Sort des otages : la confusion persiste

"Aucun indice ne prouve que les deux Marocains enlevés en Irak ont été tués". C’est la seule réaction officielle du gouvernement qui a décidé de s’exprimer, tard dans la soirée du mardi 23 mai 2006 via la MAP, suite aux révélations d’un terroriste irakien arrêté en Jordanie. Par la voix du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, le gouvernement dit relever, dans les déclarations de Ziad Khalaf Al Karbouli, un manque de précision attestant que l’on ne saurait conclure au fait que Abdelkrim El Mohafidi et Abderrahim Boualem aient été tués comme avancé par plusieurs médias.
Les services de Mohamed Benaïssa ajoutent, rassurants, que "les contacts sont en cours entre les services concernés de la Direction générale des études et de la documentation (DGED) et ses homologues jordaniens pour la vérification des allégations et déclarations du dénommé Ziad Khalaf Al Karbouli". Ce n’est pas la première fois que l’on évoque l’hypothèse de l’assassinat des deux employés de l’ambassade marocaine à Bagdad par la branche irakienne d’Al Qaëda.   
Vers fin février 2006, un communiqué véhiculé sur Internet et attribué à la branche d’Al Qaïda dirigée par Abou Mussab Zarqaoui, annonçait la mise à mort des deux otages marocains. Ces derniers, à en croire ce communiqué, auraient été tués par balles sur décision d’un tribunal présidé par Zarqaoui lui-même après "trois mois d’instruction". Plus encore, ce communiqué comporte des menaces terroristes contre le Maroc, "pays apostat" au service des "ennemis de l’Islam".
Les mêmes inquiétudes refont surface aujourd’hui avec les déclarations d’un Al Karbouli qui débitait ses "faits d’armes" sur le ton d’un horrible détachement.
Dans les déclarations de ce dernier, Al Karbouli revient sur les détails de l’enlèvement des deux employés de l’ambassade marocaine à Bagdad à la localité dite Routba. Son statut d’employé de la douane irakienne lui a énormément facilité les choses. Al Karbouli, alias "Abu Houdaïfa", dit avoir livré les deux Marocains à un autre émir qui les aurait, à son tour, livrés directement à Abou Mussab Zarqaoui. Ramadi, ville-cimetière à l’Est de l’Irak, est le dernier lieu où avait été décelée la présence de Boualem et El Mohafidi, selon les dires d’Al Karbouli pour qui le meurtre de cinq personnes (un Jordanien et quatre Irakiens de sang froid) ne semble nullement donner des insomnies.
Ces déclarations apportent un nouvel élément. Les deux Marocains ont été enlevés en compagnie de deux Kurdes irakiens dont l’un est le beau-père de Boualem ou El Mohafidi.
Les deux Kurdes, à en croire Al Karbouli, avaient été libérés quelques jours plus tard. La question qui se pose est le fait de savoir pourquoi aucun des deux Kurdes irakiens, capturés puis relâchés, ne s’est exprimé pendant tout ce temps-là ? A moins que les deux aient été "dissuadés", d’une manière ou d’une autre, de fournir le moindre témoignage. Les ravisseurs tableraient-ils sur une solution sonnante et trébuchante ? Tout est prévisible et des pays européens, tout en le niant, semblent être passés à la caisse de Abou Mussab Zarqaoui. L’Allemagne, la France et l’Italie auraient déboursé 45 millions USD pour obtenir la libération de neuf otages.
Abdelkarim El Mohafidi et Abderrahim Boualem avaient été enlevés le 20 octobre 2005 au moment où ils rentraient d’une mission à Amman. Les deux otages étaient allés récupérer leurs salaires, ainsi que ceux des autres fonctionnaires de l’ambassade, à la chancellerie marocaine en Jordanie.
Le 29 octobre, un message parvenu à la rédaction d’ALM confirmait le rapt, photocopies des passeports et des cartes d’identité des deux otages à l’appui. Le même message informait que les deux ressortissants marocains avaient été traduits devant la commission juridique d’Al Qaïda en Irak, la fameuse "Hay’a Chariy’ah".

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