Sidi Moumen : viol de sépultures

Sidi Moumen : viol de sépultures

Ce matin ne ressemblait pas aux autres.  Au cimetière de Sidi Moumen Casablanca, une fourmilière d’hommes et de femmes erre autour des tombes, l’air déboussolé. «Mais pourquoi viennent-ils déranger les morts, aussi ? », un refrain unanime et des regards amères devant ce spectacle de dégâts, du vandalisme commis sur des tombes, la nuit de lundi à mardi dernier. Des stèles écrasées, d’autres arrachées de leurs tombes et des morceaux de pierres, portant l’inscription des noms des personnes enterrées, éparpillés un peu partout. Les habitants de Sidi Moumen n’en croient pas leurs yeux et plusieurs d’entre eux sont venus en courant ce lundi pour vérifier la tombe d’un proche. Nadia Kenzi et Yamna Rahbi, qui habitent dans un immeuble dans la 13ème rue à proximité du cimetière, viennent de découvrir que les stèles des tombes de leurs maris ont été complètement détruites. L’acte incompréhensible les laisse muettes, choquées. L’une comme l’autre venait d’enterrer son conjoint, il y a moins d’un an. Aujourd’hui, leur douleur est double tout comme ces familles à la fois attristées et furieuses de constater les faits. Qui en est responsable ? La police judiciaire devra tirer les choses au clair après son enquête. Mais, pour l’instant, certains des habitants n’hésitent pas à diriger leurs accusations vers les extrémistes. « Ce sont les barbus qui ont commis cet acte. Les jeunes du quartier n’auraient jamais osé faire une chose pareille ! », s’exclame cet habitant. Il n’est pas le seul à y croire, en tout cas. Plusieurs, ici, affirment que les islamistes extrémistes contestent les stèles et les épitaphes au point de vue religieux. « Pour eux, les tombes ne doivent ni être visibles ni porter des plaques de quelconque nature. Elles doivent, selon eux, être plates, collées à la terre. Je me demande comment peut-on reconnaître nos défunts sans plaque ? », confie cet homme.
Pas de suspect crédible, puisqu’il n’y a pas de témoins oculaires des faits. « Cela s’est passé entre 4h et 5h du matin et je n’ai rien vu, ni entendu. Sinon, j’aurais appelé les autorités », déclare Mohamed, le vieux gardien (60 ans) qui n’a découvert le spectacle de désolation que quatre heures plus tard. « C’est un Fiqih qui m’a appelé vers 9h du matin pour me dire que des tombes ont été endommagées. Ensuite, j’ai fait appel au caïd», raconte le gardien.
Elles sont 853 tombes à avoir été la cible de cet acte de vandalisme. Un nombre très important par rapport à des faits semblables qui ont eu lieu, il y a quelques années. «En 2000 et en 2001, une soixantaine de tombes a connu le même sort. Depuis ce temps, le cimetière n’a plus fait l’objet de ces attaques, mais, maintenant ça reprend !», constate Mohamed. Si ce dernier affirme n’avoir rien entendu, c’est parce que le cimetière est très vaste (à peu près 10 hectares) et que l’attaque s’est produite bien loin du lieu où il habite. «Les responsables connaissent certainement la zone. Ils ont choisi des tombes très éloignées de l’entrée du cimetière et de là, voyez-vous, ma demeure est invisible !», montre-t-il en dirigeant son index vers le lieu où il habite. Il faut, également, souligner que Mohamed n’est chargé de la sécurité des lieux que durant le jour. « Nous avons essayé de sécuriser et d’organiser les lieux en mettant tout au tour une muraille pour qu’il n’y ait qu’une seule entrée et que le gardien puisse faire son travail », indique Saïd Khaoua, directeur des affaires administratives de l’arrondissement de Sidi Moumen, venu, ce matin, pour inspecter les lieux. La muraille construite autour de ce vaste cimetière n’a pas réussi à décourager les attaques qui ont été commises, sans doute, par un groupe de plusieurs personnes. Les raisons quelle qu’elles soient ne pourront jamais légitimer l’acte de barbarie en soit et le non-respect des morts. «Ce cimetière existe depuis plus de 40 ans. Il fait partie de notre histoire. Tous nos défunts y reposent. Alors, laissons-les tranquilles !», lance ce père de famille. La paix, nos cimetières semblent en avoir grand besoin. Le vieux gardien du cimetière de Sidi Moumen en sait quelque chose. Avant d’y travailler, il a été dans plusieurs autres, dont celui de Sbata. Pour lui, le vandalisme dans les cimetières est devenu monnaie courante face auquel il faudra passer par le renforcement de la sécurité de jour comme de nuit. Une mesure sans laquelle ce phénomène aura toutes les chances de s’amplifier. A Sidi Moumen, c’est déjà le cas. 

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *