Sécurité au travail : les plaies de l’informel

Sécurité au travail : les plaies de l’informel

ALM : Quelle est la situation au Maroc en matière de la sécurité au travail ?
Khalid Missaoui : Ce que je peux vous dire, c’est que ça commence à prendre forme.
Il y a en fait actuellement une plus grande demande en matière de sécurité au travail de la part des entreprises marocaines. Ces dernières prennent de plus en plus en considération le fait que la vraie richesse de l’entreprise réside dans son potentiel en matière de ressources humaines et de la manière dont celui-ci est géré. Cette richesse réside également dans la maîtrise des risques. Cet engouement a démarré avec la mise en place de nouvelles normes en matière de management de la santé et de la sécurité au travail.

Que permettent ces normes aux entreprises marocaines ?
Ces normes donnent aux entreprises un fil conducteur qui leur permet de se pencher sur les problèmes liés aux  dangers générés par leurs activités. En effet, les systèmes de management de santé et de la sécurité au travail se basent sur une analyse des risques permettant l’identification de tous les dangers présents dans l’entreprise et leur évaluation. Une bonne connaissance de ces risques permet à l’entreprise d’une part d’anticiper leur survenance à travers l’élaboration de mesures de prévention et d’autre part de réduire leurs conséquences par la mise en place de mesures de protection. Il faut savoir qu’actuellement, nous assistons à une demande croissante de la part des entreprises pour la mise en place de tels systèmes.
Il existe actuellement de plus en plus d’entreprises marocaines certifiées en matière de management de la santé et de la sécurité du travail. Il faut savoir que le Maroc comptera, d’ici la fin de l’année en cours, entre 10 et 15 entreprises qui disposent d’un système de management de la santé et de la sécurité au travail, ce qui est un pas énorme.

Quel est l’état des lieux en matière de la sécurité au travail en ce qui concerne le secteur informel ?
Il faut d’abord avouer que c’est extrêmement difficile de mettre en place des normes de sécurité au travail pour le secteur informel. En fait, il est pratiquement impossible de contrôler les entreprises qui emploient les gens sans les déclarer. Quand vous passez par exemple devant des chantiers en construction, la première des choses qui vous saute aux yeux est l’absence totale de mesures de sécurité au travail. Les ouvriers travaillent sans équipements de protection individuels.
Ils sont en contact direct avec les situations à risques. C’est simple, rien n’est fait pour rendre leurs conditions de travail plus favorables et donc moins risquées. Dans l’environnement marocain, on compte donc les grandes entreprises qui se sont mises sans problème à l’application des systèmes de la sécurité au travail et qui sont bien avancées en la matière.  Et parallèlement, cette fois-ci au niveau le plus bas, on compte toutes ces structures qui évoluent dans le secteur informel et qui sont toujours à la traîne, en bons derniers de la classe. Et basculant entre les deux, il y a les PME.

Peut-on envisager une solution pour intégrer les mesures de la sécurité au travail dans le secteur informel ?
Cela peut être envisageable. L’idée est que les grands groupes, les donneurs d’ordres ainsi que les entreprises de manière générale imposent un certain nombre de normes et de moyens de sécurité au travail aux entreprises à qui ils font appel pour l’attribution de leurs marchés.
Ça sera un moyen d’obliger ces dernières à se conformer aux normes en vigueur. Il faut cependant se rendre à l’évidence : on ne peut pas changer la manière de travailler des gens du jour au lendemain, mais cela peut devenir possible et même réalisable dans le cadre d’une mise en place progressive des mesures de sécurité au travail.
Cela demandera certes un gros travail de sensibilisation et de contrôle.

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