemain des attentats du 11 septembre.

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Seule une coopération entre les pays de la région mettra un terme à la prolifération des groupes terroristes. C’est l’appel exprimé par les experts présents lors du deuxième Forum hispano-marocain sur la sécurité et la lutte antiterroriste organisé, vendredi 19 mai, à Rabat par la Fondation de la culture arabe. Intitulé «Lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel : l’apport du Maroc, de l’Espagne et de l’Union africaine». Cette conférence a réuni les principaux responsables marocains de lutte contre le terrorisme ainsi que des experts espagnols directement en charge du dossier du terrorisme auprès des tribunaux espagnols. Au cours de cette rencontre, Mohamed Aujjar, ministre de la justice, a mis en avant l’expérience marocaine dans la lutte antiterroriste en mettant l’accent sur l’évolution de la coopération hispano-marocaine. Lors de son intervention Abdelhak El Khayam, directeur du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), a expliqué que le terrorisme est un phénomène transnational. Il a également souligné que la sécurité est devenue un défi et une priorité pour tous les pays. Dans ce sens, les priorités de la communauté internationale se tournent vers la protection des biens et des personnes, la sauvegarde et le rétablissement de la paix.

Pour le directeur du Bureau central d’investigations judiciaires, patron du BCIJ, le nouveau contexte géopolitique mondial et régional fait que le sentiment d’insécurité est prépondérant. Il a précisé que le Maroc n’échappe pas à cette logique dans le sens où le pays s’est engagé dans la coalition antiterroriste au lendemain des attentats du 11 septembre. Devenu une cible, le Maroc avait payé cher son alignement pour combattre ce fléau : «les attentats du 16 mai 2003 ne sont que des représailles de l’alignement du Maroc au monde libre», indique-t-il.

Le directeur du BCIJ a mis en avant l’approche sécuritaire globale intègre et multidimensionnelle basée sur l’anticipation et la prévention adoptée par le Maroc au lendemain du 16 mai. Ainsi, il a dévoilé que lorsque les principaux responsables des cellules terroristes, notamment la salafya jihadiya, étaient en cavale, leur capture était difficile parce qu’ils circulaient avec de faux papiers d’identité. C’est suite à cela que le Maroc a adopté la CIN électronique et le passeport biométrique. L’aspect sécuritaire a commencé par la mise en place de ces mesures. Sans langue de bois, M. El Khayam a mis en lumière le lien étroit entre le polisario et certains groupes terroristes. Dans ce sens, il a expliqué que le Maroc est désormais un rempart régional incontournable en matière de lutte contre le terrorisme au milieu d’un espace géopolitique tendu.

L’approche sécuritaire du Maroc

Pour sa part, Lahkim Bendaoued, chef de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), a dévoilé que le danger du terrorisme est apparu imminent pour le Maroc lorsqu’en 2002 le Royaume a démantelé une cellule composée de trois personnes, tous de nationalité étrangère appartenant à Al Qaida.

Le chef du BNPJ a révélé que ces individus ciblaient les navires de l’OTAN au détroit de Gibraltar et des zones touristiques au Maroc. Il a indiqué que suite à cette alerte le Maroc a mesuré la menace que représentent ces groupes. Ainsi, le pays s’est engagé dans la lutte contre le terrorisme à travers une approche globale aussi bien au niveau juridique que judiciaire pour harmoniser son droit interne avec les traités internationaux auxquels le Maroc a pris part. Lahkim Bendaoued abonde dans le même sens en rappelant que le Conseil supérieur de la sécurité, créé par la Constitution de 2011, aura pour mission de mettre en place la stratégie sécuritaire interne et externe du pays, la gestion des crises et d’établir les bases de la gouvernance sécuritaire du pays.

Par ailleurs, le chef du BNPJ a souligné que la mise en place de l’unité de traitement des informations financières a pour rôle de protéger l’économie nationale par la lutte contre le blanchiment d’argent, et le suivi des sources financières illicites.

Trafic en tout genre

Au niveau de la coopération internationale, l’approche globale du Maroc a permis de mettre un terme aux plans dévastateurs de plusieurs groupes, notamment des cellules actives au niveau du Sahel dirigées par des membres d’Al Qaida au Maghreb islamique, comme la cellule Fath Al Andalouss en 2008 et le Tandim Almourabitoun Aljoudoud en 2009. Le chef du BNPJ a précisé que les membres de ce groupe appartenaient au polisario.

Quant au partage d’informations au niveau international, Lahkim Bendaoued a réaffirmé que les informations transmises par le Maroc ont permis la localisation et la destruction de structures terroristes. Lors de cette rencontre, l’accent a été mis sur la région du Sahel. Une zone confrontée à des défis majeurs du fait de la prolifération des activités de groupes terroristes. Et pas seulement, comme l’explique le chef du BNPJ : «C’est un espace de trafic, un point de passage de drogues et un refuge pour les «hors-la-loi». Cette situation est pour une grande part due à l’instabilité de la région». En l’espace de 20 ans, cette partie étendue aux frontières de quatre pays, à savoir la Mauritanie, l’Algérie, le Niger, et le Mali est un espace pour dissimuler les otages en attendant le paiement de leur rançon. Cette zone est également un espace de stockage de milliers de tonnes de drogues venant d’Afrique et d’Amérique latine destinées aux pays de l’Union européenne à travers les côtes marocaines, algériennes et libyennes.

Les rançons collectées des kidnappings servent en partie au financement du groupe le plus actif de la région, à savoir Al Qaida dans le Maghreb islamique, explique le chef du BNPJ. Par ailleurs, les trafiquants de drogue, de cigarettes et les intermédiaires de l’immigration clandestine exercent leur activité à travers les espaces non contrôlés par les pays de la région dont l’Algérie, le Mali et la Mauritanie.  Dans cette logique, l’argent reçu par les terroristes par les trafiquants est une manne financière qui sert à les financer.  Le chef du BNJP a exprimé que «ceci n’empêche pas de penser que les émirs de ces groupes sont impliqués dans le trafic croissant de la cocaïne en provenance d’Amérique latine. Ainsi, la diffusion de ces drogues est largement facilitée par la faiblesse des services de sécurité des pays de la région». L’un des plus grands exemples est l’histoire de la charge de cocaïne évaluée à 20 milliards d’ouguiyas mauritaniennes. Cette charge était transportée dans un avion qui avait atterri à l’aéroport de Nouadhibou, un avion qui a complétement disparu.

Un autre cas tout aussi flagrant, le Boeing 727 chargé de dizaines de tonnes de cocaïne brûlé sur place lorsque son décollage n’a pas eu lieu.

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