Scolarisation des enfants à besoins spécifiques : Carences à tous les niveaux

Scolarisation des enfants à besoins spécifiques : Carences à tous les niveaux

Comment faire bénéficier l’enfant à besoins spécifiques de son droit à la scolarisation? Cette question est d’autant plus importante qu’elle intéresse une large frange de la société marocaine. Certes, il existe désormais des classes spécifiques au sein de certaines écoles publiques dédiées à ces enfants en plus des écoles privées spécialisées, mais ce sont toujours les associations qui font pratiquement la part la plus importante du travail. Des ONG, chacune se chargeant d’un type particulier de l’handicap, regroupant des parents et amis des enfants à besoins spécifiques, s’activent avec les moyens dont ils disposent pour intégrer ces enfants dans le cursus de l’éducation. Certes, au titre de l’année 2010, le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité a assuré la prise en charge des frais de scolarisation de 1.780 enfants en situation de handicap dans 64 centres spécialisés pour un montant de 14 millions DH. En outre, 111 classes intégrées ont vu le jour en 2010 et un projet de création de 333 classes intégrées est prévu pour 2012. A noter que le programme d’action 2009-2012 prévoit l’accueil de 9.600 enfants handicapés supplémentaires dans de nouvelles classes intégrées. Des chiffres ambitieux, bien qu’ils restent en deçà des attentes des associations des parents et amis d’enfants à besoins spécifiques, étant donné qu’il existe pas moins de 230.000 enfants de moins de 15 ans au Maroc qui nécessitent une formation particulière. Mohamed El Khadiri, président du Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap, qui regroupe plus de 235 organisations représentant tous les types de handicap et l’ensemble des régions du Royaume, dresse un bilan alarmant. «Les enfants handicapés sont exclus du cours normal de l’éducation au Maroc, à partir du moment qu’ils n’ont pas l’accès aux écoles ordinaires. Le ministère de l’Education nationale exerce une sorte de discrimination de fait à l’égard de cette catégorie de citoyens, bien que la Constitution stipule expressément que tous les citoyens ont le droit à la scolarisation en vertu du principe de l’égalité des chances. C’est ainsi donc que toute la vie de ces personnes qui reste entre parenthèses», précise M. El Khadiri, dans une déclaration à ALM. «Le problème c’est que le ministère de l’Education nationale ne dispose nullement d’une politique nationale pour les enfants handicapés. Que ce soit pour les non-voyants, les handicapés moteurs ou les enfants trisomiques ou autres types d’handicap, l’Etat ne fait que se décharger de ses obligations, cédant la place aux acteurs de la société civile qui accomplissent, dans ce cadre, un travail gigantesque avec des moyens très limités. Nous voulons désormais que les personnes à besoins spécifiques soient désormais intégrées dans la politique nationale de l’éducation», ajoute-t-il. A noter que les frais de scolarisation des enfants à besoins spécifiques s’élèvent à 2.500DH par mois. Le président du Collectif pointe également du doigt la carence en matière de ressources humaines qualifiées pour assurer l’éducation et l’encadrement de ces enfants. Ceci dit, et pour mettre fin à l’exclusion, le Collectif revendique que les enfants à besoins spécifiques soient intégrés dans les écoles ordinaires au même titre que les enfants normaux. «Le fait de réserver des écoles spécialisées à ces enfants en dehors des écoles ordinaires serait, en réalité, de nature à accentuer le handicap chez l’enfant, car on va consacrer chez lui la réalité qu’il est handicapé et on va l’immuniser contre toute perspective d’évolution. Dans ce sens, nous saluons l’initiative consistant à mettre en place des classes intégrées au sein des écoles ordinaires, en réservant des cours spéciaux pour ces enfants et leur permettant de mener une vie d’école aux côtés des autres enfants. Une initiative qui reste limitée, car ce sont les associations qui se chargent de ces classes. Par exemple, à Casablanca, nous avons réussi, jusqu’à présent, à mettre en place 33 classes intégrées abritant 550 enfants», souligne M. El Khadiri. M. El Khadiri indique, par ailleurs, que l’exclusion des personnes à besoins spécifiques coûte très cher à l’Etat. «Selon une étude que nous avons effectuée en collaboration avec des professionnels, le coût de l’exclusion est estimé à 9,2 milliards de dirhams, soit 2% du produit intérieur brut», conclut M. El Khadiri.

La loi relative aux personnes à besoins spécifiques tarde à voir le jour
À l’occasion de la Journée internationale des droits des personnes à besoins spécifiques, le Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap avait dénoncé récemment, dans un communiqué, le retard qu’accuse le projet de loi N°62-09 relatif au renforcement des droits des personnes en situation de handicap. Ce projet a été initié en 2008 par le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité. Le Collectif présidé par Mohamed El Khadiri affirme que ce projet de loi, après avoir recueilli les remarques des départements ministériels, a été programmé dans l’ordre du jour de la réunion du conseil des ministres le 11 mars 2010. Cependant, le projet de loi N° 62-09 a été ajourné. En 2010, après avoir recueilli les remarques des départements ministériels, le projet de loi N°62-09 relatif au renforcement des droits des personnes en situation de handicap est programmé dans l’ordre du jour de la réunion du conseil des ministres réuni le 11 Mars 2010. Cependant, sans autre forme d’explication, à la consternation générale, le projet de loi N° 62-09 est ajourné.

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