Sida : le déficit communicationnel

Quel rôle doivent jouer les médias dans la lutte contre le sida? Telle est la question à laquelle les participants au séminaire « Médias & Sida » ont tenté de répondre. Un séminaire organisé les 6 et 7 décembre dernier à Marrakech par l’Association de lutte contre le sida (ALCS), avec la participation de journalistes et d’experts nationaux et étrangers. S’exprimant à cette occasion, Mme Hakima Himmich, présidente de l’ALCS, a souligné que ce forum s’insère dans le sillage des efforts déployés par l’Association pour la promotion des moyens d’interaction avec l’ensemble des citoyens avant le lancement de la campagne nationale destinée à la sensibilisation, à l’importance de la prévention contre la pandémie. Autre intervention, mais cette fois sur le traitement que doivent faire les médias quand il s’agit de cette maladie, celle de Franck Joucla, Directeur de la communication de TV5. «Pour aborder sereinement la question, il est donc fondamental de rappeler une évidence : les médias ne sont ni la tribune de libre expression des revendications sociales, ni les porte-parole des politiques de santé publique», a-t-il déclaré. Précisant que les mots employés peuvent être à la source de préjugés que les médecins, les associations, les pouvoirs publics et les médias, eux-mêmes, mettront par la suite de nombreuses années à combattre, il a insisté sur la nécessité de faire comprendre que le sida concerne tout le monde et que tout le monde peut être infecté ainsi que la discrimination envers les personnes touchées est non seulement contraire au respect de l’intégrité et des droits de la personne mais encore contre productive en matière de santé publique. Initiée en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), cette rencontre de deux jours a été l’opportunité pour l’ensemble des autres intervenants de s’attarder sur les a priori qui considèrent le sida comme une maladie « honteuse » et un sujet tabou pour la société marocaine, notamment au sein des milieux conservateurs. Les raccourcis et les formules chocs reviennent vite au galop. Les populations à risque ressurgissent là où on ne parlait plus que de pratiques à risque et de populations vulnérables, et la contagion refait surface alors qu’il s’agit d’une maladie transmissible selon des modes connus et répertoriés. C’est pour cela que l’engagement contre le sida est un engagement informé et responsable, non seulement pour éclairer l’opinion publique sur l’évolution et l’actualité de l’épidémie, mais encore des axes de combat sur lesquels ils vont s’inscrire. Quand la bataille fait rage pour obtenir des traitements pour tous en ayant le droit de fabriquer des médicaments génériques (antirétroviraux et antiprothéases), certains médias véhiculent des doutes quant aux capacités des malades du Sud de se conformer à des prescriptions lourdes et complexes (la fameuse non-compliance des malades du Sud). C’est contre cet état de fait et bien d’autres aberrations que les intervenants lors de ces journées se sont opposés. A cet effet, ils ont plaidé pour la recherche de moyens de substitution dans l’élaboration de tout message visant la sensibilisation à la prévention contre la pandémie. L’accent a été également mis sur la nécessité de toucher toutes les couches sociales avec le souci d’adapter le message de sensibilisation à la mentalité et à la culture de chaque catégorie, outre l’intérêt particulier qui doit être accordé aux médias en tant que relais efficace d’information et de sensibilisation. Le manque de visibilités, d’informations et de campagnes de prévention et de sensibilisations médiatisées font que cette infection reste méconnue chez la grande majorité de la population, ont-ils estimé. Ce séminaire a également été l’occasion de tenir des ateliers de travail axés sur des thèmes aussi importants que « L’épidémiologie de l’infection à VIH dans le monde et au Maroc », « Droit des personnes vivant avec le VIH » et « Communication entre les acteurs de lutte contre le sida et les journalistes.

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