Sanctionner responsables et complices

Sanctionner responsables et complices

Les informations en provenance de Bruxelles aux termes desquelles l’Union économique européenne a décidé de retirer des fonds destinés à financer, tant au Maroc que dans certains pays régionaux, plusieurs projets au profit de la jeunesse, ne sont ni surprenantes ni inattendues, vu les fortes pressions qu’exercent les groupes et les réseaux sud-américains et africains auprès des décideurs de cette organisation d’une part, et les insuffisances qui caractérisent l’action de la mission permanente marocaine à Bruxelles d’autre part. Ceci étant dit, deux raisons essentielles me semblent expliquer cette attitude incompréhensive mais, néanmoins, logique dans l’esprit des responsables de l’UEE. La première a trait à la gabegie monstrueuse qui règne dans plusieurs administrations de notre pays lorsqu’il s’agit de manipuler des deniers publiques, des aides et des prêts bonifiés étrangers et notamment européens. A ce sujet, il importe de souligner que, d’ores et déjà, des dizaines de milliers de dirhams destinés à financer des projets à caractère agricole, environnemental et d’irrigation, ont été dilapidés par certains entrepreneurs véreux. Il s’agit d’un détournement de fonds immenses devant impliquer des enquêtes administratives et judiciaires rapides afin de déterminer l’étendue du préjudice matériel subi par la collectivité locale et l’Etat, et de sanctionner, en conséquence, leurs auteurs ainsi que leurs complices au plan local, régional et national. La deuxième raison est d’une autre nature. Elle concerne les décideurs marocains auprès de l’Union économique européenne en particulier et de l’Etat belge en général. Dans ce cadre, si les convictions patriotiques ne sont pas à mettre en cause; en revanche, les compétences permettant d’assurer efficacement la défense des intérêts du Maroc, auprès des différents organes du l’UEE, doivent être évaluées par rapport aux besoins que nécessite l’accomplissement de leur mission à Bruxelles. Mais tel n’est pas le cas aujourd’hui. Il est notoirement connu, en effet, que les responsables de l’UEE, notamment les amis du Maroc, ne manquent aucune occasion pour se plaindre de la manière cavalière avec laquelle certains responsables marocains à Bruxelles se comportent avec la gestion du temps, le traitement des dossiers et la nature ainsi que la qualité des réponses qui leurs sont données. Le moins que l’on puisse dire est que leur façon de faire n’est pas de nature à faciliter la défense des intérêts de notre pays d’autant plus que ces intérêts nécessitent une vigilance permanente et un effort soutenu en raison des pressions exercées sur les décideurs par des forces concurrentes et agissantes. Il ne fait aucun doute que les insuffisances, les négligences voire les carences sont, en partie, responsables de la décision de l’UEE de retirer les fonds en question et de les orienter vers un autre pays plus chanceux et dont les responsables sont peut être plus dynamiques et mieux inspirés. Toutefois, le Maroc regorge de cadres de haute compétence et d’une grande technicité. Ils maîtrisent remarquablement les différents rouages et le fonctionnement des organes de l’UEE et surtout les mécanismes et les critères d’éligibilité des dossiers relatifs aux aides, aux dons et aux prêts octroyés par l’Organisation européenne dans le cadre du programme MEDA. C’est dans ces conditions que les subventions et les prêts auxquelles le Maroc a droit de prétendre lui échappent majestueusement au profit d’autres pays. C’est incroyable mais vrai. A cet effet, il y a lieu d’affirmer, non seulement, la revendication consistant à entreprendre une action d’investigation à Bruxelles pour mettre au clair cette affaire mais, en plus, il faut insister instamment sur le fait que les coupables des négligences et des carences de cette déconvenue devront être sanctionnés. Il est indéniable que ce genre de situation est de nature à ternir l’image de notre pays et à le priver, en partie, des moyens de son développement. C’est ainsi qu’on pourra répondre à l’appel de Sa Majesté Mohammed VI, tenant à créer les conditions favorables à l’édification d’un Maroc démocratique et moderne dépouillé des maux mortels de la corruption et de l’irresponsabilité.
• Tayeb El Masbahi
député du Parti de l’Istiqlal

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