Séquestrée, violée et torturée

Séquestrée, violée et torturée

Elle court aussi que le lui permettent ses jambes, en cet après-midi du vendredi 30 janvier. Les habitants du quartier Houmat Benkirane, plus communément connu sous le nom de Houmat Chouk, à Tanger, restent bouche bée devant cette fille qui file à en perdre haleine, ne semblant se rendre compte de rien. Que lui arrive-t-il ? chuchotent-ils entre eux sans avoir la réponse. Elle tourne au coin d’une ruelle, puis dans une autre. Les riverains la suivent encore du regard sans savoir ce qui se passe. Elle poursuit son chemin, courant comme une dératée, essoufflée et suant à grosses gouttes. Elle semble connaître bien sa destination. Seuls quelques pas l’en séparent. Et elle s’effond devant la porte de la caserne de la Compagnie Mobile d’Intervention de M’ghogha. Surpris, le planton en faction ne sait que faire. Il s’avance vers la jeune fille, qui a du mal à tourner son visage vers lui. Elle a du mal à ouvrir les yeux. Le planton est surpris. Il croyait avoir affaire à un jeune homme. Car la tête et les sourcils de la jeune fille sont rasés. Il appelle son supérieur, l’informe de ce qu’il vient de voir : une jeune fille défigurée, venue se jeter devant la porte de la caserne. Qui est-elle? Qui lui a rasé le crâne et les sourcils ? qui l’a torturée violemment et sans pitié ? Des questions en cascade commencent à hanter l’esprit des éléments de la CMI. Seulement, c’est aux éléments de la Police judiciaire de la Sûreté régionale de Tanger qui doivent chercher les réponses. Alertés, ces derniers se sont rendus à bord de leurs fourgons pour constater l’état de la fille. Une fois sur les lieux, les éléments de la Brigade anti-gang chargés de l’affaire arrivent sur le lieu, descendent de leurs véhicules pour entamer le constat d’usage. L’état de santé de la fille est lamentable, sa chevelure a totalement disparu, son corps est plein d’ecchymoses, de brûlures de cigarettes et de blessures. Pieds nus, elle est vêtue de haillons. Aussitôt, les éléments de la Protection civile l’évacuent sur les urgences de l’hôpital Mohammed V. Après l’avoir éxaminée, le médecin atteste qu’elle a été soumise à des violences sexuelles et corporelles qui nécessitent une incapacité partielle provisoire (IPP) de deux mois.
Les éléments de la brigade anti-gang ne quittent pas l’hôpital. Ils attendent que le médecin leur permette de l’interroger. Deux heures plus tard, le médecin atteste que la fille peut parler. Les limiers s’approchent de son lit, lui demandent de leur raconter son histoire. Elle n’hésite pas. Elle s’appelle Loubna, âgée de 19 ans, originaire de Ouezzane. La pauvreté l’a incitée à quitter son foyer parental vers Tanger. Avec pour objectif de se prostituer. Le quartier de Houmat Benkirane, ou Houmat Chouk comme le surnomment les Tangérois est un fief du plus vieux métier du monde. Loubna y loue une petite chambre chez une femme à 300 dirhams et commence d’un jour à l’autre à sortir en quête de clients. Quelques semaines plus tard, la propriétaire remarque que la jeune fille empoche d’importantes sommes d’argent. Elle réclame une augmentation de loyer. Loubna refuse. La femme, une maquerelle de mauvaise réputation, décide de se venger, de lui apprendre les conséquences de s’opposer à une maquerelle. Mardi 3 février, la maquerelle invite deux jeunes hommes de Houmat Chouk, leur demande de donner une bonne correction à Loubna et de lui apprendre «les bonnes manières», c’est-à-dire d’obtempérer sans résistance. Quand Loubna rentre le soir, elle les trouve en train de se soûler. Les deux jeunes hommes l’invitent à prendre un verre avec eux. Elle refuse. Aussitôt, ils se jettent sur elle, lui ligotent les mains et les pieds, sous les yeux de la mère-maquerelle. Et ils commencent à la torturer sans état d’âme, à la violer, à écraser des mégots de cigarettes sur son corps. Après quoi, ils lui ont rasé le crâne et les sourcils, puis ont introduit le goulot de bouteille dans ses parties intimes. Le cauchemar a perduré trois jours durant : du mardi 27 au jeudi 29 janvier. Il a fallu attendre le vendredi, dans l’après-midi, pour qu’ils sortent. La mère-maquerelle s’est rendue dans une grande surface pour effectuer des provisions et les deux jeunes bourreaux sont sortis pour passer quelques instants dans la rue. Loubna est restée seule avec autre une femme, amie de la maquerelle.
Profitant d’un moment d’inattention de la femme, la jeune fille s’est enfuie à destination de la caserne de la CMI. Une fois les déclarations de Loubna recueillies, les limiers de la Brigade anti-gang se sont dépêchés, le même jour, le vendredi, à la maison qui leur a été indiquée par la victime. Ils ont procédé à l’arrestation de la maquerelle et des deux jeunes bourreaux. Le triste trio a été traduit lundi 2 février devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Tanger. La femme qui était restée le dernier jour en compagnie de la victime est actuellement en fuite.

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