Sida : Avec 30 000 personnes vivant avec le virus, le dépistage urge !

Sida : Avec 30 000 personnes vivant  avec le virus, le dépistage urge !

ALM : Quel est l’état actuel de la maladie VIH dans le monde, son évolution et les pronostics de prévalence?
 

Kamal Marhoum El Filali : Les dernières estimations de la situation épidémiologique de l’infection à VIH dans le monde  ont été publiées fin novembre 2013 par l’Onusida. En fait, cette publication nous révèle une estimation de la situation épidémiologique à fin 2012. Nous pouvons résumer cela en disant que le nombre de personnes vivant avec le VIH était de 35,3 millions dont 17,7 millions de femmes et 3,3 millions d’enfants. Durant l’année 2012, il y a eu près de 2,3 millions de nouvelles infections par le VIH à travers le monde et 1,6 million de décès. Les nouvelles infections ont très nettement diminué depuis 1996 mais le nombre de personnes vivant avec le VIH croît toujours, quoique plus lentement.

Mais attention, cette évolution qui peut sembler rassurante n’est que la résultante des tendances globales. Malheureusement, l’analyse des tendances par région fait ressortir de grandes disparités. Si nous nous intéressons à la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), les nouvelles infections sont toujours en phase de croissance et le nombre de personnes vivant avec le VIH croît toujours rapidement.

Quels sont les pays les plus atteints par le virus ?

Les pays d’Afrique subsaharienne sont les plus touchés par cette épidémie. Ils totalisent 25 millions des 35,3 millions au niveau mondial.

Vous venez de participer à une réunion sur le sujet à Genève. Quelles sont les conclusions auxquelles ont abouti les travaux des experts ?

Cette réunion a été organisée par l’OMS pour identifier et adopter un ensemble d’indicateurs qui permettront de suivre l’évolution de l’épidémie au niveau des pays et au niveau mondial ainsi que l’impact des interventions de prévention, de traitement… Ce travail va permettre de choisir les indicateurs les plus pertinents mais cela permet aussi d’harmoniser les indicateurs de performance entre les différentes institutions internationales, les bailleurs de fonds, les décideurs…

Au Maroc, les principaux chiffres ont été dévoilés lors de la journée mondiale du sida. Pouvez-vous nous les rappeler ?

Depuis 1986 à fin octobre 2013, 8.040 cas d’infection à VIH ou de sida ont été déclarés au ministère de la santé. Sur cet effectif global, 4.912 patients étaient au stade sida (phase avancée de l’infection à VIH). L’épidémie montre une accélération puisque 50% des cas ont été diagnostiqués entre 2008 et 2013. Un autre fait saillant, c’est le fait que 3 régions totalisent 57% des cas notifiés : ce sont les régions du Souss-Massa-Draâ, de Marrakech-Tensift-Al Haouz et du Grand Casablanca.
Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg, les estimations du ministère de la santé font état de près de 30.000 personnes vivant avec le VIH au Maroc. Il est donc très important de renforcer le dépistage car près de 75% des personnes infectées par le VIH ne le savent pas.

Quelles sont les mesures prises localement pour maîtriser le virus ?

Le ministère de la santé lutte contre ce fléau en mettant en œuvre une stratégie nationale faisant intervenir différents partenaires dont la société civile. Cette stratégie nationale comporte plusieurs volets : la prévention de l’infection à VIH, la prise en charge médicale et psycho-sociale, la gouvernance… Plus simplement, je dirais : il faut sensibiliser et informer pour que les personnes évitent de se contaminer ; il faut proposer de faire le test VIH pour dépister les personnes infectées, il faut prendre en charge les personnes infectées ; enfin, il faut assurer le suivi et l’évaluation de toutes les activités de lutte contre l’infection à VIH/sida.

Quelles sont les sources de financement en faveur du programme de sensibilisation et des thérapies y afférentes ?

Le Maroc finance la lutte contre l’infection à VIH/sida sur le budget du ministère de la santé et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ce fonds, créé par l’ONU, permet d’aider les pays qui soumettent un projet pertinent et qui répond aux exigences du Fonds. Le Maroc a réussi, malgré la faible prévalence de l’infection dans le pays, à obtenir une contribution au financement non seulement de la lutte contre le VIH mais également de la lutte contre la tuberculose. A côté de ces sources de financement qui sont les plus importantes, il ne faut pas oublier les partenariats avec les agences des Nations Unies, les partenariats bilatéraux et la société civile, à travers les associations thématiques et non thématiques. A titre d’exemple, je rappellerais les collectes de fonds réalisées par l’Association de lutte contre le sida grâce au Sidaction (ALCS). Cette soirée télévisée est l’occasion de collecter des fonds mais également une opportunité unique pour véhiculer des messages de prévention.

Qu’en est-il concrètement sur la prise en charge médicamenteuse au centre hospitalier ?

Il faut savoir que la prise en charge médicale est organisée par le ministère de la santé autour de 12 centres référents dont 4 centres référents universitaires impliqués également dans la formation en matière d’infection à VIH. Je prendrai l’exemple du service des maladies infectieuses du CHU Ibn Rochd que je connais le mieux et qui est le service pionnier de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Afin d’optimiser la prise en charge et la rétention des patients dans le système de soin, les différents services offerts ont été regroupés en un même lieu.

Le patient bénéficie d’un hôpital du jour permettant de faire les bilans biologiques et de voir un médecin, si nécessaire une hospitalisation conventionnelle peut être décidée. Les consultations programmées sont réalisées dans le service avec, au sein même du service, une pharmacie pour l’approvisionnement en médicaments et une présence des intervenants de l’ALCS assurant l’éducation thérapeutique et le soutien psycho-social. La prise en charge est gratuite : le coût est supporté par le ministère de la santé. Les antirétroviraux (médicaments contre le VIH) sont disponibles et gratuits pour tout patient qui nécessite ce traitement. Cependant, l’insuffisance des médicaments pour le traitement des infections opportunistes et les difficultés d’accès à certaines explorations biologiques ou radiologiques sont compensées, avec grandes difficultés, par l’ALCS.

La sensibilisation est faite régulièrement dans les milieux considérés à risque et notamment scolaires en guise de prévention. Quelle est votre évaluation sur l’impact de ces actions sur les chiffres relatifs au virus ?

L’impact de ces actions ne peut être que bénéfique mais, pour toute intervention ayant comme objectif un changement de comportement, il est nécessaire de toucher un effectif élevé de personnes pour être réellement efficace à l’échelle de la population générale. De plus, il faut revenir à la charge régulièrement, marteler les messages pour que l’effet s’installe dans la continuité.
 

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