Santé : Les urgences se penchent sur le social

La proposition de création de ces centres d’hébergement d’urgences pour soins infirmiers est le fruit de constats effectués sur le terrain : les personnes recueillies dans la rue présentent souvent des problèmes sanitaires qui ne relèvent pas d’une hospitalisation, encore moins des urgences. L’hôpital en général et les urgences en particulier sont des plateaux techniques performants qui traitent et hébergent par l’hospitalisation, seulement si des soins lourds le nécessitent. Aujourd’hui, les populations sans abri sont accueillies à l’hôpital avec beaucoup de difficultés. Pire encore, les problèmes liés à leur convalescence à la sortie de l’hôpital ne sont pas pris en compte, puisqu’ils n’ont pas de domicile. C’est pour pallier l’absence d’hébergement accompagnée de soins que devraient être créées des «centres d’hébergement d’urgence pour soins infirmiers».
Ceux-ci ne seront autres que des lits d’hébergement provisoires où l’on pourra recevoir des soins légers, soit l’équivalent de soins à domicile (visite médicale, soins infirmiers ou prestations d’assistante sociale). Les lits pour soins infirmiers seront, en quelque sorte, des lits de convalescence en centre d’hébergement d’urgence. Ces lits ne seront pas des lits d’hospitalisation.
 Ils ne seront pas et ne pourront pas être, des lits de moyen ou long séjour qui existent dans le système sanitaire actuel et qui demandent une indication médicale précise et un contexte social particulier. Par ailleurs, ces lits ne constitueront en aucun cas un système parallèle «stigmatisant» pour «pauvres» mais une solution provisoire pour assurer des soins à domicile à des personnes sans domicile ».
On peut illustrer la mission des centres d’hébergement d’urgence pour soins infirmiers par quelques exemples. Il s’agit pour les personnes sans abri de :  soigner un épisode infectieux aigu et passager (bronchite, grippe….), permettre à des personnes fatiguées ou convalescentes de se reposer, permettre à des personnes devant subir une intervention d’attendre le rendez-vous fixé pour l’hôpital. Réaliser des soins pour les personnes porteuses de lésions dermatologiques nécessitant des pansements.
Maintenir une surveillance sanitaire pour des personnes ayant un plâtre handicapant, etc.… L’observatoire de la grande précarité à la grande exclusion. Il aura deux missions essentielles : Identifier et analyser les problématiques des populations rencontrées, de la précarité à la grande exclusion.  Observer les phénomènes d’errance, établir une typologie des publics, repérer leur trajectoire et analyser les besoins ainsi que les indicateurs sociaux… L’observatoire s’identifiera à une veille médico-sociale, située au cœur d’un réseau partenariat très actif, centres d’hébergement, lieux d’accueil de jour, lits d’hébergement pour soins infirmiers et régulation 24h/24h du numéro d’urgence unique pour les sans-abri. Les informations médico-sociales collectées par tout le réseau, permettront d’assurer une veille médico-sociale capable d’identifier, de décrire et d’analyser les tendances des pathologies et les profils sociodémographiques des populations en situation sociale précaire. Cet observatoire aura, par ailleurs, une force de propositions pour la mise en place d’actions sanitaires et sociales contre l’exclusion.
Il aura également une fonction d’alerte face à de nouveaux phénomènes tels que l’augmentation du nombre de femmes avec enfants dans la rue ou encore la résurgence de maladies transmissibles. Il sera, en somme, un centre de références sur l’exclusion : bibliothèque sur tous ces sujets, centre d’études et d’enseignement, terrain de stages et de formations. Des travaux de recherche pourraient intéresser plusieurs domaines : Etiologies de la fracture sociale au Maroc, analyse de la nutrition des personnes sans abri et leurs carences vitaminiques éventuelles, recherche sur les pratiques adductives des personnes les plus démunies, étude épidémiologique sur la dépression et la schizophrénie,  études sur la tuberculose chez les personnes sans domicile fixe, étude sur les femmes à la rue, etc.… Les acteurs de l’observatoire seraient: Le comité de pilotage, qui serait un lieu d’orientation des recherches et de validation des propositions issues de ces recherches. Le conseil scientifique et éthique, qui serait le garant du sérieux scientifique des études. Il va sans dire que cet observatoire travaillera avec d’autres partenaires: hôpitaux, protection civile, centres de régulation, facultés,… Ce dispositif « d’urgence » ne peut être mis en place que grâce à la volonté affirmée des pouvoirs publics de lutter contre les grands symptômes de la fracture sociale.
Des entreprises citoyennes devraient renforcer cette action à travers un comité de parrainage, et illustreront ainsi la volonté de faire reculer l’exclusion en renforçant la solidarité. De même, tous les particuliers qui interviendraient  au titre de bénévolat, nous montreront par leur générosité que notre tissu social fragilisé par de nombreux changements sociétaux se reconstituera peu à peu…
Ainsi, notre rencontre quotidienne avec la grande exclusion, porteuse de lourdes interrogations humaines sera rendue plus facile par la conviction d’agir au mieux, accompagnée du soutien de bon nombre de nos concitoyens.

Par Pr Haucine Louardi
Chef du Service d’Accueil des Urgences
CHU Ibn Rochd de Casablanca
e-mail : [email protected]

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