Seulement 32% des enfants vont à l’école en milieu rural, la honte…

Seulement 32% des enfants vont à l’école en milieu rural, la honte…

Le Maroc a encore du pain sur la planche en matière d’éducation. Malgré plusieurs progrès, des disparités de taille persistent et font obstacle à la mise en place d’un  enseignement de qualité pour tous. Tel est le principal constat qui ressort d’un document de l’Unicef publié le 9 septembre à l’occasion de la rentrée scolaire. Si le taux de scolarisation a atteint les  99,5%  pour le primaire, ce n’est pas encore le cas  pour le collège et le lycée.

Le taux de déperdition,  encore important, ramène la moyenne nationale de scolarisation à 87,6% au collège et à 61,1% au lycée. L’Unicef reconnaît que le secteur est toujours confronté à d’importantes inégalités entre le milieu urbain et le milieu rural.

Selon les dernières statistiques de l’organisation, le taux de scolarisation des enfants dans le milieu rural ne dépasse pas 32,4%. «Ces enfants  sont confrontés à des difficultés pour réussir la transition entre le primaire et le collège auquel seulement 69,5% d’entre eux accèdent», déplore l’Unicef.  Le taux de scolarisation   chute  à 30,6%   au lycée et ne dépasse pas les 21,9% chez les filles dans le milieu rural. Le taux  d’achèvement pour les trois cycles ne dépasse pas la moitié de la population des enfants scolarisés. L’Unicef estime que ces taux mettent en évidence les problèmes liés aux acquis de base et à l’orientation des élèves.

En effet, seulement 32% des élèves de la 4ème année primaire maîtrisent les acquis de base. L’absence d’orientation, la qualité des environnements et climats scolaires, le retard scolaire et le niveau de couverture du préscolaire constituent autant de  facteurs qui expliquent cette situation. Dans son document, l’Unicef relève qu’actuellement 11,3% des enfants s’inscrivent avec au moins un an de retard au cycle primaire. Ce taux augmente à 14,8% en milieu rural.

L’autre problème de taille est l’accès à une éducation préscolaire de qualité. Le secteur préscolaire reste dominé par le secteur privé et marqué par des inéquités d’accès. Ainsi, le taux de préscolarisation est de seulement 64,3 % et chute à 28,3% chez les filles dans le milieu rural.

«L’offre généralisée d’un préscolaire de qualité constitue l’une des réponses stratégiques pour améliorer l’efficience et les rendements aussi bien interne qu’externe du système éducatif et pour promouvoir l’équité des enfants dans leur accès au droit à une éducation de qualité. Car si  les disparités ne sont pas endiguées en amont, elles s’agrandiront au fil des années scolaires et resteront constantes après l’âge de 8 ans», souligne Regina De Dominicis, représentante de l’Unicef au Maroc.

Rappelons que chaque année, environ 340.000 enfants, adolescents et jeunes scolarisés abandonnent l’école. L’Unicef a appelé à maintes reprises  à la mise en œuvre effective de l’obligation de scolarité et à mettre fin aux disparités qui marquent ce droit. Celle-ci s’est engagée  à appuyer le ministère de l’éducation nationale et ses partenaires pour la mise en place d’un système d’éducation ouvert sur les valeurs universelles garantissant ce droit à tous les enfants au Maroc.

Le préscolaire va mal !

Le  préscolaire est en train de subir de plein fouet les affres du privé.  Il subit une grosse baisse des fréquentations. Une étude élaborée par le ministère de l’éducation nationale en partenariat avec l’Unicef dont les résultats avaient été publiés en juin 2014 avait révélé que près de 40% des enfants de 4-5 ans, soit 458.000, n’ont fréquenté aucun établissement préscolaire en 2012-2013. Le taux national de préscolarisation n’est que  de 59,7% et il n’a pas évolué depuis 2005-2006. Pire, ce dernier  a connu une régression  notable de plus de 10%. L’offre préscolaire reste limitée et inégalement répartie en quantité et en qualité sur le territoire national.

L’analyse des données avait révélé  que ce taux atteint uniquement 39,4% en milieu rural et  ne dépasse pas les 25,5% chez les filles. Une situation qui n’est pas près de s’améliorer avec la suppression des salles d’école dans le milieu rural. Sur  18.826 salles en 2005-2006, il ne reste plus que 14.012 salles en 2012-2013. L’absence d’accès au préscolaire constitue un véritable  handicap que l’enfant traîne durant toute sa scolarisation. L’élaboration d’une stratégie intégrée et intersectorielle constitue aujourd’hui une solution pour faire face à cet enseignement qui agonise.

Obligation de scolarité : L’impunité reste totale au Maroc

Si dans les textes de loi, la scolarité est obligatoire au Maroc, les statistiques publiées par l’Unicef démontrent que cette obligation n’est pas mise en pratique. Et pour cause, au Maroc, il n’existe aucune sanction contre les parents ou tuteurs qui refusent de scolariser leurs enfants. Il serait peut-être temps pour le gouvernement d’adopter l’exemple français. 

L’inscription des enfants âgés de 6 à 16 ans dans un établissement d’enseignement est obligatoire et le fait pour les parents de ne pas se plier à cette obligation constitue un délit prévu par le Code pénal français. L’article 227-17-1 stipule que «le fait, par les parents d’un enfant ou toute personne exerçant à son égard l’autorité parentale ou une autorité de fait de façon continue, de ne pas l’inscrire dans un établissement d’enseignement, sans excuse valable, en dépit d’une mise en demeure de l’inspecteur d’académie, est puni de six mois d’emprisonnement et de 7.500 euros d’amende».  Un exemple qui gagnerait à être dupliqué au Maroc.

 

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