Sharon : du succès à la crise

Sharon : du succès à la crise

Après l’évacuation des colonies de Gaza et du Nord de Cisjordanie, – le désengagement final dépendant du retrait des troupes israéliennes, au plus tard fin septembre, une grave crise politique s’installe en Israël. Dans son parti, le Likoud, les opposants à Sharon, avec à leur tête Benyamin Netanyahou,ont remporté un succès retentissant. Le tribunal statutaire du Likoud, chargé de régler les litiges entre dirigeants ou membres du parti, avait été saisi de la convocation d’une réunion du Comité central habilité à fixer la date des «primaires», pour élire le président du parti, devant mener les élections législatives, prévues au plus tard, en novembre 2006. Si le groupe de députés du Likoud s’avérerait le plus important, son président sera, automatiquement, chargé par le président de l’Etat, de composer un nouveau gouvernement.
Il faut rappeler qu’une réunion du Comité central – composé de 3000 membres-, doit être demandée officiellement par 700 membres au moins. Une telle demande avait été déposée par les amis de Netanyahou et de Uzi Landau, chef de l’extrême droite. Les soutiens de Sharon avaient contesté le nombre de 700, en déclarant que 40 membres n’avaient pas signé le document présenté au Comité central. Les opposants présenteront au tribunal un document comportant 20 membres confirmant leurs signatures pour parvenir au nombre obligatoire.
Le tribunal du Likoud, ayant fait un nouveau décompte, a établi lundi dernier, que la convocation du Comité central était légale. Il a même fixé, faute d’accord entre les parties, la date du 26 septembre prochain pour la réunion du Comité central qui fixera, probablement, les élections primaires demandées par Netanyahou et Landau, en novembre prochain. Lors de ces élections intérieures, Ariel Sharon n’a aucune chance d’être réélu président du Likoud. Donc, l’aventure de nouvelles élections législatives est ouverte pour le printemps 2006. Car, un vote de 61 députés opposés à Sharon dont les 27 députés rebelles du Likoud (auxquels se seront joints les députés d’extrême droite, religieuse et orthodoxes, voire même le Shinouï, le parti de gauche et plusieurs députés arabes israéliens).
De nombreux analystes de la presse israélienne, comme Yossi Verter dans Haaretz, parlent de «La guerre du Likoud». Il faut rappeler que les «rebelles» du parti de Sharon n’avaient, jusqu’ici, essuyé que des échecs. Ils n’ont pas réussi à arrêter le désengagement de Gaza, ni même de le retarder. Le chef du gouvernement bénéficie d’une popularité nationale plus importante que jamais, avec une coalition en compagnie des Travaillistes.
Grâce à la sentence du tribunal intérieur du Likoud, la série de revers des «rebelles» semble toucher à sa fin, voire même en emportant un succès retentissant, sous la direction de Netanyahou.
Ils devront, aussi, raccourcir le mandat actuel du Parlement, sans être assurés que le Likoud garde le pouvoir. Il ne s’agit pas de logique politique, seulement la volonté de «satisfaire l’instinct de vengeance contre leur dirigeant». Et Sharon va jusqu’à dire, avant même la décision du tribunal du Likoud : «C’est la première fois qu’un parti au pouvoir renoncerait, volontairement, à un an de son pouvoir». Sharon sait qu’il a perdu le contrôle de son parti que «les adhérents lui sont hostiles, le Comité central le déteste et le tribunal du parti le traite comme le dernier des membres…».
En décidant une réunion du Comité central pour avancer la date des «primaires», cela correspond à un limogeage de la tête du gouvernement, par l’avancement des élections législatives vers février ou mars 2006. On reviendra ainsi, à l’histoire des 10 dernières années, depuis 1996, avec cinq campagnes électorales, soit une tous les deux ans ! Netanyahou ne semble pas avoir la patience d’attendre. Il pense n’avoir que la main à tendre pour saisir la direction du gouvernement.
L’examen des sondages, indique Yossi Verter, démontre que Netanyahou, pourtant «fait une erreur de sa vie. Il sera le chef du Likoud mais n’est pas assuré d’être celui du gouvernement». L’analyste se pose des questions : Sharon se battra-t-il pour garder sa place ou baissera-t-il les bras ? Et s’il est battu par Netanyahou, – ce que prédisent tous les observateurs-, ira-t-il jusqu’à quitter le Likoud ? La seule réponse indirecte connue, est que Sharon annonce qu’ «en aucun cas,il n’accepterait d’être le second de Netanyahou, qui, affirme-t-il n’est pas digne d’être le chef du gouvernement». Déjà, les membres du groupe parlementaire du Likoud, préparent à Sharon une surprise : soit une motion de défiance. Selon les estimations, au moins 27 députés du Likoud sur 40, se joindraient à une telle initiative pour provoquer des élections avancées, afin de ne pas laisser à Sharon le temps de constituer un nouveau parti politique. Il est nécessaire de remarquer tout d’abord, que dans un gouvernement normal, une très grande partie des ministres s’opposeraient à toute manœuvre contre leur  chef. Cela ne serait pas le cas des ministres du Likoud qui sont «les otages du Comité central dont ils ont une peur panique», (car, il est le seul à fixer leur place sur la liste électorale au Parlement). Certes quelques uns feront exception, mais la question reste : qui ira avec Sharon s’il décidait de quitter le Likoud, pour créer un parti « de centre droit» ? S’il n’arrivait à attirer que quelques étoiles, comme Ehud Olmert, Tspi Livne, Shaul Mofaz, Meir Chetrit, voire le général Avi Dichter ou Dan Meridor, Sharon n’aurait aucune chance d’être élu, pour la troisième fois, à la tête du gouvernement.
Dès mardi, Benyamin Netanyahou a annoncé officiellement sa décision de remplacer le Premier ministre Ariel Sharon en qualité de président du Likoud, de changer de coalition et d’avancer la date des élections législatives. «Sharon a abandonné la ligne du Likoud. Il a choisi une autre voie, la voie de gauche», a dit Netanyahou, lors d’une conférence de presse, accompagné de plusieurs députés du Likoud. Il est même allé jusqu’à confirmer son idélogie d’extrême droite retardataire : «Sharon a donné sans cesse. Et les Palestiniens ont reçu plus, plus et encore plus. Et qu’a-t-il reçu en contrepartie ? La réponse : rien, rien et rien», a chanté Netanyahou, sous le regard ironique de l’opinion publique israélienne qui, dans un sondage de mardi a choisi Sharon par 51 % des voix contre 20 % (la masse religieuse et d’extrême droite connue) à Netanyahou.
Il faut rappeler que Sharon doit faire une visite historique à l’ONU, au cours du mois de septembre, où il rencontrera un grand nombre de personnalités décidées à lui rendre hommage pour son courage, dans l’opération du désengagement de Gaza.
L’analyste Yossi Verter prévoit qu’il en profitera «pour mobiliser des donateurs, s’il décide de s’engager dans une nouvelle voie qui exigera beaucoup d’argent…».

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