Slimani gérait aussi Aïn Sebaâ

Slimani gérait aussi Aïn Sebaâ

Le juge d’instruction près la Cour Spéciale de Justice (CSJ) a ordonné, samedi, la saisie préventive des biens appartenant aux personnes poursuivies dans le cadre du dossier dit « Slimani et compagnie ». Cette décision intervient suite aux révélations contenues dans le dossier de l’enquête qui a été menée par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) et qui fait état du détournement de fonds publics dont le montant s’élève à des dizaines de millions de DH.
Parmi ces opérations de détournement, figure le dossier du projet de construction du siège de la Commune urbaine de Aïn Sebaâ. Cette affaire illustre bien le degré de corruption que la gestion des affaires locales avait atteint à Casablanca sous la direction du duo, Abdelmoughit Slimani, alors président de la Communauté urbaine de la capitale économique et président de la commune des Roches Noires, et l’ex-gouverneur de la préfecture de Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi. Les deux, rappelons-le, étaient respectivement le beau-frère et le protégé de l’ex-ministre de l’Intérieur, Driss Basri.
L’affaire dite de « la construction du nouveau siège de la commune de Aïn Sebaa » a révélé que les méfaits de Slimani, Laâfora et leurs acolytes ne se limitaient pas à la commune des Roche Noires qui était présidée à l’époque par le premier, mais ils s’étendaient jusqu’aux autres communes de la capitale économique.
Ainsi, l’entrepreneur suisse Jean Victor Lovat dont la plainte avait été à l’origine de l’éclatement de cette affaire, affirme que, pour lui permettre de camoufler les déficits causés par les multiples détournements de fonds qui ont marqué le projet du complexe résidentiel Ouled Ziane, Slimani lui proposa un nouveau marché. Il s’agissait de la construction d’un nouveau siège pour le compte de la commune urbaine de Aïn Sebaâ. Pour ce faire, Slimani serait intervenu, selon Lovat, auprès de Lahcen Haïrouf, alors président de cette commune qui se trouve dans le périmètre de la préfecture dirigée par Laâfora.
Lors d’une réunion regroupant Slimani, Lovat et Haïrouf, le premier informa l’entrepreneur suisse que le budget réservé à ce projet était de l’ordre de 42 millions de DH et lui demanda de verser, une fois que sa société « HELVETICA » ait obtenu le marché, une commission de 5 % chacun à Laâfora et Lahcen Haïrouf. Ce dernier lui indiqua alors de présenter, pour la première tranche du marché, une offre ne dépassant pas 14 millions de DH afin de s’en assurer l’obtention. Effectivement, quelques semaines après, HELVETICA était déclarée gagnante de l’appel d’offres. Aussitôt, Lovat s’empressa chez Slimani et lui donna la somme de 700 mille DH pour qu’il la fasse parvenir à Abdelaziz Laâfora comme convenu.
L’enquête de la police révélera que le marché 30/94 fût accordé à l’entreprise de Lovat sans aucun respect des procédures et des conditions prévues par la loi. Lahcen Haïrouf avouera devant la police que l’ouverture des plis avait eu lieu au siège de la préfecture. Une procédure contraire à la loi qu’il justifia par le fait qu’il ne pouvait pas s’opposer à Abdelaziz Laâfora qui jouissait, selon lui, d’un grand pouvoir.
Selon les aveux de Haïrouf, trois personnes seulement avaient assisté à la réunion tenue au siège de la préfecture de Aïn Sebaâ à laquelle il avait été convié sur « ordre » de Laâfora à savoir lui-même, le secrétaire général de la préfecture, Abdellah Kacimi, et le chef du service des collectivités locales, El Hafiane Taâlouchte. Durant cette réunion, les plis seront ouverts en absence de toutes les personnes qui doivent y assister selon la loi. Pis : il sera constaté que l’un des soumissionnaires avait proposé un montant inférieur à celui présenté par la société de Lovat. Aussitôt, on appellera ce dernier pour qu’il présente d’urgence une autre offre afin de rectifier le tir. Aussi, les trois confectionneront un faux procès-verbal que Laâfora avalisa par la suite. Ainsi, il a été démontré que la trame mafieuse tissée par les Slimani, Laâfora et les autres allait au-delà de leurs circonscriptions et comprenait d’autres présidents de communes et d’autres responsables de l’autorité locale. Ils étaient les véritables patrons de Casablanca. Affaire à suivre.

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