S’impliquer !

Si dans l’Hexagone on parle de «France d’en haut» et de «France d’en bas», ici on parle d’un pays à plusieurs vitesses ou d’un «Maroc pluriel». J’aimerais, modestement et simplement, parler de ceux pour qui la vie est dure, le quotidien est problème et l’avenir est souci ; sans pour autant les opposer à ceux envers qui la vie a été plus clémente : grâce à leur travail, leur naissance ou leur environnement. N’est-il pas temps de s’employer à «remailler» notre société ? Plutôt que de conflits, de fractures, de «Hogra» parlons de compréhension, de rapprochement, d’avenir commun… tant il est vrai que les uns ne réussiront pas sans les autres et que notre bien commun le plus précieux est notre pays.
Pourquoi plutôt que d’élargir les plaies et mettre en avant les divergences, ne pas souligner les ressemblances, ne pas tout mettre en oeuvre -au quotidien- pour retisser du lien social, s’employer à raccommoder ensemble les différentes pièces du patchwork de notre société? Comment, certes, ignorer à l’approche de l’Aïd, que certains des nôtres sont amenés à vendre qui leur télévision, qui leur mobylette pour pouvoir acheter le précieux mouton ?
Comment ne pas savoir que, dans certains quartiers, les familles d’un même immeuble ou d’une même rue se sont partagés l’achat des livres scolaires pour leurs enfants, les faisant ensuite circuler de foyer en foyer ? Comment ne pas voir, dans nos rues, ces enfants et ces adultes en errance, à l’heure ou le froid se fait cruel ?
Comment ignorer les pateras, les bidonvilles… ? J’arrêterai là l’énumération de nos maux pour revenir à la trame de mon propos : comment remailler notre société ?
Un mot s’impose alors : s’impliquer! Naïveté, utopie… certes pas ! Je voudrais étayer mon analyse par du concret : ce que je vois, ce que je vis quotidiennement. Alors oui bien sûr, disons-le d’entrée de jeu (pour le reléguer là ou cela doit l’être) il existe des égoïstes, des ingrats, des « après moi le déluge », mais Dieu merci ils sont minoritaires dans notre société.
Et si, pour une fois, nous mettions en avant ceux qui ont le souci des plus démunis et qui souvent dans l’anonymat-oeuvrent au quotidien pour alléger le fardeau de ceux pour qui la vie est souffrance.
«Assistanat» diront certains, «bonne conscience» s’écrieront d’autres : et pourquoi ne s’agirait-il pas tout simplement d’amour d’autrui, de souci de l’avenir et du mieux –vivre ensemble, de volonté de distribuer ce que la vie a offert, de compassion.
Par un geste, un don, un emploi proposé, une main tendue…innombrables sont ceux qui contribuent à combler les fossés, dans leur vie de chaque jour, leur profession, leur voisinage, leur région d’origine familiale et savent ainsi montrer ce qu’il y a de meilleur en nous.
Rejoignons-les ! Impliquons-nous! Car il est clair que l’on ne peut laisser dans un face-à-face suicidaire la population de nos quartiers, et en particulier la jeunesse- avec l’échec, la solitude, la démagogie. Il est temps pour nous tous de retrouver le chemin des quartiers populaires, des hays, des derbs où nombreux sont ceux qui luttent contre la résignation. Des jeunes se mobilisent, il leur faut trouver en face d’eux du «répondant» pour ce qu’il m’est donné de voir, celui-ci existe !
C’est, ici, un local offert par un chef d’entreprise à des jeunes pour en faire un centre associatif ; c’est, là, la construction d’une salle de théâtre au coeur d’un quartier défavorisé, par un mécène ; c’est, ailleurs, l’aménagement d’un terrain de sport en lieu et place d’un terrain vague ; ailleurs encore, des emplois proposés à des jeunes en déshérence, par un entrepreneur.
«Gestes individuels sans signification générale » rétorqueront certains. Et bien non ! En effet, pourquoi ne pas rebondir sur ces exemples, et là où nous sommes, selon les moyens dont nous disposons, nous impliquer ! De telles initiatives sont le fruit de la rencontre, du dialogue, de la connaissance, de la confiance… de part et d’autre. Multiplions donc ces occasions, favorisons les contacts, les possibilités d’échanges, multiplions les lieux de «mixité» entre Marocains pluriels qui trop souvent se côtoient sans se connaître. Pour avoir été témoin de ces rencontres entre jeunes des quartiers populaires et «décideurs» (au féminin comme au masculin) de «beaux quartiers» j’ai pu constater la richesse et la profondeur des échanges et à quel point les préjugés respectifs pouvaient vite céder le pas et faire place à la confiance.
A force de suspicion, d’anathèmes, de dénigrement, il semble que l’on ait oublié la générosité, l’altruisme, le souci du collectif… qui résident en chacun de nous. Ni sensiblerie, ni utopie, ni misérabilisme, il ne s’agit pas ici de faire du Zola, mais de se mobiliser pour que les multiples accrocs ne menacent pas notre trame commune. L’un de nos problèmes n’est-il d’ailleurs pas le silence qui entoure (ou émane de) ceux qui oeuvrent, vont de l’avant, construisent, «y croient», qu’ils habitent Anfa ou Sidi Othmane ?
Impliquons-nous donc, prenons la parole, (re)donnons du sens aux nouvelles générations : les chantiers sont multiples mais c’est la passivité qui les rend aussi ardus; notre engagement commun ne serait-il pas un début de réponse, une amorce de solution ?

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